Murder By Death : « Bitter Drink, Bitter Moon »

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6 décembre 2012 par Vincent

   Cette année, le carré magique de la « country-rock de qualité » à vu chacun de ses angles sortir un disque.
Ce carré magique, il est constitué de The Gaslight Anthem, Lucero, Gasoline Heart et Murder By Death.
Oh, et commencez pas à faire chier : oui, certains de ces groupes ne font pas vraiment de la country-rock, et oui, j’ai inventé moi-même cette histoire de carré magique. C’est bon, vous êtes contents, vous avez eu raison ? Ah ah ah, super, vous êtes trop forts, mais est-ce qu’on peut désormais passer aux choses sérieuses ? Vous vous êtes assez gaussés ? Bien. Attardons-nous donc sur l’album de Murder By Death, « Bitter Drink, Bitter Moon« .

   Premier constat : la pochette est moche. C’est dommage, jusqu’ici ils avaient presque toujours eu des pochettes assez cool. Par contre, si elle est effectivement visuellement moche, y a tout un travail de découpage assez marrant sur la version vinyle, je vous laisse découvrir.
Deuxième constat : cet album est génial. Peut-être le meilleur du groupe. Je ne suis pas encore bien sûr, mais c’est une potentialité qui n’est pas à exclure.
Donc, première leçon qu’on apprend ensemble ce soir : ne jamais juger un disque à sa pochette. Notez, notez, ça peut vous servir pour plus tard. Moi, des leçons de vie comme ça, j’en trouve dix par heure !
Troisième constat : le disque a été financé par le site participatif Kickstarter. Donc, en gros, payé par les fans du groupes. Et même grassement, j’ai le vague souvenir d’avoir lu quelque part que ça a été le plus gros succès musical du site, ou je ne sais quoi. Je ne retrouve plus ma source. Peu importe, de toute façon j’avais pas grand-chose à en dire, juste l’envie de le signaler.

   Murder By Death, pour les hontes de la famille qui ne connaîtraient pas encore, c’est un groupe originaire de l’Indiana (un état qui a toute mon affection depuis, qu’enfant, je me suis épris de la série télé « Eerie, Indiana« ). Depuis genre 12-13 ans, il livre des disques assez fabuleux, mêlant rock, folk et country dans un ensemble ultra noir, crépusculaire et armageddonesque (21/12/12 ! Plus que 15 jours, les kids).
Le résultat évoque parfois le chant d’un cavalier de l’apocalypse jouant une sérénade à la mort assis en tailleur près d’un feu de camp au milieu du désert, et parfois un groupe des années trente jouant des hymnes hooligans pour des ivrognes mafieux dans un tripot de Chicago.
Il est POSSIBLE, concernant cette dernière image, que j’aie été influencé par le clip de « Brother« , leur tube le plus connu.

   Non, sérieusement, Murder By Death ça bute, et vous pouvez choper n’importe lequel de leurs disques, vous ne serez pas déçus.
Bon, évitez quand même peut-être « Good Morning, Magpie« , leur précédent album, parce qu’il m’était apparu tellement brouillon et inachevé qu’il avait un peu laissé en berne mon intérêt pour le groupe.
C’est pour cette raison que ce « Bitter Drink, Bitter Moon« , bien que sorti il y a deux mois, n’atteigne mes oreilles que maintenant.
Et putain, j’ai été con d’avoir attendu, j’ai failli rater l’un des disques de l’année.

   Je reprochais en fait à « Good Morning, Magpie » d’avoir perdu en énergie et en sens de la mélodie, en finition, de ne plus aligner les tubes pour soûlards du désert, mais de simplement proposer des trucs qui auraient pu être des démos acoustiques de futurs tubes, mais pas bien plus.
Et en fait, je crois que je n’étais pas loin de la vérité. A l’époque, un nouveau membre venait de se greffer au groupe (Scott Brackett, du groupe Okervill River), et je ne sais pas, peut-être qu’ils se cherchaient dans cette nouvelle configuration, ou qu’ils voulaient creuser un nouveau sillon après avoir, sur quatre albums, mis à genoux les types qui kiffent les voix de buveurs de whisky et les ambiances poussiéreuses. En tout cas, ils n’avaient pas réussi à transformer l’essai (bim, métaphore sportive qui n’a rien à faire là).

Murder-by-death-Photo-credit-Greg-Whitaker

   Et là, sur « Bitter Drink, Bitter Moon« , tout se met en place. Restant dans le nouvel angle amorcé par « Good Morning Magpie« , les mecs et la fille de Murder By Death reviennent armés d’un album putainement invincible, qui parvient à la fois à, en effet, laisser en arrière un peu d’énergie, mais à gagner en ambiance, en mélodie, et en équilibre global. L’album s’écoute d’une traite, plusieurs fois d’affilés, plusieurs jours à la suite.
Il va faire défiler dans vos têtes des romans inédits parlant de villes maudites construites dans des paysages désolés. Il va vous donner envie de tourner des films sur des gens fatigués, mais pas encore désespérés, qui essaient de rester debout dans des ruelles dégueulasses, du vomi sur leur chemise. Il va réussir à vous faire croire que toute votre vie n’a été qu’une longue nuit d’été, caniculaire et bourdonnante, au cours de laquelle vous vous êtes battu avec vos amis, vos ennemis et votre ombre.
Ce disque, c’est la folie totale.

   Musicalement, parce qu’il faut aussi en parler, c’est donc un peu plus calme que dans le passé. C’est pas non plus la ronflette, hein, mais mis à part deux trois titres, ce n’est pas un disque destiné à faire danser les foules.
Les arrangements sont aussi nombreux que subtils (merci au suscité Scott Brackett, multi-instrumentiste de son état), et comme d’hab, le passage en studio se fait à peine entendre, on a l’impression que le groupe joue live dans un coin de la chambre.
Nouveauté absolument délicieuse : Sarah, la violoncelliste (ouais ouais, ils ont une violoncelliste à temps plein, c’est comme ça), fait les choeurs pour Adam, le guitariste-chanteur historique du groupe. Et elle s’en sort superbement. Elle l’avait déjà fait auparavant, mais là ça me semble plus fréquent, et à chaque fois parfait.
Je l’ai déjà dit au début, mais voilà, ce disque est un mix sombre et pesant de country et de rock. Ca sent l’alcool, la sciure et les sourires sardoniques adressés à l’horizon. C’est un groupe parfait pour être choisi comme groupe favori, je pense. Si quelqu’un à une place libre pour eux, je crois qu’ils y seraient très bien.

   A noter que, contrairement à la plupart des disques dont je parle ici, ce « Bitter Drink, Bitter Moon » peut même plaire à ceux de mes lecteurs qui ne seraient pas au moins un peu amateurs de rock moderne. Je pense par exemple à des fans de Dylan, qui pourraient carrément trouver leur compte avec Murder By Death, ou aux gens un peu plus branchés lo-fi et craquements dans les enceintes.

   En guise de preuve, un live pas trop crade de « I Came Around« , le premier single de l’album. Vous pouvez aussi vous balader sur leur site officiel.
La prochaine fois, on parlera du dernier disque de Lucero. Et ainsi sera refermée l’édition 2012 du carré magique.

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