Des jeux vidéo Borderlands, de l’importance de reconnaître ses influences, de mon prochain roman, de tout ça et de tout ça.

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20 octobre 2020 par Vincent Mondiot

   J’ai beaucoup joué à beaucoup de jeux vidéo. Oui, cette phrase est potentiellement bancale, mais là n’est pas la question, ne commençons pas déjà à nous disperser, on n’en est qu’au premier paragraphe, merci.
Cette phrase est potentiellement bancale, mais elle est surtout vraie. J’en veux pour preuve ce truc que j’avais déjà posté, à savoir ma liste de trophées sur le PSN. Allez-y, vénérez-moi ou méprisez-moi, c’est là pour ça.
Ouais, j’ai passé de très nombreuses heures devant mon écran, une manette en main, et je ne le regrette absolument pas. Ca m’a apporté énormément de choses et ça m’a permis, souvent, de tromper l’ennui, la tristesse, la solitude, tout en m’ouvrant des portes de l’imaginaire que les autres formes artistiques peinent parfois à atteindre. Je ne vais pas vous faire une dissertation sur la valeur des jeux vidéo, les joueurs sont déjà au courant et les autres s’en branlent.
Par contre, depuis maintenant presque deux ans, sans raison apparente, j’ai drastiquement réduit mon temps de jeu. Sérieusement, je serais grave en galère pour vous expliquer le phénomène ; peut-être que c’est lié à ma « vie d’auteur » qui a pris de l’ampleur… Les dates collent, en tout cas. Peut-être que, ouais, j’ai simplement moins de temps à consacrer aux jeux. Les journées ont toujours fait vingt-quatre heures, quels que soient nos besoins en matière de temps.
Il n’y a, globalement, que deux jeux à avoir échappé à la collecte de poussière de mes manettes : Street Fighter V, sur lequel je m’entraîne toujours quotidiennement (j’en avais déjà un peu parlé ici #LauraMatsudaFTW), et le jeu dont il va être question aujourd’hui : Borderlands 3.

   Pour ceux qui ne connaissent pas, Borderlands est une série de jeux développés par Gearbox qui s’élève désormais à cinq épisodes en comptant les hors-série, et qui donne dans le FPS ultra bourrin.
Dois-je expliquer « FPS » ? Je ne sais pas du tout quel est le lectorat de ce blog (« t’as pas de lectorat, Vincent, calme-toi »), donc j’ignore quelle est votre connaissance en matière de jeux vidéo… Bon, en gros, c’est des jeux dans lesquels t’incarnes un personnage en vue subjective et où tu vas tirer à la chaîne sur des milliards d’ennemis pour leur faire exploser la tête.
Sous des dehors de licence extrêmement violente et beauf (le gros de la communication est axé autour du nombre d’armes qu’on peut trouver, donc autant te dire que les développeurs ne cherchent pas à séduire en priorité les intellectuels bouddhistes), Borderlands se révèle, au fil des jeux, être un univers beaucoup plus subtil et complexe qu’il n’y paraît.
Non, pour de vrai, je suis sérieux.

   Déjà, premier truc : le scénario prend une place énorme dans le déroulement des jeux. Jeux qui, d’ailleurs, sont TRES bavards sur le sujet. On est constamment en train de discuter avec tel ou tel perso, en train de lire des trucs nous informant d’un élément de background ou d’un autre, en train de découvrir via les environnements des pans entiers de l’histoire.
L’histoire, justement, prend place sur la planète Pandora, une colonie spatiale fondée par la Terre, qui pensait trouver là un minerai rare qui révolutionnerait l’industrie énergétique. Pas de bol : ils ont surtout trouvé des monstres affamés de chair humaine. #Oupsie. Les employés envoyés sur Pandora ont donc été abandonnés par leur hiérarchie, et depuis, tous devenus à moitié psychopathes, ils survivent comme ils peuvent sur ce monde à la Mad Max, trucidant de la créature et du gang adverse dans des paysages en ruines, tout en cherchant parfois les « Arches », des monuments extraterrestres légendaires qui sont supposés conférer un pouvoir incroyable.
Ouais, ok, le scénario a l’air turbo-con, là. Mais je jure sur ce que j’ai de plus cher (ma collection de jeux Borderlands, par exemple) qu’en réalité… Bon, en réalité, c’est aussi un peu turbo-con, mais c’est un turbo-con crafté avec soin et profondeur. Il y a un vrai univers, cohérent, tentaculaire, complexe, dans ces jeux, pour qui a envie de creuser le sujet. Des dizaines de personnages importants, une géographie qui évolue d’un jeu à l’autre, des implications galactiques, des mythologies dans les mythologies… On pourrait écrire des dizaines de romans sur cette série.
Dans les jeux vidéo, et les FPS en particulier, le scénario est souvent un simple prétexte pour permettre le gameplay. Et si, ici, fondamentalement, c’est également le cas, il faut quand même reconnaître que ledit prétexte est sacrément développé.

   Ensuite, de manière peut-être surprenante, les jeux Borderlands sont, depuis leur tout premier épisode, étonnement progressistes, dans ce milieu généralement assez conservateur, voire toxique, des jeux vidéo.
Le nombre de personnages homosexuels ou bisexuels est through the roof, il y a pas mal de héros racisés, et les femmes y ont le beau rôle depuis toujours.
Alors que les jeux de la série multiplient, en permanence, les blagues débiles et scato, il n’y a quasiment aucune vanne sexiste, raciste, grossophobe… Ca peut paraître simplement « normal », mais en réalité, quand tu connais un peu le public des jeux vidéo et que tu prends en compte la quantité faramineuse d’humour stupide présent dans Borderlands, ça tient de l’exploit d’avoir à ce point réussi à éviter ces écueils.
Et, d’ailleurs, truc surprenant dans le truc surprenant : cet aspect de l’univers n’a jamais été mis en avant dans la communication promotionnelle. C’est aux joueurs de le découvrir, presque inconsciemment, au fil du scénario.

   Enfin, dernier élément qui rend ces jeux aussi spéciaux pour moi : ils sont faits pour s’y perdre. Pour y jouer non pas des dizaines d’heures, mais des centaines d’heures. Des MILLIERS d’heures, même.

Des ennemis qui jaillissent de partout, des explosions, un train qui passe en écrasant tout le monde… Rien de ce qui se passe sur cette image n’est particulièrement exceptionnel dans Borderlands.

   J’ai fini tous les jeux de la série autant à 100% qu’il était possible de le faire (ce qui, ici, signifie en général « à 437% », ou quelque chose comme ça, tant sont nombreux les secrets à trouver, les modes de jeu alternatifs, les possibilités d’amélioration des personnages, les DLC…). Je les ai explorés en long, en large, en diagonale, à l’envers, à l’endroit. J’en connais tous les détails, toute la mythologie, toutes les zones de jeu.
J’ai, en réalité, passé une partie non négligeable de ma vie sur Pandora, à tirer sur des ennemis, à faire exploser des bâtiments, à chercher des artefacts antiques. A simplement me balader, aussi.
J’ai vécu là-bas, pendant des milliers d’heures. Et j’ai adoré ça, à tel point que, maintenant, alors que j’ai déjà totalement retourné le jeu, je continue à fréquemment retourner sur Borderlands 3, sorti depuis déjà un an. J’y lance quelques grenades, je me promène dans telle zone que je n’ai pas explorée depuis longtemps, je cherche à utiliser tel type d’arme dont je ne suis pas trop familier. Je me détends et médite au son des déflagrations et des hurlements d’agonie.
J’aime ces jeux d’un amour sincère et profond, depuis maintenant plus de dix ans.

   Et pourquoi je te raconte tout ça aujourd’hui, demandes-tu, sagace lecteur ?
Parce que le mois prochain, j’ai un nouveau roman qui sort.
« Whaaaa, Vincent, mais quel sens de la transition et du teasing ! Dis-nous-en plus sur le lien pour l’instant assez ténu, disons-le, qu’il existe entre les deux sujets, s’il te plaît ! »
D’accord, je fais ça tout de suite.

Bae ❤

   Le roman qui s’apprête à être publié chez Les Saisons de l’Etrange s’appelle Toute entrée est définitive, et il est le premier volume d’une trilogie de cyberpunk qui, elle, s’appelle Colonie Kitej.
Ca parle d’une colonie spatiale aux airs de Gotham City SF dans laquelle travaillent des « modérateurs », à mi-chemin du détective privé et du justicier masqué. On suivra Soraya, une adolescente de dix-sept ans avec des grosses lunettes, et son patron Guillermo, éternel loser bien trop confiant dans ses maigres compétences d’enquêteur. Ensemble, ils vont essayer de retrouver un jeune homme qui a disparu, et se confronteront sur le chemin à une secte de mutants, à des criminels surarmés, et potentiellement à un monstre géant (ce « potentiellement » n’est là que pour faire croire que je ne spoile pas mes propres livres).
Ce sera drôle (j’espère), ce sera cool (j’espère), il y aura de l’action (j’espère), du suspense (j’espère), de l’émotion (j’espère) et une assez haute dose de stupidité absolue (j’en suis sûr).
Ca sort le mois prochain, et c’est un nouveau chapitre de mon « oeuvre » (« Ahah, ta gueule, Vincent ») qui s’ouvre, puisque ce sera la première fois que vous pourrez me lire sur des territoires science-fictionnesques. J’espère de ouf que vous aimerez lire ça. Moi, en tout cas, j’ai adoré l’écrire, et je crois que ça plaira aux amateurs des Mondes-miroirs, dont Colonie Kitej est un peu la petite soeur punk.

   Et donc, ok, tout ça est bel et bon, mais quel est le lien avec Borderlands ?
Le lien, c’est que Borderlands était mon influence principale au moment de concevoir l’univers de Colonie Kitej.
En fait, comme toutes les oeuvres qui ont été importantes dans ma vie, Borderlands est désormais intégré à mon ADN créatif. Ca fait partie de l’auteur que je suis, au même titre que les romans de Stephen King, que Dragon Ball, que la musique de The Ataris ou que le film Donnie Darko. Ce sont des oeuvres qui sont là, dans mon sanctuaire mental, et qui m’influencent constamment, que je le veuille ou non.
Et c’est très bien comme ça, parce qu’en fait, justement, je le veux, qu’elles m’influencent.

   Je ne viens pas de nulle part. Mes romans ne jaillissent pas ex nihilo, et ne sont, finalement, que les enfants de tous les livres, tous les jeux, toutes les BD, tous les films que j’ai ingurgités dans ma vie. J’ai des maîtres, des influences majeures, des modèles que je cherche à atteindre depuis le premier jour, tout en sachant que je n’y parviendrai jamais vraiment.
Et plus qu’être en paix avec ça, j’en suis même fier.
Je tiens à faire savoir qui m’influence, et pourquoi.
J’ai envie, réellement, d’inscrire mes romans dans une toile de références, dans des genres, de les rapprocher de ceux qui ont aidé à leurs conceptions. D’apporter à mes lecteurs, peut-être, un jour, des choses similaires à celles que m’ont apportées les oeuvres que j’ai aimées.
J’aime la SF. J’aime la fantasy. J’aime la culture des teen movies. J’aime les mangas, les comics, les jeux vidéo. Et c’est par amour pour tout ça, justement, que j’écris les livres que j’écris.
Je me méfie toujours des auteurs qui disent ne pas lire, qui se refusent à citer le moindre nom lorsqu’on leur demande leurs goûts. « Moi je ne lis pas, j’écris ». Ouais, bah va niquer tes morts, aussi. Moi je lis bien plus que j’écris, et j’en suis tout à fait heureux.


  Donc voilà. Le mois prochain sortira Toute entrée est définitive, ce sera disponible chez Les Saisons de l’Etrange, que je remercie platement d’avoir accueilli chez elles mon histoire bizarre, et, j’espère, ça plaira peut-être à ceux qui comme moi, ont passé une partie de leur vie sur Pandora.
C’est pour les fans des Mondes-miroirs, pour les fans de Borderlands, pour tous ceux qui comprennent l’importance de nos influences.

   On se reparle quand la sortie arrive. Paix à tous, et soyez fiers de ce que vous aimez. Ca fait partie de notre identité.

Toute entrée est définitive
Premier tome de la série
Colonie Kitej
Sortie courant novembre chez Les Saisons de l’Etrange
Couverture de Melchior Ascaride

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2 réflexions sur “Des jeux vidéo Borderlands, de l’importance de reconnaître ses influences, de mon prochain roman, de tout ça et de tout ça.

  1. hauntya dit :

    D’abord, tu as excellent goût dans les jeux auxquels tu as joué (je n’ai jamais touché à Borderlands, mais je vois Hellblade, Burly Men at sea, Little nightmares, Life is strange, Oxenfree et d’autres, ça me suffit ^^)
    Et ensuite, le plus important, félicitations pour cette future sortie cyberpunk, en espérant qu’elle rencontre son succès ! (il n’est pas déjà impossible qu’elle se faufile dans une commande fiction pour ma bibliothèque…)
    Et tes mots sur les influences me parlent beaucoup. On n’invente rien de tellement nouveau, on écrit sur ce qu’on aime et ce qui nous a marqué, on le fait cependant d’une manière différente. Et puis ce sont ces influences qui nous construisent et nous aident toute la vie.
    Encore bravo !

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