Les Mondes-miroirs : interview de l’éditrice Coralie David

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10 août 2018 par Vincent

   « Les éditeurs, leurs habitudes, leurs goûts, leurs moeurs, un grand dossier de la rédaction ».
Clairement, « les éditeurs », c’est dans le top 3 des questions qui reviennent le plus souvent chez les auteurs débutants. C’est peut-être même le top 1. Beaucoup de mythes (pas tous infondés) courent à leur propos, et opacifient la façon qu’ont les auteurs d’aborder le métier d’écrivain.
Les éditeurs sont ceux auxquels les auteurs veulent plaire, et sont également ceux qui les terrifient.
Dans une tentative d’éclairer un peu le sujet de l’intérieur, on donne aujourd’hui la parole à Coralie David, l’éditrice des
Mondes-miroirs. Elle travaille depuis déjà un bon moment dans le secteur de la littérature, principalement fantasy, et du jeu de rôle, et connaît la question bien mieux que tous les articles de type « Comment séduire une maison d’édition ? » que vous pourrez lire.
J’en profite pour la remercier pour son travail, sa disponibilité ces deux dernières années, et pour la générosité des réponses qui suivent… Préparez-vous un café, y a de la lecture.
En piste !

Salut Coralie ! Bon, on ne va pas faire semblant, on commence à bien se connaître ! Donc, plaçons immédiatement cette interview sous le signe du copinage éhonté, et commençons par définir ton travail ! J’ai l’impression que pour beaucoup, le terme d’« éditrice » est un fourre-tout flou, qui recouvre tout un tas de tâches qui n’ont pas de rapports avec ton travail réel… Pour toi, c’est quoi, pragmatiquement, « être éditrice » ?

En effet, c’est assez abstrait pour pas mal de gens, et il n’est pas rare que l’on me pose la question. En réalité, mon métier consiste à retravailler un manuscrit reçu et accepté par Mnémos avec son autrice ou auteur afin d’en faire un texte publiable. Je reçois également des manuscrits de mon côté, ainsi mon travail commence parfois encore en amont, lorsqu’il s’agit de les lire et de les proposer à Mnémos lorsqu’ils semblent correspondre à la ligne éditoriale.
Ensuite, concernant le travail du texte à proprement parler qui constitue l’essentiel de ma tâche, je distingue deux niveaux :
– les macro-corrections : ce sont des demandes de modifications assez importantes qui peuvent être liées à la structure narrative du texte, à un élément majeur de l’univers, des personnages ou de l’intrigue entre autres ;
– les micro-corrections : ce sont les changements à petite échelle, mais pas moins importants : le style, les descriptions, les répétitions, etc.
Le processus lui-même consiste en des échanges constants avec les autrices et auteurs : le but n’est pas d’imposer des corrections, mais bien de relever les points susceptibles d’être améliorés pour aboutir au meilleur livre possible, en trouvant ensemble des solutions satisfaisantes pour tout le monde.
Dans un second temps, je peux également faire le briefing de l’illustration de couverture pour l’artiste qui s’en chargera, et rédiger les textes de communication (résumé, phrase d’accroche, mots-clés…) qui serviront de base pour créer les documents à destination des commerciales et commerciaux qui font le lien entre Mnémos et les libraires (ce que l’on appelle la diffusion).
Toutefois, le cœur de mon métier reste le travail avec les autrices et auteurs afin de sortir le meilleur roman possible. Et ça tombe bien, c’est ce que préfère : cette émulation, ces échanges, cette confiance, les idées qui s’entrechoquent, voir le livre prendre forme… C’est un sentiment grisant dont je ne me lasse pas.

Pour prolonger la question, quelle différence de rôle tu fais, par exemple, entre toi et Nathalie Weil, qui dirige les éditions Mnémos chez qui sort le roman ? (La fin de cette question fait vachement pub subliminale, non ?)

(C’est parfaitement subtil, personne ne le remarquera.) Nathalie est une des deux personnes qui dirigent Mnémos. Elle doit gérer beaucoup plus de choses, notamment les contrats avec les autrices et auteurs, le recrutement des illustratrices et illustrateurs, les plannings, les devis et les commandes aux imprimeries, les documents pour la diffusion, la communication, les salons… Elle chapeaute l’ensemble des projets Mnémos et veille au bon déroulement de leurs différentes étapes.
De mon coté, comme expliqué ci-dessus, j’interviens sur une seule étape ou presque de certains projets, à savoir la direction littéraire.

De manière plus personnelle, comment as-tu commencé dans ce métier ?

J’ai fait des études de Lettres modernes et un master 2 Édition avant de commencer ma thèse, puis j’ai enchaîné avec un stage chez Black Book (la plus grande maison d’édition de jeux de rôle en France), pour qui j’ai fait des corrections (sur la gamme Pathfinder, notamment) et publié quelques romans comme Bloody Marie de Jacques Martel ou 2087 de David Bry. Puis, presque trois ans après, j’ai commencé à travailler pour Mnémos et aujourd’hui, je suis également une des deux têtes de Lapin Marteau, une petite maison d’édition de jeux de rôle.

Vu que David Bry est un pote, j’en profite,
et j’en place une pour son petit dernier !

Justement, afin d’un peu cerner ton parcours, est-ce que tu peux nous donner deux trois titres sur lesquels tu as travaillé et dont tu es particulièrement fière ?

L’Étrange Cabaret des fées désenchantées, d’Hélène Larbaigt : c’est le premier Ourobores que j’ai dirigé, la collection de livres-univers illustrés de Mnémos. La collaboration avec l’autrice et illustratrice a été fructueuse et passionnante du début à la fin, et la dimension qu’a prise le livre au fur et à mesure de nos échanges nous a étonnées et ravies à la fois. Il doit rester un peu de moi au fond d’une vieille roulotte du cabaret, je pense !

Jouer des parties de jeu de rôle, chez Lapin Marteau : ce n’est pas un roman mais un recueil de conseils destiné aux rôlistes. Il a été écrit par un collectif d’autrices et d’auteurs, et en plus de l’avoir codirigé avec Jérôme Larré (l’autre tête de Lapin Marteau), j’y ai commis quelques articles. J’en suis fière, car c’est un ouvrage assez atypique. En effet, il existe peu de conseils destinés aux joueuses et joueurs. Pour cette raison et d’autres, il a été difficile à diriger, nous avons beaucoup tâtonné mais le résultat en valait la peine : on y trouve des conseils encore peu présents ailleurs et, aujourd’hui, nous sommes heureux de voir que ce livre fonctionne bien et qu’il inspire d’autres rôlistes.

La Cité exsangue, de Mathieu Gaborit : diriger ce texte est la réalisation d’un rêve d’ado, car j’ai roulé ma bosse dans cet univers, que ce soit en lisant Les Crépusculaires ou Abyme, dont La Cité exsangue est la suite, grâce au jeu de rôle Agone ou aux GN s’y déroulant. En effet, les Royaumes crépusculaires restent mon univers de fantasy favori à ce jour. J’y goûte des alpha et oméga que je ne trouve pas ailleurs : des codes que j’aime dans la fantasy mais aussi de nombreux éléments très originaux, de la flamboyance mais aussi des ténèbres, une grande poésie mais aussi une violence parfois rugueuse… Je pourrais en parler des heures !

L’une de tes particularités, c’est que tu es une éditrice freelance : tu ne travailles pas directement pour Mnémos. Qu’est-ce que ça implique, pour toi ? Travailles-tu pour d’autres éditeurs ? Est-ce qu’on te contacte pour travailler sur des romans déjà signés, ou est-ce qu’il t’arrive de leur proposer des romans qui ne leur ont pas été adressés directement, un peu façon « découvreuse de talents » ?

Foncièrement, ça implique de savoir gérer son emploi du temps correctement. Alors parfois, il m’arrive de refuser de diriger des romans sur lesquels j’ai pourtant envie de travailler, parce que je sais que je ne pourrai pas m’en occuper dans de bonnes conditions pour l’autrice ou l’auteur, Mnémos et moi.
Ainsi, je ne travaille plus pour d’autres maisons d’édition de romans, car j’ai déjà beaucoup à faire entre Lapin Marteau qui occupe la majeure partie de mon temps, et Mnémos.
Et oui, si la plupart des projets que je dirige sont déjà signés, il m’est arrivé d’apporter moi-même des projets, c’est le cas de la trilogie de La Voix de l’empereur de Nabil Ouali et des Mondes-miroirs. Accompagner des autrices et auteurs autant en amont, c’est vraiment une belle expérience. 

Est-ce que tu as l’impression qu’aux yeux du public, ton travail est reconnu à sa juste valeur ? Ça doit parfois être difficile de voir sortir un roman sur lequel tu as travaillé pendant des mois, en sachant que ton nom ne sera peut-être cité dans aucune critique…

Je ne sais pas, d’autant plus que comme je l’ai dit plus haut, la nature de mon travail reste nébuleuse pour de nombreuses personnes. En effet, l’immense majorité du temps je ne suis pas citée, mais ça ne me gêne pas : le livre reste l’œuvre de l’autrice ou de l’auteur, il est donc logique que ce soit sur elle ou lui que soient braqués les projecteurs. Après tout, on ne met pas le nom de la sage-femme sur les faire-part de naissance, si ?

Les auteurs débutants ont souvent un peu peur des éditeurs, qu’ils voient comme des menaces pour l’intégrité de leur écriture. Est-ce que tu peux nous parler de ta relation à tes auteurs, de la liberté que tu leur laisses ou non dans l’acceptation de tes interventions et de tes conseils ?

Cette peur est légitime, car il n’est pas rare que cela arrive, dans le milieu de l’édition au sens large. D’une façon générale, j’essaie de ne rien imposer, mais de pointer un problème, de proposer éventuellement une solution pour le régler. Si elle n’est pas retenue s’ensuit une discussion avec l’autrice ou l’auteur pour en trouver une autre. Après, si l’acceptation d’un texte est soumise à des conditions impératives de modification ou qu’il est prévu de le retravailler en profondeur, je le dis aux autrices et auteurs le plus tôt possible afin qu’elles et ils puissent y réfléchir et prendre leur décision avec un maximum d’informations.
Lorsque les choses se passent bien, je me vois plutôt comme une sparring-partner, je pose des questions, renvoie la balle, dis « et si… », etc. En échangeant, nous découvrons presque toujours des issues qui conviennent à tout le monde.
Une belle preuve de confiance, c’est quand une autrice ou un auteur t’appelle au milieu de l’élaboration de son nouveau manuscrit, victime d’une panne d’inspiration, ou que tu reçois de chaleureux remerciements car elle ou il trouve le texte mieux maintenant, après une collaboration qui a été laborieuse.

Question connexe, est-ce qu’il t’est déjà arrivé de commencer à travailler avec un auteur, avant de comprendre au fur et à mesure de la collaboration que ça n’allait pas le faire, qu’il était résolument fermé à l’idée de te laisser travailler sur son histoire ?

Rarement mais oui, c’est arrivé. Sans même parler des solutions proposées, ces personnes et moi n’étions pas d’accord sur la plupart des points d’amélioration que je relevais. Parfois, le courant ne passe pas, et ce n’est pas grave, ça arrive.
Dans ces cas-là, il existe deux options : soit on arrête de travailler ensemble s’il n’est pas possible de trouver un terrain d’entente, et forcément tout le monde est déçu et frustré d’avoir consacré du temps et de l’énergie à cette collaboration infructueuse. Ou alors, on essaie de limiter les pots cassés en choisissant des solutions qui ne conviennent que moyennement, mais qui font consensus. Ces échecs sont toujours difficiles à surmonter, mais j’ai de la chance : la majorité des projets sur lesquels je travaille se passent très bien.

À quel stade de finition d’un roman interviens-tu, en général ? J’ai été étonné par mon travail avec toi, parce que pour la première fois de ma « carrière », nous avons travaillé autour d’un roman qui, au départ, était encore loin d’avoir la forme qu’il a désormais… Pour le coup, il ne s’est pas agi de passer un coup de vernis sur une sculpture déjà terminée, mais d’en planifier la sculpture ensemble. Est-ce que c’est ainsi que tu procèdes de manière générale ?

J’interviens sur le texte dès son entrée dans le « circuit éditorial », à partir du moment où il est accepté par Mnémos jusqu’à son départ en correction orthographique. Généralement, c’est une nouvelle phase de réécriture qui commence pour l’autrice ou l’auteur qui a déjà beaucoup travaillé sur son texte. La différence, souvent, c’est que cette étape est moins solitaire.
Pour Les Mondes-Miroirs, c’était un peu particulier, car oui, nous avons revu la structure ensemble. Ce n’est pas forcément le cas pour tous les romans que je dirige, mais ça arrive, oui. Après, je sais qu’il existe des éditrices et des éditeurs qui ne retravaillent pas ou très peu les textes avec les autrices et auteurs, toutefois j’aurais du mal à donner une estimation précise de ce qui se pratique le plus couramment ou pas ; ce que je sais en revanche, c’est que c’est la partie du travail que je préfère.

Travailles-tu avec des auteurs que tu suis depuis plusieurs romans ? J’imagine que la relation et le travail doivent être très différents, à partir de la deuxième collaboration !

Oui ! C’est le cas de Nabil Ouali, d’Adrien Tomas ou de Jacques Martel par exemple. Chacun est différent, et il s’agit de trouver la méthode qui sera la plus adaptée à leurs besoins et spécificités. En effet, avec l’habitude on prend certains automatismes, je sais également ce à quoi je dois être attentive, ce qui ne m’empêche pas d’être surprise, à chaque fois : c’est vraiment passionnant de les voir évoluer en tant qu’auteurs, conteurs, créateurs d’univers… ce genre de collaboration sur le long terme est très précieuse.

Tu travailles principalement dans le domaine de la fantasy. Quelle est ta vision de la fantasy française actuelle, et de son marché ? Tu as l’impression qu’on est dans une bonne période, en ce moment, pour les littératures de l’imaginaire ?

Voilà une question que j’avais abordée lors de mon master 2 recherche il y a dix ans ! Ce que je sais, c’est que la fantasy est le genre de l’imaginaire qui a le vent en poupe, et ce depuis plusieurs années. En ce qui concerne la fantasy française, je trouve qu’elle a une saveur particulière, je n’ai pas peur de dire qu’il y a une exception culturelle de la fantasy française ! (rires). Évidemment, je pense immédiatement à ses liens avec le jeu de rôle. Ils existent outre Atlantique de la même manière, mais cet aspect est particulièrement marqué ici, aussi bien du côté des maisons d’édition que des autrices et auteurs. De plus, la fantasy française me semble empreinte d’un certain rapport à la ville, parfois sublime, sombre ou démesurée : juste à chaud, je pense à Abyme de Mathieu Gaborit, à Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, à Wastburg de Cédric Ferrand, aux Lames du cardinal de Pierre Pevel, à l’Arachnae de Charlotte Bousquet… Ces cités sont de véritables « sur-personnages » dont la richesse donne le vertige, et j’ai toujours envie de retourner m’y perdre. D’ailleurs, Les Mondes-Miroirs ne font pas exception, et c’est un des points qui m’a donné envie de les voir édités chez Mnémos. J’ai hâte de revenir battre le pavé de Mirinèce !
J’ajouterai également que la fantasy française se distance parfois des inspirations médiévales pour aller s’abreuver à des sources plus tardives, comme la Renaissance ou le XIXe siècle par exemple, ce qui influence forcément ses codes, son esthétique mais également les histoires que l’on y raconte.
Enfin, même si cet aspect existe, là aussi, également chez les autrices et auteurs étrangers, le style au sens large (néologismes, « gouaille », rythmique des phrases) de nos autrices et auteurs m’enchante, me surprend et me bouscule d’une manière très particulière.

Quels sont selon toi les grands thèmes, ou les grandes évolutions, que la fantasy devrait opérer ces prochaines années ? J’ai l’impression que c’est un milieu qui est actuellement en plein débat interne sur la place des idées progressistes en son sein, par exemple…

J’ai la même impression. Lorsque l’on s’intéresse à l’arrivée de la fantasy dans le paysage des genres de l’imaginaire, on constate que les fans de science-fiction lui reprochaient au départ son manque de profondeur, notamment politique. C’est un jugement pour le moins hâtif : je pense par exemple À la Croisée des mondes de Philip Pullman, pour remonter dans le temps, mais nombre d’autrices et d’auteurs d’aujourd’hui prouvent le contraire.
Toutefois, il me semble que la fantasy a tout à gagner à creuser encore dans ce sens, à prendre conscience que, comme n’importe quel autre genre ou même média, se priver d’explorer ces thèmes serait dommage, ne serait-ce que parce qu’ils sont de formidables sources d’inspiration. Je reste persuadée que la fiction a un rôle crucial à jouer dans la façon dont nous nous représentons le monde, et la fantasy est le genre rêvé (dans tous les sens du terme), tout autant que la S.-F., pour expérimenter de nouvelles structures sociales, manières de penser, relations humaines… Il n’y a qu’à voir l’importance qu’a prise la réédition des années 1960 du Seigneur des anneaux dans les cultures alternatives américaines de l’époque…

Tu travailles également dans le domaine du jeu de rôles, est-ce que tu peux nous en parler un peu ? J’imagine que le travail d’éditrice est différent, qu’il s’agisse de raconter une histoire ou de poser un univers !

C’est à la fois très différent et très lié. Le jeu de rôle a une visée que j’appelle intercréative, dans le sens où son objectif est de permettre à des personnes de créer de la fiction ensemble. Le roman, lui, donne un contenu fictionnel déjà créé et, même si Umberto Eco a bien montré que les lectrices et lecteurs avaient une part active lors de sa découverte, le texte en tant que tel est « fini ». Pour faire une métaphore un peu bancale, c’est la même différence qu’entre servir un repas au restaurant pour le second, et vendre un livre de recettes pour le premier.
Pourtant, dans les deux cas on trouve des codes communs (univers souvent issus des genres de l’imaginaire ou voisins, thèmes, intrigues, archétypes de personnages…), mais leur agencement et la façon dont on va les transmettre aux lectrices et lecteurs seront très différents, oui, et par conséquent le type de livre que l’on édite également.

Quels conseils donnerais-tu aux auteurs débutants qui cherchent à se faire éditer ? À quoi doivent-ils être attentifs dans leurs manuscrits ?

Très chouette question ! J’en donnerais plusieurs :

– discutez avec votre libraire : a priori, c’est la personne la mieux placée pour vous renseigner sur le marché. Et en effet, lorsque l’on veut être édité dans le circuit traditionnel, il faut connaître un minimum le marché que l’on souhaite rejoindre. Posez-lui des questions, demandez-lui ce qui a marché ou pas, et le plus régulièrement possible (une fois par mois est optimal). Ce savoir vous sera très utile pour vous positionner, et essayer d’imaginer la place que pourrait trouver votre texte dans ce paysage où il est très facile de se perdre ;

– soyez attentives et attentifs aux lignes éditoriales : certaines maisons d’édition sont assez précises sur le sujet, mais pour celles qui ne le sont pas, il est toujours possible d’aller examiner leurs différentes collections ou de regarder quels sont leurs cinq titres phares pour se faire une idée. À mon humble avis, il vaut mieux, dans un premier temps du moins, prendre le temps de réellement cibler les maisons les plus adaptées avec un mail personnalisé qui montre que vous avez lu au moins quelques-uns de leurs textes et que vous connaissez leurs domaines de prédilection. Sans écrire un message trop long, montrer la manière dont vous pensez que votre texte peut se situer par rapport à ces éléments montre que votre intérêt est réel, et que vous avez passé du temps à réfléchir à ces questions dont l’importance est souvent sous-estimée. Envoyer un polar sans surnaturel à une maison qui ne fait que la fantasy ne servira personne : vous perdrez votre temps, et l’éditrice ou l’éditeur a déjà beaucoup de manuscrits à lire, c’est donc son « cœur » de ligne éditoriale qui sera privilégié ;

– distinguez-vous : une fois que vous avez pris la température du marché et identifié ses succès, puis que vous avez choisi quelques maisons d’édition qui pourraient vous correspondre, vous pouvez déterminer un élément utile que je vous conseille de faire apparaître dans votre mail de présentation : ce qui fait que votre texte se distingue de tous les autres romans de fantasy qui paraissent chaque mois. C’est un grand écart difficile : d’une part, il faut correspondre à la ligne éditoriale de la maison, et d’autre part expliquer en quoi votre voix compte et se distingue des autres. Oui, c’est ce que l’on appelle aussi se vendre. C’est très difficile et ce n’est pas agréable mais, pour vendre votre livre par la suite, la maison fera ce travail, et proposer des pistes dès le premier mail peut faire la différence pour pousser quelqu’un à ouvrir votre fichier dès aujourd’hui, ne serait-ce que par curiosité.

– communiquez clairement : il est très important de lire, sur le site de chaque maison, les procédures selon lesquelles elles souhaitent recevoir les manuscrits. Elles sont toutes différentes, et ne pas en tenir compte revient parfois à se priver d’une réponse, négative ou positive. Ensuite, ce que je préconise à titre personnel, c’est de faire un mail concis qui fait figurer les éléments ci-dessus (place du texte dans la maison par rapport à sa ligne éditoriale et éventuellement le marché) et une phrase (pas plus) qui résume le livre et mentionne son genre, avant d’ajouter les quelques éléments de distinction dont je parle au point précédent. Le tout ne devrait pas faire plus de quatre ou cinq phrases. Oui, c’est très difficile, mais faire plus long c’est parfois prendre le risque de ne pas être lu. Ensuite, on peut éventuellement ajouter un court résumé dans le corps du message ou en PJ, et mettre le roman en PJ ;

– n’oubliez pas les autres formes d’édition : l’édition traditionnelle ne convient pas à tout le monde. Elle a ses contraintes et ses défauts, et ne pas s’y adapter, que ce soit par choix ou pas, est une option à ne pas négliger. Avec le numérique, de nombreuses possibilités s’offrent à vous, ne les négligez pas, explorez-les !

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Une réflexion sur “Les Mondes-miroirs : interview de l’éditrice Coralie David

  1. Super intéressant et bien ficelé cet entretien! Merci de nous faire découvrir cette facette du livre!

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