Alt 236 : « Leviathan »

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11 novembre 2018 par Vincent

   Enfonçage de portes ouvertes, 3, 2, 1, go : YouTube, c’est quand même un truc fascinant.
Je veux dire, une fois que tu as passé la page d’accueil qui te dégueule au visage des vidéos de Squeezie, des parties de Fortnite et des redifs d’Hanouna, évidemment.
Sur le monstre tentaculaire qu’est ce site se sont développés au fil des années des petits organismes parasitaires, qui ont fait leurs nids discrets loin de l’oeil menaçant du grand public.
Des gens qui font des vidéos d’une heure pour montrer leurs collections de jouets vintages. Des gamins qui tournent des courts-métrages avec des bonhommes en pâte à modeler. Des anonymes qui racontent leur vie à qui voudra bien l’écouter. Des adolescents qui se filment en train de jouer du piano. Des compilations de gens qui se tapent sur fond de dance 90’s. Des Américains bizarres qui font des reportages de deux heures pour nous prouver que le monde est secrètement tenu par un consortium de reptiliens francs-maçons.
Quand tu te perds dans le labyrinthe, tu tombes parfois sur des trucs vraiment brillants. Parfois sur la noirceur de l’âme humaine exposée au grand jour. Parfois sur les deux à la fois.

   Une erreur serait de penser que tous ces organismes secondaires accrochés à YouTube sont forcément des trucs ultra niches, fréquentés par quelques dizaines de gens tout au plus. C’est bien sûr le cas de certains d’entre eux, mais d’autres, au contraire, ont pris dans l’ombre une ampleur notable. Le meilleur exemple de ça, c’est l’ASMR. Si tu ne connais pas, l’ASMR c’est globalement des vidéos de gens qui font des bruits chelous dans leurs micros afin de créer un effet relaxant sur l’auditeur. C’est des trucs qui aident à dormir ou à se calmer, et ça met généralement les néophytes ultra mal à l’aise. Je te laisse essayer à tes risques et périls, en t’envoyant direct chez la boss du game.
Bah tu vois, ce truc, par exemple, si t’utilises YouTube innocemment, y a vraiment très peu de chances que tu tombes dessus par hasard. Ce n’est pas mis en avant, la page tendance lui est clairement refusée, et pourtant, t’as un paquet de vidéos du type qui ont dépassé le million de vues, easy.

   Une autre scène YouTube du genre, c’est celle qu’on appellera « work music ». Une cosmogonie de chaînes un peu secrètes, qui font des compilations ou des streams interminables de morceaux de hip-hop instrumental ou d’electro-chill. De la musique d’ambiance, quoi. Des trucs qui n’accrochent pas trop l’oreille, que tu entends sans vraiment écouter. Généralement, ces compilations ont des titres super emo et sont accompagnées par un dessin tiré d’un anime japonais ou par une photo de paysage urbain, souvent japonais aussi. Chaque scène à ses codes, que veux-tu.
Le but du truc, ouvertement, c’est d’offrir aux gens de la musique d’accompagnement pour bosser ou réfléchir. Des morceaux qui favorisent cet état d’esprit, qui favorisent la concentration et l’isolement intellectuel. Il est vraiment très rare qu’un titre te fasse sortir de ton travail et te donne envie de checker le nom de l’artiste. Ca a dû m’arriver moins de cinq fois, depuis que je m’y suis mis il y a un an ou deux.
Parce que ouais, tout comme de l’ASMR, je suis assez client, honteusement, de ce truc. Ca fait partie de ces bouts d’historique internet dont j’ai presque aussi honte que s’il s’agissait de porno.

   Et comme d’hab, on est à la moitié de l’article et je n’ai toujours pas parlé du disque dont il devait normalement être question. Nickel, on reprend les bonnes habitudes ! Cela dit, y a un lien entre le disque du jour et toute cette intro qui n’en était plus vraiment une. Parce que le disque en question, c’est Leviathan, la bande originale de la meilleure chaîne YouTube de l’univers, Alt 236. Je t’en ai déjà parlé ici et , fais pas genre tu te souviens pas.

   Ce premier album regroupe en fait, dans des versions lourdement réorchestrées, toutes les pistes musicales qui servent d’accompagnement aux vidéos de la chaîne. Et s’il ne s’agit pas à proprement parler de work music, ce disque a tout de même un effet presque similaire sur moi.
Actuellement, c’est lui, presque uniquement, que je fais tourner pendant que j’écris.
Il est composé d’une quinzaine de titres purement instrumentaux, jamais trop longs, qui reposent sur des boucles électroniques qui partagent avec la suscitée work music le fait d’être conçues pour « accompagner » une activité plutôt que pour en être une en elles-mêmes, tu vois ce que je veux dire ? En cela, les morceaux de ce disque se rapprochent également des bandes-sons de jeux vidéo, étudiées pour pouvoir être écoutées en boucle pendant des heures sans lasser ou agacer, et pour accompagner d’autres activités demandant une implication intellectuelle.
Les compositions passent par des plages extrêmement calmes et des pics plus énergiques, mais sans que ce soit jamais brutal, inattendu ou, paradoxalement, trop prenant. Pour tout dire, il m’est même difficile de faire ressortir un morceau plutôt qu’un autre, tant l’écoute intégrale du disque s’impose quand tu le lances.

   On pourrait penser, à me lire, que cet album n’est pas bon, que c’est « de la simple musique d’ambiance », mais justement, « de la simple musique d’ambiance », bah je crois qu’en fait c’est ultra compliqué à faire. Et Alt 236 (qui sous sa forme musicale regroupe en fait l’auteur de la chaîne YouTube et Alexandre Delmaere, son compère en arrangements musicaux) y arrive superbement. Il n’y a pas une seconde de ce premier disque qui soit chiante, bancale, crispante ou envahissante. Tout y a été pensé, calculé, pour dérouler autour de toi des paysages mentaux un peu bizarres, parfois vaguement inquiétants, mais toujours bienveillants. A l’image des sujets et de l’approche de la chaîne YouTube originelle, justement. Ou de cette superbe pochette made in Mélissa Houpert. Ici, tu passes d’un désert de glace à un labyrinthe de sel, tu vois des cieux rouges et des montagnes fendues dans lesquelles vivent des hommes-poissons, mais tout va bien, personne n’essaie de te tuer, et tout le monde te laisse bosser. C’est le genre de voyage qui complète bien les délires que j’essaie de poser sur mes pages.
Ouais. Ca fait un peu moins de deux semaines que ce disque est sorti, et un peu moins de deux semaines qu’il accompagne toutes mes séances d’écriture. Mes prochains romans lui devront clairement quelque chose.

   Pour acheter cet album à prix libre, tu connais la formule : page Bandcamp. Il existe également une version légèrement réorchestrée, pensée pour être écoutée d’une traite, et comme je suis définitivement le bon gars, je te la laisse là. Bosse bien !

   Pro tip : si tu veux tenter des expériences interdites, je recommande d’accompagner l’écoute du disque en lançant en même temps la page Rainy Mood, pour ajouter un bruit de pluie au tout. Oui, ok, ça paraît con. Ca l’est même un peu. Mais tente avant de juger.

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2 réflexions sur “Alt 236 : « Leviathan »

  1. ALT 236 dit :

    Ca me touche tellement cette chronique mec si tu savais.. Venant de toi chaque mot me touche 😉 Je vais partager ça à Alex ca va lui faire plaisir !!! TROP HEUREUX que tu bosses avec !!

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