Lights : « How To Sleep When You’re On Fire »

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31 août 2021 par Vincent Mondiot

J’ai un rapport étrange à la Canadienne Lights : à aucune moment il ne me viendrait à l’idée de la mettre dans un quelconque top 20 des gens que j’ai le plus écoutés dans ma vie, je ne pense pour ainsi dire jamais à elle quand vient l’heure sainte de faire des classements, et pourtant, ça fait une dizaine d’années qu’elle n’a plus quitté mon lecteur MP3, que j’achète tous ses disques et que je la compte inconsciemment parmi les piliers de mes playlists quotidiennes. J’en veux pour preuve le nombre d’articles que je lui ai consacrés, bien supérieur à ce que j’aurais moi-même imaginé à froid.
J’ignore comment ça s’explique. J’ai la même chose avec feu Face Tomorrow, sorte de version néerlandaise de Thursday. Des artistes que je ne mentionne presque jamais, dont j’oublie tout le temps de parler, et que j’écoute pourtant bien plus que certains disques qui seraient placés très hauts dans mes suscités tops.
Peut-être est-ce dû au fait que, fondamentalement, je sais que ces gens n’ont pas apporté grand-chose à la Musique avec un M majuscule (à l’exception notable de l’album Siberia, de Lights, qui reste un truc vraiment à part que tout le monde devrait écouter au moins une fois), mais qu’en parallèle à cette certitude, je ne peux empêcher mes tympans de kiffer ce qu’ils me balancent.
Quelle vie étrange nous menons tous.

BREF.

How To Sleep When You’re On Fire (et son combo pochette/titre qui plagie allègrement Billie Eilish) est donc le dernier disque en date de Lights, et il fait figure de hors-série dans sa discographie.
Par son contenu, déjà : ici, il n’est aucunement question de la cyber-pop habituelle de la chanteuse (cherche pas, c’est moi qui viens d’inventer ce terme, et j’en suis déjà désolé), mais plutôt de synthwave minimaliste. Il n’y a pas le moindre écho de chant sur les sept longs titres qui composent cet album, et on est absolument et intégralement dans une proposition qui se rapproche des playlists « dark synth electro chill » qui pullulent sur YouTube. Si la formule n’est pas, en elle-même, particulièrement originale, elle l’est pour Lights, qui n’avait jusqu’ici jamais enregistré le moindre titre instrumental, je crois.
Et l’autre versant du disque qui le rend « hors-série », c’est le fait que cette fois, il s’agit d’un album complètement homemade, enregistré à la maison pendant le premier confinement de l’année dernière, et sorti en indépendance totale via Bandcamp. Là encore, ce n’est pas original du tout, mais ça l’est pour Lights, qui avait jusqu’ici toujours travaillé avec des maisons de disques, dans un modèle de carrière « à l’ancienne » qui impliquait des histoires de plans média, d’agent à contacter et de contrats à signer.

Et ces deux aspects distincts, le musical et l’extra-musical, m’intéressent autant l’un que l’autre, dans le cas de How To Sleep When You’re On Fire.

Le musical, déjà, parce que, tu le sais, j’écoute de plus en plus, au quotidien, d’albums instrumentaux. Plus je vieillis, plus les voix, les paroles, les accords de guitare et les postures de rockstars me semblent être de la triche, du mensonge. Donc, je peux le déclarer en ma qualité d’expert autoproclamé : How To Sleep When You’re On Fire (c’est super relou à taper, viens on dit qu’il s’appelle HTSWYROF) est un excellent disque de synthwave. Réellement. Il ne révolutionne aucunement le genre, mais il en propose une version classe, imbibée de nostalgie et de rides nocturnes sur la côte, de visions de phares encore allumés à l’aube et de souvenirs que j’ai pas vécus concernant des étés américains et des hivers urbains.
Mention spéciale aux titres SadBoy et DarkMode, les deux meilleurs du disque. Si je fais un jour un film, je veux absolument qu’il se termine sur l’un de ces morceaux.
Clairement, Lights a abordé cet exercice, très différent du reste de sa discographie, avec un mélange assez réjouissant d’humilité et de connaissance de son sujet. Elle n’a pas improvisé le truc en mode « on s’en fout c’est juste pour s’amuser », mais a balancé un album tout à fait digne d’entrer dans la cour des grands du genre.

Et pour l’extra-musical, ensuite… Ce que je vais dire tient de l’interprétation personnelle, voire de la projection pure et simple, mais je trouve aussi quelque chose de réjouissant dans la manière dont ce disque a été livré au monde. Quelque chose qui se rapproche de mes propres interrogations quant aux mensonges que peuvent être l’image et le discours, en musique.
Jusqu’ici, Lights était une chanteuse qui avait beaucoup joué de son image, étant d’ailleurs elle-même sur la pochette d’absolument tous ses disques avant celui-ci. Et pourtant, HTSWYROF se contente cette fois d’une pochette minimaliste à l’extrême, d’un plan de com’ qui ne l’était pas moins (qui a entendu parler de la sortie de ce disque, sérieusement ?), et d’une envie assez palpable de faire les choses comme on l’entend, sans se poser la question de la rentabilité ou des médias.
Une envie de faire de la musique, d’y mettre des émotions, et de partager le truc avec les quelques personnes qui tomberont dessus.
HTSWYROF est un disque qui ne ment pas. Qui en est incapable, de par sa nature purement musicale.

J’ignore si cet album annonce un virage définitif dans la carrière de Lights. Je ne le pense pas : il a vraiment tout de la parenthèse déjà refermée, initiée uniquement par l’ennui et la remise en question qu’on a tous connus lors du confinement. Mais quoi qu’il en soit, il aura ajouté une nouvelle couleur, vraiment jolie, à la palette de cette fille dont j’oublie toujours de parler, mais dont j’aime pourtant profondément la musique.

Pour écouter et télécharger How To Sleep When You’re On Fire, ça se passe sur cette page Bandcamp. Je t’y incite fortement. Ca va te faire ressentir des trucs, juré.

2 réflexions sur “Lights : « How To Sleep When You’re On Fire »

  1. hauntya dit :

    Tu me fais toujours découvrir des musiques fascinantes, je te fais confiance encore une fois sur un style que je ne connais guère ! Mais j’aime beaucoup cette idée d’album intimiste, fait totalement homemade, dans une parenthèse du temps particulier. Rien que ça, ça le rend singulier. Et l’instrumental fait parfois beaucoup de bien à l’âme.

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