Marina and the Diamonds : « Electra Heart »

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18 septembre 2018 par Vincent

   Comment parler de ce disque ? Et même, en réalité, pourquoi parler de ce disque ? Après tout, il est sorti il y a maintenant six ans, et il a eu un succès clairement mainstream. Il a vécu sa vie et n’a pas besoin qu’un quelconque blogueur de troisième division comme moi parle de lui.

   Sauf que ce blog, au final, plus le temps avance et plus j’en suis conscient, je le tiens avant tout pour moi-même. J’en vois désormais nettement la nature de suite de post-its que je me laisse le long du chemin pour pouvoir, le jour où ce sera nécessaire, me souvenir de ce que j’ai été et de ce que j’ai ressenti.
Et il se trouve qu’Electra Heart, le deuxième album de la Galloise Marina Diamandis (Marina and the Diamonds pour les non intimes), a tenu une sacrée place dans ma vie, durant l’année qui s’est écoulée. A tel point qu’en réalité, aujourd’hui, il est entré sans trop de problèmes dans mon panthéon personnel, dans ce coin de mon entrepôt mental qui est consacré aux oeuvres qui font partie de moi, réellement, profondément. Il s’y trouve en compagnie de L’attrape-coeurs, du so long, Astoria de The Ataris, de Donnie Darko, de Le Monde, Chico de PNL, de Bonne nuit Punpun, de Dragon Ball, du Ca de Stephen King, de la discographie de Thursday, de Ryu Murakami… Ces quelques oeuvres qui, l’une après l’autre, ont affiné la définition de l’image que j’ai de moi-même. Ces mots écrits par d’autres qui ont ouvert dans ma tête des portes qui avaient toujours été là, mais dont j’ignorais la présence jusqu’alors.
Toujours la même image, parce que c’est la bonne.

   J’ai découvert Marina sur le tard, ouais. L’année dernière, via un podcast qui a passé l’un de ses titres (voir mon article précédent pour plus de détails). Bizarrement, j’étais jusque là complètement passé à côté de son existence, alors qu’elle a en réalité frôlé le statut de pop-star planétaire, et qu’elle aurait presque pu taquiner Katy Perry sur son terrain, à un ou deux singles près.
Mais voilà, ouais, Survivre la Nuit premier en rien dernier en tout, je l’avais manquée. Pour autant, quand j’ai rattrapé mon retard, ça a été immédiat. Rarement une oeuvre m’avait à ce point pris par le col dès le premier contact. Et surtout, plus rarement encore une oeuvre avait continué à me tenir toujours aussi fermement un an plus tard.

   Bon, comme je ne suis peut-être pas le seul nullos dans le coin à avoir manqué Marina and the Diamonds pendant des années, je vais quand même faire un bref résumé du disque : il s’agit donc du deuxième album de Marina, une Galloise d’une trentaine d’années, et contrairement au précédent ou à celui qui lui a succédé, Electra Heart est un disque concept, qui raconte l’histoire d’Electra, un personnage qui est en train de vivre les premières heures de sa vie d’adulte, et dont on sent, dès le premier titre Bubblegum Bitch, qu’elle l’aborde d’une manière extrêmement dangereuse.
Se définissant principalement par un rapport de séduction extrême vis-à-vis des hommes, Electra a des rêves de grandeur, de gloire, et espère y parvenir grâce à sa volonté de fer et son corps de chair.
Désolé, j’ai essayé de faire une rime, c’était nul à chier. Bref.
Tout le long des onze/quatorze/quinze/dix-sept/dix-neuf (il existe un nombre surréaliste de versions de cet album, à ne plus savoir quelle en est vraiment la tracklist d’origine) titres de ce disque, on va suivre la lente mais inexorable déchéance morale d’Electra, qui va partir de sa petite ville pour chercher la gloire, et qui ne va au final réussir qu’à se faire manipuler, utiliser, tromper… Elle va manquer l’amour, le sens, la vérité, et s’enfermer elle-même dans une vie factice, fêlée de partout, ne demandant qu’à s’écrouler. On va passer par des phases d’espoir, de nostalgie, des chansons-miroirs tournées vers son adolescence (cet aspect culmine sur le fantastique Teen Idle, l’un des meilleurs titres de l’album), et finalement par un désespoir presque calme, et pourtant définitif, qui clôture l’album sur le tryptique Living Dead / Lonely Hearts Club / Buy The Stars.
Mais pour avoir la VRAIE conclusion de l’histoire que raconte ce disque, il faut checker le titre bonus disponible en clip, Electra Heart, qui se termine par une métaphore suicidaire aussi géniale que la programmation hystérique sur laquelle chante Marina.

   J’ignore à quel point Electra était autobiographique pour Marina (même si son premier album, The Family Jewels, donnait quelques pistes de réponses en avance), mais ce qui est sûr, c’est que pendant trois ans, jusqu’à la sortie de l’album suivant, Marina a été Electra. Sur scène, sur disque, en clip, même dans certaines interviews, elle jouait son personnage, et a avoué plus tard que ça lui avait un peu cassé le cerveau, et qu’elle avait encore aujourd’hui du mal à s’en défaire. Ce qui explique que, depuis maintenant trois ans, elle se fait discrète, par besoin de se recentrer (un thème sublimé sur le relativement récent Disconnect, qu’elle a fait avec le groupe Clean Bandit).
Et franchement, je comprends grave. Electra Heart est un exemple d’oeuvre magistrale, parfaite. Si ça avait été un roman, ça aurait été un GRAND roman, réellement. Et là, en disque de pop, réfléchi, taillé pour en être un, c’est fabuleux. C’est un album comme on en écoute rarement. C’est du Katy Perry avec un propos, du Charli XCX pour âmes torturées.
Je pense en fait qu’on est là face à un exemple d’oeuvre qui a dépassé son autrice, d’un truc qui, par chance, par talent, par alignement des astres, a été absolument parfait, indépassable. Marina ne pourra probablement jamais refaire un album aussi puissant, et elle doit le sentir. Le suivant, Froot, sans être mauvais, loin de là, était un « retour à soi » calme, triste, volontairement sans panache. Il abrite d’excellents titres, mais il est à des années-lumières des radiations qu’émet Electra Heart.
Je ne sais pas comment, en tant qu’artiste, tu te remets de ça, de l’idée d’avoir pondu ton chef-d’oeuvre ultime. J’imagine que tout ce que tu peux faire, c’est te reposer, prendre ton temps, et t’amuser. Je souhaite à Marina d’y arriver de nouveau.

   Egoïstement, de mon côté, je sais en tout cas que je dispose désormais d’un nouveau talisman, d’une oeuvre que je tiens pour être l’une des meilleures jamais faites sur le début de l’âge adulte, sur ce que c’est que d’être une femme, et sur l’espoir déçu. C’est un peu la version absolue de ce que j’ai pu tenter d’écrire dans Terrortriste, pour ceux qui lise mes livres.
Ce disque m’accompagne presque quotidiennement depuis maintenant plus d’un an, et je sais qu’il ne me quittera jamais vraiment. Il fait partie de moi, définitivement.
Alors ouais, j’avais envie d’en parler, même six ans après sa sortie. C’est la force des classiques, après tout : il n’est jamais trop tard pour se les approprier.
Vas-y. Ce disque ne demande qu’à faire partie de toi aussi. Si tu l’écoutes doucement, si tu le comprends bien, il changera peut-être ta vie.

   Je te laisse avec un live de Marina à Sao Paulo, en 2016. J’ai calé la vidéo au début de la partie Electra Heart de son concert, mais n’hésite pas à tout mater.

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