White Ward : « Love Exchange Failure »

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6 octobre 2019 par Vincent Mondiot

   La ligne éditoriale de ce blog le prouve depuis déjà un moment : j’ai de plus en plus de mal à m’enthousiasmer pour des disques de rock.
Je continue à en écouter, hein, et, même, à en aimer beaucoup, mais par contre, c’est de plus en plus rare qu’un album à guitares me donne envie de m’enflammer, de partager ma découverte ici.
Je crois que je me suis un peu lassé de devoir présenter des groupes de quatre mecs blancs, américains, qui portent des chemises à carreaux, des jeans déchirés, et qui parlent du passage à l’âge adulte, des relations amoureuses et de la dépression sur fond de mélodies inspirées de Nirvana, des Smashing Pumpkins, de blink-182 ou de Black Flag. J’ai trop souvent eu à écrire ce paragraphe et je n’en ai plus envie.
Le rock est un genre dont le tour a globalement été fait. Ca ne signifie pas qu’il n’y ait plus rien à en tirer, mais ça signifie par contre qu’il n’y a peut-être plus grand-chose à en dire, au moins pour moi, après 170 chroniques de disques rien que sur ce blog-ci.
D’où le fait que, depuis quelques temps, je parle plutôt de rap, de pop, de synthwave, de dungeon synth ou de future funk. De ces genres aussi, j’imagine, on a déjà fait le tour depuis un moment… Mais ce n’est pas encore mon cas. Et comme ce blog n’a quasiment que moi comme lecteur, c’est bien là le principal, non ?

   Bon, cela dit, dans la grande tradition des intros Survivre la Nuit, en fait, tout ça c’est bel et bon, mais aujourd’hui c’est bien d’un disque de rock dont on va parler.
J’aurais donc pu garder toute cette histoire de « gnagnagna je suis lassé du rock » pour une autre fois. Merde.
(Ne vous laissez pas berner par la manipulation médiatique : le paragraphe précédent n’est que tromperie et fake news. Si je voulais, je pourrais très bien récupérer cette intro pour une prochaine fois, puisque l’article n’est pas encore publié, ni même terminé. En disant « j’aurais pu », je ne fais que créer un effet dramatique destiné à hameçonner mes lecteurs – vous – pour maximiser les chances que vous alliez jusqu’au bout dudit article ou, à minima, jusqu’au bout de cette parenthèse.)

   White Ward est un groupe ukrainien, et Love Exchange Failure, sorti il y a deux semaines, est leur deuxième album. Et s’ils se classent eux-mêmes en black metal sur Bandcamp, c’est pourtant une vaste connerie, puisque ici, de black metal, il ne sera jamais question. White Ward donne en réalité bien plus dans un emo-violence digne du début des années 2000, et c’est en bonne partie ce qui a ressuscité, pour une fois, un peu de mon enthousiasme pour les groupes à guitares.

   Il faut dire que Love Exchange Failure s’éloigne des canons de l’album rock moderne :
– seulement sept titres, mais pour plus d’une heure de musique ;
– du saxophone et du piano partout, au même rang d’importance que les autres instruments ;
– des hauts et des bas très marqués, avec une première partie d’album ultra violente, et une deuxième moitié plus contrastée, presque atmosphérique, avec même des phases de chant clair qui prennent par surprise après les trente minutes de hurlements qu’on s’est mangées ;
– une orchestration et une ambition dans la composition et les arrangements des morceaux qui ne se rapprochent ni de la modestie volontaire du black metal, ni de l’urgence (souvent cache-misère) de l’emo, et qui expliquent que sur sept titres, quatre dépassent les dix minutes.

   Ouais, vraiment, mine de rien, ce deuxième album de White Ward sort des cases, de la définition orthodoxe de ce qu’est, à mes oreilles, l’idée d’un « album de rock » en 2019. D’ailleurs, même ce mot, là, « rock »… Qui a encore envie de dire « j’écoute du rock », aujourd’hui, putain ? Direct ça m’évoque des groupes de merde genre les Libertines ou je ne sais quels autres dandys toxicos portant chemises à jabots et chaussures en cuir. Je ne les connais pas personnellement, mais je suis quand même à peu près sûr que les mecs de White Ward ne portent ni l’un ni l’autre, bordel.
Non, White Ward ne fait pas du rock. Ces mecs font autre chose. Une toile noire, désespérée, tour à tour pesante et aérienne. Une bande-son destinée à accompagner et soutenir tout ce que tu pourrais vivre et ressentir en marchant seul dans ta ville la nuit. La pochette, quoi.
Long, dur, profond, monolithique, le voyage qu’est cet album nécessite d’avoir un peu de temps devant soi. Il ne s’adapterait que très peu à une écoute épisodique, à la sélection d’un morceau plutôt qu’un autre. Il faut se caler une heure, se trouver un paysage désolé qui va bien, s’acheter un paquet de clopes, se préparer à chialer en serrant les poings, et, ensuite seulement, appuyer sur lecture.

   White Ward a des guitares. Une batterie. Une basse. White Ward s’inspire, ou au moins ressemble fortement, aux groupes de l’époque envy., à l’emo deuxième vague. Et pourtant, ouais, je crois que dire d’eux qu’ils seraient un « groupe de rock », ce ne serait pas leur faire justice. Ils sont autre chose que ça. Ils sont mieux que ça. Et c’est pour cette raison, probablement, que j’aime autant cet album.

   Pour te faire une idée toi-même, comme d’hab, page Bandcamp.
Putain, cette phrase-là aussi, j’en ai marre de l’écrire.

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