Lil Peep, les insomnies, l’écriture, le monde de l’édition, toutes ces merdes.

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24 janvier 2019 par Vincent

   Depuis quelques semaines mes insomnies ont empiré.
Ca fait des années, en vrai, que je dors peu, et à des heures bizarres. Je ne sais pas quand ça a commencé, mais je sais que c’était déjà le cas avant que je ne bosse de nuit. Ce dernier facteur a clairement entériné les choses, mais il ne les a pas initiées.
En ce moment, je me couche vers minuit, généralement, je galère à m’endormir jusqu’à six ou sept heures du matin, et là, finalement, je tombe jusqu’à midi environ. Donc au final, c’est pas si grave, j’arrive quand même à choper du sommeil, c’est pas le cas de tous les insomniaques, donc je ne vais pas trop me plaindre.
Et puisque de toutes façons il semblerait que je ne parvienne pas à dormir la nuit, j’ai décidé d’en tirer parti, et désormais, je n’essaie plus tellement de me forcer, et si ça ne vient vraiment pas au bout d’une heure ou deux dans le noir et le silence, je me relève et je me mets à l’ordinateur pour être productif.
Mais ceux qui connaissent le problème savent ce que c’est que de vivre la nuit, chez soi. Même les touches du clavier semblent faire un vacarme insupportable, et là tout de suite, quand je regarde les autres immeubles par la fenêtre de chez moi, il n’y a pas UN SEUL appartement qui soit encore allumé à part le mien.
La nuit, le monde est mort, la population entière a été décimée, et il est parfois difficile d’encore trouvé un sens à son existence. Le cerveau tourne à fond, mais quelle que soit la direction dans laquelle il part, il finit toujours par se cogner dans un mur.

Ce que je vois actuellement de ma fenêtre. T’as vu, j’ai pas menti.

   En ce moment j’écoute beaucoup les disques de Lil Peep, la nuit.
Bon, je ne sais pas trop à quel point il est nécessaire de présenter Lil Peep, ça a quand même pas mal parlé de lui, mais pour la faire très courte, Lil Peep était un musicien américain qui est mort à l’âge de vingt-et-un ans, d’une overdose, en novembre 2017. Il était l’un des chefs de file de ce que l’on appelle le « SoundCloud rap », un nouveau style musical qui a quelques années et regroupe une grosse poignée d’artistes principalement américains, principalement blancs, principalement masculins, principalement très jeunes, principalement très tatoués, principalement très drogués, qui chantent leur nihilisme et leur envie de crever sur des instrus à la croisée des chemins entre rap, électro, ambiant et rock.
Si tu veux découvrir un peu tout ça, je te conseille d’explorer le site DatPizz, probablement destiné à fermer bientôt vu le degré de décomplexion avec lequel il partage des discographies entières en téléchargement gratuito-illégal.

   De toute cette scène, Lil Peep était/est clairement mon favori. J’aime bien Billie Eilish, aussi, mais son appartenance à ce mouvement fait grandement débat, donc on va la laisser de côté pour le moment.
Lil Peep, comme la plupart des autres artistes labellisés SoundCloud rap, se caractérisait notamment par une productivité assez dingue. En à peine trois ans d’activité, il a enchaîné un nombre hallucinant de projets et de morceaux. Ses disques sont souvent trop protéiformes pour pouvoir facilement donner le nombre d’albums à proprement dire qu’il a faits, mais en tout cas, on parle de quelque chose comme deux cents morceaux en trois ans.
Les grincheux pourront arguer que la plupart de ses titres se ressemblent et qu’une bonne partie d’entre eux ont une gueule de démos jamais terminées, ce ne serait pas une remarque complètement invalide, mais quand même, merde. Le mec a envoyé de la quantité, et assez souvent, de la qualité.

   Comme cet article s’annonce déjà comme complètement niqué, voici d’ailleurs le top 5 des projets de Lil Peep à checker en priorité selon moi :

1 – Crybaby
2 – Hellboy
3 – Come Over When You’re Sober, Pt. 2
4 – Teen Romance
5 – Castles II (projet avec Lil Tracy)

   En tout cas, l’ambiance qui émane de son oeuvre (oeuvre qui supporte parfaitement, en fait, d’être écoutée un peu au hasard, en entrant et sortant par n’importe quelle porte) s’accorde parfaitement à mes nuits. C’est calme, triste et solitaire, ça ne fait pas trop de bruit mais ça prend de la place. Ca parle bien de ces heures creuses qui durent aussi longtemps, pèsent aussi lourd que l’obscurité même. Survivre la nuit, toutes ces saloperies.

   Je pense beaucoup à lui. A ce gosse trop connu et trop jeune enfermé dans sa chambre à faire ses sons en permanence. J’ai longtemps voulu, et parfois je le veux encore, faire un peu la même chose. Ecrire énormément, tout le temps, produire une nouvelle par jour, un roman tous les trois mois.
Mais ça a commencé à me passer. Paradoxalement, à mesure que ma « carrière » littéraire devient sérieuse, je perds de plus en plus espoir d’un jour réussir à en faire quelque chose. Je vois les coulisses de tout ça, le degré de compromission artistique exigé pour vivre de son écriture, ou même juste pour avoir des lecteurs.
Personne ne veut d’un écrivain qui écrirait des nouvelles toutes les nuits. Personne ne veut de romans chelous impossibles à résumer. Il n’y a pas d’éditeurs pour ça, peut-être pas même de lecteurs.

   Je les vois, je vous vois, en salons, chez les éditeurs, sur les étagères des librairies, tous ces auteurs qui ont décidé, consciemment ou non, d’écrire des trucs formatés, bien propres et lisses, pour pouvoir plaire à tout le monde, éditeurs, blogueurs et libraires en premiers. Tous ces livres merdiques et interchangeables qui sortent en permanence.
Et le truc horrible, c’est qu’en fait, je comprends petit à petit que c’est ça, précisément ça, qu’on demande aux auteurs d’être, s’ils veulent avoir leurs chèques. De bien donner toutes les réponses à la fin du livre. De bien faire des personnages auxquels chacun pourra s’identifier. De ne pas dire trop de gros mots parce que ça ne plaît pas aux parents et donc ça coupe du lectorat adolescent. De penser à une bonne vieille structure en trois actes. De raccourcir l’intro, le développement, la conclusion. De ne pas y aller trop fort sur les métaphores parce que personne n’aime ça. De couper une trentaine de pages, par principe. De regarder ce qui est à la mode chez les Bookstragrameurs pour s’inspirer. De communiquer bien comme il faut sur les réseaux sociaux.
On ne demande à personne d’écrire de bons livres. On leur demande de faire de bons produits pas compliqués à vendre. Des pitchs vaguement développés.

   Il y a peu de place pour les tentatives, les expériences, les choses trop bizarres, trop sombres, trop nocturnes et personnelles. Il y a peu de place pour Lil Peep, dans la littérature telle qu’elle est aujourd’hui.

   L’époque Terrortriste me manque, certaines nuits. Ecrire sans me soucier tellement d’être lu. J’ai l’impression d’avoir perdu quelque chose, en comprenant ce qu’on attendait de moi. En rencontrant les intermédiaires entre lecteurs et auteurs. J’ai gagné d’autres choses au passage, d’accord, mais finalement, ça ne me rend pas heureux, pour le moment.
Il est plus difficile de se tromper lorsque tu sais que tu es en train de te tromper. Sauf que, peut-être, c’est dans l’erreur que se trouve la réussite. Ou peut-être que je fais juste des jolis sophismes pour remplir mon blog. On n’en sait rien.

   Quand j’écris, je pense beaucoup à qui j’étais au lycée, et dans les quelques années juste après. Quand j’avais l’âge de Lil Peep, justement. Je repense à ce que je lisais à l’époque, à ce que j’aimais, ce que je cherchais. Stephen King, Inio Asano, The Ataris, Ryu Murakami, Thursday, Donnie Darko. C’est à ce mec que je veux plaire, avec mes livres, au gamin qui aimait tout ça et à ce qu’il est devenu. A ses semblables. Je sais à qui je m’adresse. Et je sais malheureusement que ce n’est pas aux mêmes personnes que veut s’adresser la grande majorité du système éditorial.

   Et ce serait facile de se protéger derrière le bouclier du « moi au moins je suis un vrai artiste », mais non, en fait. Rien ne me prouve que je sois dans la vérité. Finalement, peut-être que ce sont les autres qui ont raison. Les auteurs des livres formatés, leurs éditeurs, les blogueurs qui les encensent. Parce que, ces livres, ils plaisent, ils se vendent, leurs auteurs gravissent les marches quatre à quatre. Moi pas. Moi j’écoute Lil Peep au lieu de dormir et j’écris des articles de blog destinés à trois lecteurs et demi. Alors non, ce serait trop facile de dire que c’est moi qui ai raison. Je veux jouer à un jeu dont je refuse les règles, entouré de gens avec qui je ne partage rien et qui sont venus avec leurs propres dés probablement pipés. Ca n’a pas de sens. Ce n’est pas moi, qui ai raison. Sinon, je serai plus heureux. Ils ont l’air de l’être, eux.

   Bon. Je vais éteindre Lil Peep et tenter de retourner dormir. Désolé pour cet article pété. En même temps, si vous traînez ici, vous êtes habitués.

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