Don’t Look Back : « Brighter »

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1 avril 2020 par Vincent Mondiot

  En ce moment j’écris beaucoup. Et comme souvent quand j’écris beaucoup, j’écoute principalement des albums instrumentaux, pour ne pas que mon écriture soit prise en otage par les paroles que j’entends, qu’elle commencerait alors à singer sans s’en rendre compte.
Et puis, en plus, évidemment, il y a le confinement, l’odeur bizarre de fin d’ère dans nos villes, qui balaie toutes les tentatives de propos.
Donc ouais, de l’instrumental. De la dungeon-synth, de la synthwave (c’est du cyberpunk, que j’écris, donc ça s’impose), de la vaporwave.
Du post-rock, aussi.
C’est en cherchant dans ma discothèque des albums de ce dernier genre que je me suis souvenu de ce Brighter, du groupe français Don’t Look Back. Un disque de 2005, un groupe de Valence qui n’existe plus depuis longtemps, un label qui a disparu aussi.
Un souvenir d’une époque qui semble désormais lointaine, qui aurait appartenu à un autre.

   2005. J’habitais encore pour quelques mois chez mes parents. J’étais étudiant à Saint-Quentin-en-Yvelines, où je faisais très mollement une licence d’anglais dont je me foutais à peu près complètement. J’écrivais Terrortriste. J’étais amoureux d’une fille. J’échangeais mes premiers mails avec quelqu’un qui est aujourd’hui devenu l’une de mes toutes meilleures amies. J’avais vingt-et-un ans, plein d’envies, plein d’espoirs, plein de colères qui, j’en étais certain, me permettraient d’aller un jour là où je voulais être. Dans mes souvenirs, cette période, c’est toujours l’été ou l’hiver. Jamais d’entre-deux.
J’écoutais des disques, aussi. Tout ce que la France produisait alors de punk, d’emo, de hardcore. J’avais découvert la scène DIY et j’étais persuadé que ça changerait ma vie. Ca s’avérera vrai. J’étais persuadé, également, que jamais je ne m’en détournerai. Ca s’avérera faux.

   Les choses ont changé. Les gens. L’endroit où j’habite. Mes envies, mes espoirs, mes colères. L’époque. L’ambiance. Les possibilités. Moi. Maintenant, j’ai l’impression que c’est tout le temps l’automne ou le printemps. Que des entre-deux. Des compromis.

   Brighter. Je l’écoutais beaucoup, ce disque, à sa sortie. Je n’ai jamais vu le groupe en live. Il paraît qu’ils étaient bons. Peu importe.
Ce disque… Je l’ai trop longtemps laissé au fond de la discothèque. Trop longtemps, j’ai oublié à quel point je l’avais aimé, à quel point je l’aimais toujours. A quel point il m’avait accompagné, dans les trajets en bus de chez moi à la fac, de la fac à chez moi. Dans mon discman, alors que je marchais dans le parc de ma ville. Dans ma chambre de post-adolescent qui commence à croire qu’il peut devenir écrivain.
Du post-rock, ouais. Parfois un peu de chant, souvent en anglais, rarement en français. Quelques phrases ici et là qui disent que les enfants ont des ombres dans les yeux. Un disque de moins d’une heure, donc presque court pour le genre. Un disque électrique et lancinant, qui évoque l’attente, l’espoir, les regrets, tout ça mêlé.

   Je me demande ce que sont devenus les gens que je fréquentais alors. J’espère qu’ils vont bien. J’ai oublié la plupart des noms, certains visages. J’ai oublié l’essentiel de ce qu’on faisait de nos journées. J’ai oublié qui on était. Mais j’espère qu’ils vont bien. J’espère que, parfois, eux aussi, ils espèrent que je vais bien.

   J’ai à peu près oublié, tout ça. Mais en écoutant Brighter ce matin, j’ai eu l’impression de vaguement m’en souvenir. C’était une autre époque. Elle me manque beaucoup, parfois. C’était toujours l’été ou l’hiver.

   Le disque n’existe plus nulle part, le groupe non plus, le label non plus, l’époque non plus. Mais certains de ses morceaux sont sur YouTube. Et pour les autres, tu peux me demander. Le groupe n’est plus là. Mais j’espère que ses anciens membres vont bien. J’espère qu’eux aussi, parfois, ils réécoutent leur disque et se souviennent de ceux qu’ils ont un jour été.

2 réflexions sur “Don’t Look Back : « Brighter »

  1. Chomette dit :

    Bonjour je suis tombé sur votre blog en cherchant vidéo du groupe que j ai découvert quand j étais disquaire à moulins. Aujourd’hui j habite Valence j ai les deux albums du groupe depuis longtemps
    L un des guitaristes chanteur Renaud est devenu h burn folk proche de neil young et Aujourd’hui pop rock ( voir un peu trop)
    L autre guitariste chanteur à forme geneva noise métal proche d isis, sonic youth, unsane, sleeppers
    J ai eu la chance de les rencontrer interviewer vu h burn solo live, geneva 2 fois et surtout dernier concert de dont look back au kiosque du champs de mars à Valence

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