Maria Padilla : « What I Am »

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4 juillet 2022 par Vincent Mondiot

A l’hôtel où je bosse comme réceptionniste de nuit, en général, on fait tourner une playlist Spotify à la con qui s’appelle Parisian breakfast.
Ca permet d’occuper discrètement l’espace sonore de la réception et de la salle de petit-déjeuner, de faire croire aux touristes qu’ils sont dans Amélie Poulain grâce aux insupportables voix de Carla Bruni ou d’Henri Salvador (avez-vous d’ailleurs remarqué à quel point Kylian Mbappé ressemble à ce dernier ?!) et, globalement, les morceaux sélectionnés sont assez inoffensifs pour que personne n’ait jamais à se plaindre de ce qui n’est finalement que de la musique d’ascenseur.
Ou de la musique d’hôtel, plus précisément, ce qui est à peu près la même chose en pire.
De temps en temps, évidemment, tirant parti du fait que je bosse seul, je change cette merde pour mettre des trucs un peu plus cool. J’ai jamais osé lancer du punk, du PNL ou de la dungeon synth, mais je fais régulièrement tourner du Tessæ, du Marina and The Diamonds, des choses comme ça. Des artistes que j’aime, mais qui passent quand même à peu près aux oreilles de nos clients toujours prompts à se plaindre (je les adore).
Mais, des fois, souvent, j’ai la flemme. Piégé derrière le bureau où je vais passer les douze prochaines heures, les yeux rivés à un tableau de réservations sans intérêt démesuré, j’ai moi-même des envies de musique d’hôtel. Des envies d’anonymat, de plat, d’inexistence. Alors je laisse tourner Parisian breakfast, ou l’une de ses semblables, et advienne que pourra dans cette quête du désespoir musical.

Sauf qu’il y a deux semaines, un truc s’est passé.
C’était sur les coups de vingt-deux heures. Je venais de manger une salade que je m’étais préparée (endives, noix, saumon fumé, graines de courge, poivrons, et personne ne peut me juger), et je m’apprêtais probablement à dormir les yeux ouverts ou à penser à la mort, lorsque soudain, un truc a jailli de la playlist qui tournait.
Un intérêt.
Une émotion.
Un morceau instrumental, au piano, qui m’a paru vivant.
Ce morceau, c’était Las Manchas, d’une certaine Maria Padilla.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il y a vraiment un truc qui m’a réveillé, dans ce titre. L’impression d’écouter le morceau d’ouverture d’un film à la fois inquiétant et mélancolique, peut-être un peu lynchien, sûrement un peu triste. Comme un pic étrange au milieu d’une plaine grise, Las Manchas m’a semblé n’avoir rien à faire dans Parisian breakfast. C’était un morceau de vie dans le néant, un fragment d’émotion dans ce taf qui n’en procure aucune.
J’ai adoré.

Alors, forcément, je suis ensuite allé écouter l’album entier dont le morceau était tiré : What I Am.
Un disque sorti très récemment, visiblement dans une indifférence totale à en croire le faible nombre d’écoutes que les différents morceaux cumulent et la difficulté assez extrême à trouver la moindre information à son propos sur internet… Si ce n’est que Maria Padilla est aussi le nom d’un vieil opéra italien, ce qui rend évidemment la recherche d’infos encore plus complexe.
Même sur YouTube, pourtant zone franche en termes d’upload sauvage de musique, je n’ai réussi à trouver la trace du disque que sur une sombre chaîne automatisée qui semble se contenter de mettre en ligne, à tour de bras, des disques impossibles à digger via le moteur de recherche.
Bref, c’est la merde pour savoir qui est Maria Padilla.
La difficulté est telle, en fait, que je n’ai aucun lien vers lequel vous renvoyer. Je peux juste vous dire que l’album est disponible sur Spotify et les autres plateformes de streaming, et que, putain, il est bien.

C’est vingt-quatre titres (dont pas mal de versions alternatives) basés sur du piano et des arrangements ambient ou électro, et c’est surtout, ouais, cette impression d’écouter un film se déroulant pendant un crépuscule d’été et mettant en scène des gens fatigués.
Des gens qui, peut-être, n’attendent qu’une chose pour se réveiller : un morceau plus intéressant que les autres dans leur playlist du soir.

A mes âmes désespérées : je viens de vous fournir votre disque de l’été. J’espère que vous l’aimerez.

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