Me refaire l’intégralité de The X-Files en 2021 était une expérience étrange.

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17 septembre 2021 par Vincent Mondiot


Toudoudoudoudoudouloum,
Din din din…
Tu du du du du du…

(n’hésite pas à laisser immédiatement un commentaire
pour saluer mon oeuvre dite du
« Générique de X-Files à la bouche mais à l’écrit »)

On va pas se mentir, mon mois d’août a été assez calme.
Après avoir passé juin et juillet à bosser sur le dernier roman de ma trilogie cyberpunk Colonie Kitej (tout ça arrive en novembre, on en reparlera d’ici-là, t’inquiète de rien) et à sauver des chats errants (suis-moi sur Facebook ou Instagram pour plus d’infos sur ces sombres bails), j’avais envie, et peut-être besoin, de me reposer un peu.
Et pour une raison que je serais bien en peine d’identifier de près ou de loin, je me suis mis en tête que la meilleure chose à faire pour ça, c’était de me remater pour la première fois depuis mon adolescence l’intégralité de la série The X-Files, concernant laquelle absolument personne ne dit jamais le « the », et que nous appellerons donc dans cet article simplement X-Files, comme des gens civilisés, MERCI.

Ce n’est pas très original vu le ras-de-marée qu’a été cette série durant ses premières années, mais X-Files a représenté, avec Warhammer 40,000 et Dragon Ball, l’un des premiers trucs dont j’ai été VRAIMENT fan. Mais genre, VRAIMENT, en gras, majuscules et italique. En 95/96, alors que j’étais sixième, je passais mon temps à y réfléchir, à acheter le magazine, à revoir encore et encore les épisodes enregistrés sur VHS… Je me souviens même d’un classeur dans lequel je m’étais fait, grâce à une vieille machine à écrire prêtée par ma mère, des fiches sur les différents persos de la série, essayant d’y expliquer avec ma verve d’enfant stupide le rôle que je les devinais jouer dans cette grande conspiration à laquelle je ne devais pas capter grand-chose.
Ca a duré comme ça pendant au moins quatre saisons, durant lesquelles je ne cessais d’être fasciné par l’imagination de cette oeuvre qui ne ressemblait à rien de ce que je connaissais alors, par la force d’évocation de ses scènes, de ses personnages, de ses monstres, par l’histoire derrière l’histoire que me racontait cette fresque qui mélangeait horreur, fantastique, science-fiction et polar paranoïaque, offrant au gamin que j’étais alors exactement ce qu’il avait envie de voir pour nourrir ses obsessions déjà présentes.
J’étais fan, ouais.

A la faveur du récent déménagement de mes parents,
j’ai d’ailleurs retrouvé les trop nombreuses et inutiles trading cards que j’achetais à l’époque.
Je vous ai mis ce BG de Skinner au centre, pour des raisons dont l’évidence ne requiert aucune justification.

Et puis, au bout d’un moment, et là non plus ça n’a rien d’original, la série a commencé à me lasser. Probablement autour de la sixième saison. Ca durait depuis trop longtemps, je m’étais complètement perdu dans cette conspiration qui n’en finissait pas, les épisodes « décalés », de plus en plus nombreux, me soûlaient, et j’étais désormais au lycée. J’avais découvert le rock, les filles, les concerts, Buffy, et tout comme j’avais abandonné Warhammer 40,000 en quittant le collège, j’abandonnais aussi mon obsession pour des X-Files vieillissantes et répétitives.
Cependant, j’ai continué à religieusement regarder, jusqu’à la toute fin, ne manquant, je crois, jamais aucun épisode sur M6. Mais je me souviens parfaitement avoir fait ça, sur les dernières années, avec la sensation de me débarrasser d’une corvée, d’honorer ma fidélité à cette série que j’avais un jour passionnément aimée mais qui n’était plus désormais qu’une épouse ennuyante avec laquelle nous n’avions plus grand-chose à nous dire. C’est triste, mais je crois avoir ressenti un soulagement et un sentiment de libération, lorsque ça s’est enfin terminé, au début des années 2000.

Pourtant, oui, je viens de me refaire l’intégralité de la série, poussant le vice jusqu’à y ajouter les deux nouvelles saisons sorties récemment, quinze ans après les épisodes canal historique, que j’avais boudées au moment de leur diffusion.
J’ai fini mon marathon il y a à peine trois jours, là, je suis encore un peu dedans.
Et donc, revoir X-Files en 2021, qu’est-ce que ça fait ?
Bah ça fait bizarre, clairement. Un mélange assez chaleureux de nostalgie bienveillante et de plaisir au premier degré. J’ai passé, grâce à cette série, une très bonne fin d’été.

Evacuons tout de suite les évidents points négatifs :
– oui, la série est trop longue, et comporte un bon tiers, je dirais, d’épisodes complètement inutiles, qu’on oublie avant même qu’ils soient terminés.
la quasi-totalité des épisodes sont basés sur le même schéma, avec Mulder qui s’excite sur une hypothèse surnaturelle pour expliquer un meurtre, Scully qui fait son numéro de « mais Mulder, le paranormal, ça n’existe pas » (numéro qui n’a vraiment aucun sens, vu qu’elle passe son temps à voir des trucs qui lui prouvent l’inverse), et à la fin, c’est Mulder qui a raison. Sans rire, je crois qu’il n’y a pas UN épisode où c’est l’explication de Scully qui est la bonne.
certains trucs ont vieilli. Evidemment les effets spéciaux ou les épisodes liés aux nouvelles technologies, ultra datés aujourd’hui, mais aussi, plus largement, le rythme narratif, assez « à l’ancienne », avec des enquêtes qui avancent à pas de géant et se résolvent en une demi-journée pour être sûr de rentrer dans le format quarante minutes.
– et j’ajoute un point moins universellement partagé par les fans, mais je trouve qu’à partir de la saison 6 environ, il y a vraiment beaucoup trop d’épisodes décalés/drôles/parodiques, et que ça déséquilibre complètement la série, qui au départ se voulait inquiétante et horrifique.

Maitreya, dans la saison 7.
Là, Scully et Mulder sont piégés dans un jeu vidéo tueur et se battent contre
une stripteaseuse déguisée en cowgirl.
Je me refuse à expliquer davantage cet intense moment nanar.

Par contre, en ayant revu toute la série d’un bloc, quasiment, j’avoue que le côté « la conspiration est incompréhensible », qu’on reproche souvent à la série (je le faisais moi-même depuis des années), n’est pas aussi justifié que ça. En fait, ladite conspiration est relativement compréhensible, pour peu qu’on parvienne à se souvenir des détails d’un épisode à l’autre, et, malgré de très visibles incohérences liées aux motivations des uns et des autres (POURQUOI ce gouvernement secret de mon cul veut-il tant collaborer avec les extraterrestres alors qu’il a des moyens de leur résister ? Une question parmi d’autres qui n’aura jamais de réponse), ça tient à peu près debout, et j’ai même été jusqu’à la trouver captivante, par moments, attendant généralement les épisodes « mythologiques » avec impatience, et me lassant progressivement des « monster of the week ».

Mais là, de toute façon, je pinaille, dans le positif comme dans le négatif, et l’essence et l’importance de X-Files ne se situent pas dans les reproches ou les compliments qu’on pourrait lui faire sur tel ou tel point.
Le rôle qu’a joué cette série dans notre pop culture actuelle est phénoménal, et assez indiscutable.

Sur les séries elles-mêmes, déjà.
J’en regarde en réalité très peu, par manque de temps et d’intérêt, souvent, mais X-Files a clairement été l’une des premières pierres importantes du chantier de rénovation du format, qui grâce à elle est passé d’un truc très « feuilleton », avec les épisodes interchangeables et indépendants des séries de nos parents, aux oeuvres ambitieuses, dans le fond comme dans la forme, auxquelles Netflix et consorts nous habituent aujourd’hui. X-Files, Buffy, Lost… Les pionniers, qui ont changé le game pour tout ce qui allait suivre.

Via le degré d’imagination horrifique dont ont fait preuve les auteurs durant plus de dix ans.
Bien sûr, tous les épisodes ne se valent pas, une bonne partie d’entre eux n’ont même aucun intérêt, mais putain, les mecs ont inventé un monstre par semaine pendant onze saisons ! La série phare des années 90 était quand même, finalement, une anthologie d’histoires d’horreur. Je trouve ça assez cool de savoir que ma génération a été biberonnée par un truc aussi imaginatif et franc dans son envie de faire peur. Les deux premières saisons, en particulier, se prennent grave au sérieux sur ce point et, paradoxalement aux nombreux tops 10 (ou tops 182, parce que pourquoi pas) trouvables sur internet, qui favorisent généralement les épisodes parodiques, je trouve de mon côté que c’est lorsqu’elle était ultra premier degré que X-Files était la meilleure.

Genre lui, vous savez tous très bien qui c’est.
Et il faisait pas de blagues.

Et puis, point qui n’est apparu que rétrospectivement mais qu’il est impossible de passer sous silence en 2021 : X-Files est l’un des creusets dans lequel s’est forgé le conspirationnisme moderne.
Sérieusement, revoir la série aujourd’hui était ultra chelou, là-dessus. Tout y est : la méfiance vis-à-vis du gouvernement et des médias, les vaccins qui donnent des maladies ou servent à nous ficher, l’extinction programmée de l’espèce humaine, les consortiums secrets d’une dizaine de vieux qui manipulent le monde entier depuis leur club privé aux riches dorures, les puces électroniques implantées en secret, les chemtrails, le programme MK Ultra… La mythologie de X-Files est très sérieusement à peine plus délirante que les « documentaires » que propagent les conspirationnistes modernes.
Si, pendant son âge d’or, cet aspect de la série ne soulevait pas spécialement de polémiques du fait que, dans le monde réel de la réalité véritable, le conspirationnisme n’était pas encore ultra visible, aujourd’hui, ça acquiert un aspect beaucoup plus ambigu, notamment dans les saisons 10 et 11, réalisées en 2015, qui prennent le taureau par les cornes en abordant ouvertement le conspirationnisme 2.0 et en l’incorporant à sa diégèse, via un personnage de YouTubeur vedette qui fait des émissions pour nous avertir sur les dangers des vaccins et compagnie. Il n’est pas précisé s’il utilise la B.O. de Requiem for a Dream pour son générique, mais j’imagine que oui.
L’exercice est délicat : au moindre faux pas, la série peut tomber dans un gouffre ultra malsain. Mais à ma grande surprise, elle parvient à éviter la chute, et finalement, j’ai trouvé ces deux saisons tardives plutôt très cool, alors que je les abordais avec une méfiance de niveau rouge. Sans être indispensables ni rien, elles font complètement le boulot, et parviennent à être à la fois un hommage sincère aux vieux épisodes, et une modernisation bien exécutée de la série, abordant souvent le fait que les héros sont désormais vieux, et que les thèmes de fond des X-Files n’impressionnent plus grand-monde. Maintenant, tout le monde est persuadé qu’il existe des complots partout, alors une série qui parle de ça, bon, ok, mais ça n’enflamme plus l’imagination, quoi.

Et c’est peut-être là, finalement, la plus grande réussite de Chris Carter, le créateur de X-Files : son bébé, en 2021, a été dépassé par la réalité et par ses enfants télévisuels. Sa série a été tellement marquante, fondamentale, séminale, qu’elle est entrée dans la culture générale de tout le monde, même de ceux qui ne l’ont jamais regardée.
Si vous êtes nés en 2000 et que X-Files, pour vous, c’est un vieux truc sans intérêt, peu importe : en réalité, vous connaissez quand même cette série, sans le savoir. Quasiment tout ce qui est venu après lui doit quelque chose, d’une façon ou d’une autre. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire, mais les parents n’ont pas à juger leurs enfants, j’imagine.

Alors, au final, est-ce que je recommande de vous faire ou refaire les deux cents et quelques épisodes des X-Files ? Franchement, j’en sais rien. La série est longue, très inégale, ça part régulièrement en couille complet, et j’ignore si, sans l’amour nostalgique que j’ai pour cette oeuvre, j’aurais autant kiffé mon mois d’août.
Mais pendant quelques semaines, à boire mon thé en regardant Mulder et Scully faire les aventures et déjouer les complots, je me suis senti bien. A la maison. Je me suis souvenu du collège, de mon pote Nicolas Beaujanot qui était aussi fan que moi, de mes vieilles VHS, et de l’époque où c’était bien rigolo de croire aux conspirations gouvernementales.
C’est bizarre pour une série aussi paranoïaque et nocturne que X-Files, mais elle m’a rappelé une époque où le monde allait mieux, et où on pouvait s’amuser à avoir peur.
L’écrivain que je suis devenu doit beaucoup à cette série. Ca ne signifie pas qu’elle soit parfaite, pas même qu’elle soit bonne, mais ça signifie que j’ai eu une belle fin d’été, oui. Comme des vacances passées avec un vieil ami un peu oublié, à se raconter nos vies et à se souvenir du passé.

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