PNL : « Deux Frères »

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27 avril 2019 par Vincent

    Puisqu’on s’est lancé hier, autant continuer à parler de disques qui n’ont clairement pas besoin du blog Survivre la Nuit pour trouver leur public… Aujourd’hui, probablement l’un des disques les plus généreusement couverts par les médias français cette année : Deux Frères, le quatrième album de PNL.
Probablement l’un de mes disques favoris depuis longtemps, aussi.
Disclaimer introductif : haters gonna hate. Puissance mille.

   Putain. Putain que ça fait plaisir. Sans vouloir la jouer « je les connais depuis leur première démo », PNL, je les ai découverts à l’époque de Que La Famille, leur tout premier disque. Ils n’étaient alors plus tout à fait inconnus, mais ils peinaient encore à taper le million de vues sur YouTube. Presque immédiatement, je les ai adorés. Je les ai aimés, même. Rarement, jamais, je n’avais entendu des rappeurs français aussi emo, autant capables d’assumer et de magnifier leurs faiblesses, leurs failles, leurs doutes et leurs regards nocturnes. Il y avait une telle tristesse et une telle beauté, chez eux, dès le premier disque… Et, également, un tel parti pris sonore, avec cet autotune permanent, ces instrus aériennes et brumeuses, ce vocabulaire hermétique, ces références cryptiques, que très franchement, je doutais qu’ils puissent un jour devenir autre chose qu’un trésor caché pour connaisseurs.
Et puis je les ai vus passer la barre du million de vues.
La barre des dix millions.
La barre d’un deuxième album traité en évènement par toute la presse française.
La barre des cent millions.
La barre d’un troisième album en forme de monument.
La barre de deux Bercy sold out en quelques heures.
La barre de devenir le groupe le plus important du rap français.
Le tout sans jamais faire la moindre interview, sans featuring, sans compromis, sans tromperie, sans traîtrise.
Putain. Putain que ça fait plaisir. Voir son favori, l’outsider, remporter la coupe, noblement, sans tricher, simplement en faisant tout pour être le meilleur et le rester. Je te jure, je suis fier d’eux, heureux d’avoir vu ça devant mes yeux.
D’avoir vu ce quatrième album sortir. Leur meilleur.

Bat les couilles d’l’Himalaya, bat les couilles j’vise plus l’sommet,
Mon coeur fait ouhlalala, crime passionnel que j’commets.

   Après avoir grimpé les sommets avec le très justement nommé Dans la Légende, PNL a pris son temps. Deux longues années pour donner vie à ce quatrième album, Deux Frères, là où les trois premiers étaient sortis en moins de deux ans. Il leur fallait probablement retrouver le contact avec la terre, avec eux-mêmes. Bosser, juste. Savoir ce qu’ils voulaient encore dire et comment le faire. T’inquiète qu’ils y sont parvenus. Cette fois-ci, contrairement à hier, aucun remplissage, aucun titre qui serait autre chose qu’incroyable. Ils ont fait ce que trop peu d’artistes font : ils ont travaillé.
Il y a tellement d’amour, dans ce disque, tellement de justesse, d’émotion, tellement de profondeur, de tristesse nocturne, d’espoir malgré tout, tellement de misère et de beauté… Il y a tellement, dans cet album.
De l’amour, surtout, ouais. Sur Blanka, sur Au DD, sur Celsius, sur Deux Frères, sur Chang, sur Zoulou Tchaing, sur La Misère Est Si Belle, sur Coeurs, sur Frontières, évidemment sur Déconnecté, moment le plus fort de l’album… Sur quasiment tous les titres, cet amour décomplexé, fier, presque impudique, cet amour que les deux frères, N.O.S. et Ademo, éprouvent l’un pour l’autre, pour leur père, pour les leurs, pour l’humanité. Derrière la dépression lancinante qui traîne son ombre sur tous leurs titres depuis cinq ans, derrière les visions obscures de vente de shit au pied de tours dégueulasses, derrière les ruines de banlieue qu’ils dessinent, derrière les cauchemars et les colères, il y a toujours un espoir, un amour, des sentiments qui donnent presque envie de détourner les yeux tant ils sont rares, à ce point de maîtrise et de beauté, dans la musique pop. Si un jour quelqu’un parle de moi comme N.O.S. parle d’Ademo sur le titre éponyme, alors je saurai que j’aurai été véritablement aimé.

Chaque rêve, chaque cauchemar, chaque ennemi, chaque euro partagé,
Et à part le nombre de cicatrices rien ne va changer,
Dans les mêmes miroirs on s’est regardés,
Dans les mêmes trous noirs on s’est égarés.

   C’est beau, après avoir touché les sommets les plus hauts, après être monté sur le trône, au-dessus, encore au-dessus, encore au-dessus, c’est beau de revenir à quelque chose d’aussi simple. Une fois la guerre gagnée, de revenir chez soi auprès des siens. Un titre comme La Misère Est Si Belle, par exemple, qui clôture la version normale de l’album, tire sa force du fait qu’il ait été écrit après que PNL est devenu l’un des duos les plus importants de l’histoire du rap français. Le monde ou rien. L’un ou l’autre, peu importe, au final. Ils y sont arrivés, on les a vus faire. Et ils l’ont fait sans changer d’un iota, sans tromper personne, et surtout pas eux-mêmes. On en revient à mes interrogations d’hier au sujet de Billie Eilish. Est-il possible de toucher le grand public en restant quand même intègre ? Ouais. Clairement, ouais. Ces deux frères le prouvent, sans plus aucune trace de doute. Suffit d’être droit et sûr de soi. Suffit d’être soi.

Pourquoi tu tournes autour des mots ?
J’suis seul, la lune me tourne le dos.

   Cet album, plus encore que les autres, revêt des aspects de petite voix qu’on écoute seul la nuit et qui nous dit ce qu’on a toujours eu besoin et envie d’entendre, qui nous dit qu’on n’est pas seul, qu’il y a Végéta et Simba pour nous accompagner dans les ténèbres.
Et là aussi, putain, ça me rend heureux. De savoir que ces mecs qui parlent de choses aussi intimes, qui parviennent, en évoquant en apparence la vie de dealers de cité, à parler des choses les plus universelles qui soient, ça me rend heureux qu’ils aient un tel succès. Qu’ils soient parvenus à devenir les amis imaginaires, les confesseurs nocturnes et intimes d’autant d’auditeurs. Chez les fans de PNL, depuis un petit mois que l’album est sorti, c’est unanime : on est tous heureux, ouais, et fiers, j’ai l’impression.

J’suis loin dans mes pensées, j’préfère être franc : j’vous déteste tous.
En chien j’me suis forgé, un coeur de loup, la laisse m’étouffe.
T’es jaloux d’moi, pourquoi tu m’aimes ?
J’réponds jamais quand mon âme passe sous un tunnel.

   Et pourtant, je prévenais dans l’intro : ouais, haters gonna hate. Parce que, effectivement, PNL reste PNL, PNL restera probablement toujours PNL. L’autotune. Les références incompréhensibles. Les mélodies qui planent à cent kilomètres du sol. Ne nous mentons pas : ces têtes d’Arabes de cité, aussi. Cessons de nier le petit racisme latent qui traîne dans pas mal des critiques rigolardes faites au groupe, au rap moderne en général dès qu’il ne s’agit plus d’Orelsan ou de Roméo Elvis.
PNL est un groupe qu’aujourd’hui, tous les Français de moins de quarante ans connaissent. Sur lequel ils ont tous un avis, probablement indéboulonnable. Il y a les fans, et il y a ceux qui rigolent. Ahahah, le vocoder, ahahah, la parodie du Palmashow, ahahah.
Ils vont faire une syncope, sur des titres comme Menace ou Shenmue.
Mais au final, quelle importance ? Cet article ne leur est pas destiné. Ni cet album. QLF, les cafards dans la cave, tout ça. Les confessions nocturnes, ce que N.O.S. et Ademo nous disent tard le soir. Ces trucs qu’on a parfois besoin d’entendre. On a eu la victoire pour nous. Voir ce groupe monter jusqu’à là où il est aujourd’hui… Putain, c’est beau de ouf. Réellement.

J’sors un sourire, j’me dis qu’il est faux,
C’est pas normal d’être si malheureux.
J’dors pas à deux heures, j’me dis qu’il est tôt,
J’vois mes démons, mais j’suis pas peureux.
La solitude c’est juste une te-pu,
Être accompagné d’ces faux sera une partouze.
Et ce soir j’fume, j’suis torse nu,
J’suis devenu aussi vide que ma trousse.
Faut s’en sortir, Tarik.
La vie c’est ça, Tarik.
Tu les encules, Tarik.
Un jour viendra, no panic.
Ma foi, les larmes sont brûlantes,
Oh mon dieu, j’attends les dés et vite.
La roue a tourné, ou peut-être pas,
Au fond tout ça, c’est toi qui décides.

   Alors ouais, en fait, peu importent les moqueries, la moitié de la population qui ne comprend pas ce groupe. Ce sont eux qui ont tort, cette fois, réellement. Ils manquent quelque chose d’incroyable. Ils l’ont déjà manqué. La beauté de ces deux frères grimpés si haut, revenus si bas. C’est trop tard pour les autres, et on s’en branle. Nous on a ce disque, cette voix dans la nuit qui nous dit de tenir. Rarement j’ai autant aimé un album. Rarement j’ai autant aimé un groupe. Je n’ai aucune envie d’être objectif à leur propos, aucune envie d’être sobre, aucune envie d’être autre chose qu’une groupie, aucune envie de les partager avec d’autres que ceux qui les comprennent.
PNL sont au sommet de la Tour Eiffel. Ils y ont grimpé seuls, sans avoir besoin d’eux. Ils sont si beaux.

Maintenant que j’te connais mieux, j’t’en veux pas d’être une merde,
Faut qu’j’quitte la terre, pirate veut reprendre la mer.
Mais les océans se sont en allés,
Comme les fours de G.A.G,
Comme les tours de mon ZT.
A l’ammoniaque ressemblaient nos journées,
On sait d’où l’on vient sans savoir où l’on va,
Mais on tordra ces âmes de rats.
Aucune question pour l’homme, sans réponse j’cherche les sommes,
J’fais l’million de haine,
J’veux moins d’monde, plus d’ceux qu’j’aime.

 

   Bon, et pour minorer l’aspect pour le moins « lol, méga suceur » de cet article : la pochette de l’album est absolument dégueulasse. Voilà. On s’en remettra.

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