Arrêtons de plaisanter, et classons enfin les disques de HORSE the band du moins bon au meilleur.

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17 octobre 2022 par Vincent Mondiot

HORSE the band est l’un de mes groupes favoris. J’en ai déjà parlé deux trois fois ici, il y a longtemps (faut dire que leur dernier album date quand même de 2009, c’est au coude-à-coude avec The Ataris, en termes de productivité), mais clairement, il fait partie de ma bande-son vitale depuis maintenant quinze ans.
Dinguerie, en vrai.
Je me rappelle encore ma première écoute fabuleuse de l’album R. Borlax, leur incroyable concert à la Péniche Alternat au milieu des années 2000… Et surtout, je me rappelle les dizaines et les dizaines de souvenirs qu’avec les années, j’ai fini par associer à leur musique.
Comme les susnommés The Ataris, Thursday, Soap&Skin, Marina and the Diamonds ou Face Tomorrow, HORSE the band est un groupe important pour moi, qui fait partie intégrante de ma toile mentale et de mon identité d’auditeur.
Manque de bol pour eux, ça ne signifie aucunement que le reste du monde ait quoi que ce soit à carrer de leur existence.

Malgré un léger buzz au moment de leur apparition grâce au terme « nintendocore » que des journalistes avaient inventé pour eux du fait de leur utilisation des claviers devant plus à Castelvania ou Megaman qu’à Joy Division, HORSE the band fait partie de ces nombreux groupes qui n’ont jamais réussi à fédérer un public assez conséquent ou impliqué pour les faire entrer dans la culture commune du metal au sens large.
Sérieusement, fin 2022, combien de gens connaissent le nom de ce groupe ? Même parmi les amateurs hardcore de cette musique, j’imagine que le chiffre n’est pas bien élevé… HORSE the band est un groupe de perdants, de marginaux qui ont consciencieusement mais peut-être inconsciemment toujours fait les mauvais choix d’un point de vue business ou image.
Un groupe qui n’a bien entendu jamais réussi à vivre de sa musique, qui a toujours sorti des choses trop bizarres et inclassables pour la plupart des oreilles, et qui en plus n’a jamais trouvé le ton juste pour réussir à en parler au plus grand nombre… Ils se sont toujours traîné, par malentendu capillaire principalement, une image de groupe presque troll, de formation quasiment humoristique, alors que réellement, il n’y a que très rarement matière à rire, sur leurs disques.
Par contre, y a PLEIN d’autres trucs, sur lesdits disques : une inventivité folle, un son identifiable en quelques accords, un univers ultra particulier, des paroles super étranges qui nécessitent plusieurs lectures pour être interprétées… Et puis, aussi, surtout peut-être, une violence de chaque instant.
Et même, concernant leur image… Pour quiconque a vu leur documentaire Earth Tour, sur la tournée du même nom (j’y reviendrai plus tard), ou a lu quelques interviews d’eux, il paraît clair que les gars sont bien moins débiles qu’on n’a voulu le faire croire. Au contraire, même : rarement un groupe m’a semblé aussi libre dans son approche du business de la musique, aussi balek dans son refus de se positionner, aussi réel dans son humanité de potes se retrouvant le week-end pour crier dans des micros.

Ouais, putain, j’aime vraiment énormément HORSE the band.
Et comme je me suis refait toute leur discographie cette semaine dans le métro, il me semble idoine, aujourd’hui, de la classer afin, peut-être, de vous donner envie de vous intéresser à ce groupe qui ne ressemble à aucun autre et qui mérite notre amour à tous.
En route.

Huitième : Scabies, The Kangarooster, and You
1999

Oui, c’est la vraie pochette.
Et, à l’image de celle-ci, ce premier album semble assez « brouillon », dirons-nous poliment.
Je dis « semble » car, effectivement, Scabies, The Kangarooster, and You est complètement introuvable sur internet, sous quelque forme que ce soit. A tel point d’ailleurs que certains doutent de son existence.
Il est cependant possible d’écouter des extraits oubliés ici et là dans les recoins du net, et de se rendre compte que de toute façon, on ne loupe probablement rien : a priori, il s’agissait plus d’une blague musicale que d’autre chose.
Le groupe était alors à ses balbutiements, Nathan Winneke n’était pas encore chanteur mais juste bassiste, et globalement, ce disque fantôme que personne n’a écouté n’est présent ici que par souci d’exhaustivité.

Septième : The Secret Rythm of The Universe
2001

Deuxième album du groupe, dont la pochette est elle aussi compliquée à trouver en bonne qualité sur internet… Le disque lui-même, en revanche, peut être pisté quand on connaît les bonnes combines.
C’est vaguement plus sérieux que Scabies, The Kangarooster, and You, mais ça reste peu intéressant, confus, amateur et très générique. D’ailleurs, bizarrement, il se trouve sur ce disque une très nette influence pop-punk, qui disparaîtra complètement par la suite.
Conseil sérieux : si vous plongez dans ce groupe, faites l’impasse sur The Secret Rythm of The Universe. Il s’agit en réalité d’une toute autre formation, qui a certes le même nom et les mêmes membres, mais qui n’a rien à voir avec le « vrai » HORSE the band.
D’ailleurs, preuve que ce groupe n’a jamais marché : il n’existe à ma connaissance personne pour faire semblant de regretter la douce époque des premiers albums.

Sixième : Your Fault
2020

Vous commencez à capter le fil rouge des pochettes toutes plus moches les unes que les autres ? Quand je vous disais que ce groupe ne savait pas se vendre, fallait me croire !
Sorti après un silence quasi-total de dix ans, cet E.P. trois titres relativement récent était une très bonne surprise. Le groupe est toujours là, son style a évolué sans se trahir (je crois bien que sur A Reason To Live et Nogimbus, c’est la première fois qu’on a un chant presque clair de la part de Nathan, qui auparavant préférait hurler ou parler), et ça m’a réellement fait un plaisir fou de les sentir en forme et de les savoir vivants.
Après, ouais, voilà, y a que trois titres, dont une reprise pas spécialement intéressante du March of The Pigs de Nine Inch Nails, donc mettre cet E.P. plus haut serait un peu grotesque.
Mais j’aime les savoir en vie, oui. J’aime beaucoup ça.
J’espère qu’il y aura une suite.

Cinquième : The Mechanical Hand
2005

Bon, on arrive enfin aux choses sérieuses !
Ce deuxième album du « vrai » HORSE the band, avec Nathan au chant et leur style final maîtrisé, est néanmoins celui de leurs disques que j’aime le moins, si on exclut les deux machins de leur début de carrière.
Soyons clairs : il n’est pas nul. Il y a plein de bons moments sur ce disque, et aucun réellement mauvais. Mais il me manque quelque chose, dans The Mechanical Hand. Des temps forts, une progression, une cohérence dans la tracklist, je ne sais pas… Là, j’ai l’impression d’un enchaînement de titres qui se ressemblent tous un peu sans développer d’ambiances bien à eux.
Reste quelques chansons comme Manateen ou The Black Hole, la dernière, qui font bien plus que le boulot. Je suis sûr qu’il doit exister des fans dont c’est l’album favori… Ce n’est juste pas mon cas, mais il n’y a rien de grave. Le disque est honnête et n’a pas à être zappé, pour le coup.

Quatrième : Pizza
2006

E.P. de cinq titres autour des pizzas (…), le bien nommé Pizza est à la fois kiffant musicalement et super intéressant à analyser sous l’angle de la carrière du groupe.
Après deux albums en maison de disques qui n’ont pas marché et les ont menés à suivre le parcours traditionnel d’un groupe de metal de seconde zone, les Californiens se sont retrouvés à faire des tournées avec des groupes qui ne leur ressemblaient pas, dans des salles bien agréées comme il fallait, des contrats dûment signés, du merch à gérer, des producteurs à écouter… Et d’un coup, ils ont pris conscience que le jeu n’en valait pas la chandelle.
Ils ont abandonné du jour au lendemain la tournée metalcore à laquelle on les avait associés sans leur demander leur avis, ils ont envoyé leur label se faire foutre, sont rentrés chez eux, et ont enregistré en quelques jours ce disque auto-produit qui est donc à voir aussi comme un genre de « fuck you » musical adressé à toute idée de carrière potentielle.
Pizza est une lettre de suicide, mais une lettre de suicide amusée, qui donne le sourire pendant les vingt minutes qu’elle dure.
Et puis, il y a une reprise sous amphètes du générique des Tortues Ninja, donc je ne sais pas trop pourquoi vous n’êtes pas déjà en train de l’écouter.
A noter que la version vinyle du disque est l’un des trucs les plus prisés que je possède, d’après Discogs.

Troisième : A Natural Death
2007

Là, on arrive aux choses TRES sérieuses.
Si ce troisième véritable album n’est pas parfait, il contient néanmoins son lot de titres incroyables… En fait, il pêche uniquement par sa longueur, qui fait que les plus hauts sommets côtoient un certain nombre de moments secondaires et de plages d’ambiance un peu inutiles (six morceaux sur seize, quand même, sont davantage des interludes sonores que des morceaux).
Mais sérieux, l’incroyable banger Hyperborea ouvrant le disque, ou Murder, ou New York City, ou I Think We Are Both Suffering From The Same-Crushing Metaphysical Crisis (oui, c’est le titre), ou Lif, l’instrumental qui clôture l’album (et qui sera forcément le générique de la série d’horreur dont je ne serai jamais le scénariste)… Les grands moments de A Natural Death sont vraiment très grands, et suffisent, malgré le ventre mou de sa deuxième moitié, à faire de ce disque un quasi-classique dans ma discographie personnelle. Je l’ai beaucoup écouté, à l’époque où j’étais surveillant dans un collège des Yvelines, et il est désormais vachement associé à cette époque-là dans ma tête.
Dans une interview, Erik Engstrom, claviériste et tête pensante du groupe, avait expliqué que cet album se voulait être la bande-son d’un film imaginaire. Il l’estimait raté. Ce n’est pas mon cas, et je ne peux que trop vous conseiller de vous pencher sur son ambiance neigeuse et oppressante… Enfin, une fois que vous aurez usé la tête de ce classement, bien entendu.

Deuxième : R. Borlax
2003

Voilà : le premier album du « vrai » HORSE the band, et probablement son classique indépassable dans la tête des fans.
Une dinguerie absolue. Réellement. Dix titres formant une tempête de violence ahurissante et assourdissante, et imposant d’entrée de jeu un style ultra personnel, mêlant une déstructuration des morceaux allant piocher dans le math-rock, un chant et une rythmique parfois à la limite du black metal, et des claviers omniprésents rappelant les grandes heures des jeux vidéo 8 bits… Le tout, et c’est clairement le plus impressionnant, en parvenant à faire accoucher de cette recette improbable des chansons qui sont à la limite d’être des tubes potentiels. Sérieusement, des morceaux comme Bunnies, Cutsman ou Pol’s Voice ont la force de classiques instantanés qu’on a envie de se repasser immédiatement dès la dernière note passée, et comme ça trente fois de suite.
Vingt ans plus tard, je suis toujours incapable de comprendre pourquoi ce disque n’a pas fait d’eux des stars. Il a l’évidence et la force d’une baffe en pleine gueule, et peut autant faire office de bande-son à nos envies de meurtres qu’à nos soirées.
En fait, il me fait un peu penser à ce qu’il s’est passé plus récemment en France avec PNL : dans les deux cas, on parle d’un groupe qui était totalement anecdotique, et à juste titre, qui a disparu pendant deux ans, puis qui est revenu sans explication avec un son totalement nouveau et surtout totalement abouti.
Avec le passage de Nathan au chant, HORSE the band est devenu un tout nouveau groupe qui a immédiatement compris son identité et le chemin qu’il voulait emprunter.
Signant au passage un disque dont vingt ans n’ont pas suffi à me lasser. Rarement la violence avait été aussi dansante.

Premier : Desperate Living
2009

Dernier album (en date ?) du groupe, Desperate Living en est aussi, à mes yeux, le chef-d’oeuvre.
Dès le surpuissant morceau d’intro Cloudwalker, ça crève les oreilles : les mecs ont passé un step énorme et arrivent en pleine possession de leur identité et de leur son. HORSE the band est sur cet album la version finale de lui-même, la forme ultime de ce qu’il devait être.
Ce qui, chez d’autres, pourrait passer pour de « l’expérimentation » ou de la « prise de risques », comme sur Shapeshift, en featuring avec Jamie Stewart de Xiu Xiu, le TRES déstructuré Rape Escape ou les envolées disco de Big Business, ne sont en réalité que les preuves d’un groupe qui sait ce qu’il est et ce qu’il veut continuer à être. Absolument toutes les tentatives sont des succès.
A la limite de l’album concept, Desperate Living offre à l’auditeur méritant une expérience unique, qui s’écoute d’un bout à l’autre sans aucun temps mort, sans la moindre note en trop, sans la moindre seconde de gras. Les douze titres de ce disque sont là où ils devaient être, tel qu’ils devaient être.
Les paroles de Nathan n’ont jamais été aussi généreuses en quantité (une autre spécificité du groupe qui, sans avoir des titres particulièrement longs, les a souvent remplis de paroles très bavardes), en métaphores et en double-sens, les mélodies et les rythmiques jamais aussi à l’aise, touchantes et acrobatiques, et le tout forme une fresque impressionnante, presque sidérante, qui se termine par l’épique Arrive, dont la dernière minute me met des frissons depuis treize ans.
Desperate Living est le possible chant du cygne d’un groupe impossible à classer, libéré de tout, et très sincèrement, je doute que vous ayez mieux à faire de l’heure qui vient que d’aller le découvrir.
C’est un disque qui peut changer votre vie.

Premier ex-aequo : Earth Tour (DVD + livre)
2010

Je ne peux pas finir ce classement sans parler du Earth TourUne tournée de soixante dates dans presque autant de pays, réparties sur les trois mois d’un voyage sans pause. Ce sont les membres de HORSE the band eux-mêmes qui ont organisé ça en 2008, sans tour manager, sans booker, sans label, sans rien. Juste cinq gars qui avaient décidé de ne plus en avoir rien à foutre de rien et de faire désormais les choses à leur manière.
Ils ont tiré de cette expérience incroyable un livre désormais introuvable (mais dont je suis l’heureux et fier possesseur), et un documentaire de onze heures (oui) que vous pouvez encore télécharger là-bas avec l’accord du groupe.
Je me doute que très peu d’entre vous, probablement aucun, n’ira voir ce film… Pourtant, je vous jure, il vaut le coup. On y passe par énormément d’émotions différentes, et on en ressort avec un attachement indéfectible pour ce groupe de perdants magnifiques, d’intégristes de l’indépendance.
Le film et le livre du Earth Tour m’ont ému, profondément. M’ont mis les larmes aux yeux, même, dans leurs derniers instants, dans ces au revoir qui sont un peu des adieux, dans cette certitude que ce qui a été vécu ne pourra pas être renouvelé, dans ce retour à la maison qui est aussi la fin d’une certaine insouciance de colonie de vacances.
Le film du Earth Tour m’a marqué à vie, je crois, et m’a aidé, parfois, à prendre des décisions vis-à-vis de ma propre carrière, de mon propre art.
Plus que leurs disques, le Earth Tour, au fond, est la raison pour laquelle j’aime autant HORSE the band.
Si vous avez onze heures devant vous, je vous jure qu’elles seront bien utilisées, ici.

Bises et merci, à eux et à vous.


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