Danganronpa, LE MEILLEUR SCENARIO DU MONDE, les bienfaits des spoilers, New York, les suites réussies, et tout un tas d’autres trucs primordiaux.

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1 juin 2017 par Vincent

   Ce n’est pas (uniquement) pour faire mon malin et être le gars qui nage à contre-courant, mais en général je n’ai rien contre les spoilers. Dans plein de cas, je trouve même qu’ils sont susceptibles d’améliorer l’expérience qu’on peut avoir d’une série, d’une BD, d’un film, d’un roman… Par exemple, regarde, dans la saison 6 de Buffy, si je te dis en avance que Tara va mourir, bah ça va rien te gâcher du tout, parce que la mort de ce personnage ne fait l’objet d’aucune montée de suspense dans la narration, et au contraire, étant donné que ladite mort arrive complètement par surprise, savoir qu’elle va se produire à un moment ou à un autre va ajouter un élément d’excitation supplémentaire à ton expérience, en te faisant l’attendre avec un mélange d’impatience et d’appréhension.
Tiens, d’ailleurs, j’ai oublié de prévenir, mais je viens donc de te spoiler la mort de Tara dans la saison 6 de Buffy. Mais en même temps c’est bien fait pour toi, parce qu’on est en 2017 et que t’aurais déjà dû voir cinq ou six fois l’intégralité de cette série, à l’heure qu’il est.
Bref, tout ça pour dire que je n’ai rien contre me faire spoiler des trucs, et qu’il m’est même arrivé de chercher consciemment à apprendre des éléments-clés de l’intrigue avant de me lancer dans tel manga, telle série ou tel roman. Généralement ça ne concerne que des oeuvres dont je me fous en réalité un peu, et ça me permet de les aborder de façon différente, de me concentrer sur la construction narrative et ce genre de trucs.

   Sauf que justement, le jeu vidéo dont je vais te parler aujourd’hui a une construction narrative qui repose énormément sur les mauvaises pistes, la compréhension progressive et l’entretien de zones d’ombre qui se réduisent lentement. Et te spoiler ça, pour une fois, te gâcherait vraiment une partie considérable de l’expérience géniale que te propose ce jeu.
Donc, voilà, on se lance, aujourd’hui je te parle de la série de jeux vidéo Danganronpa, et je te jure que je vais le faire sans spoiler.
Mais bon, comme disait tonton Jacquot, les promesses n’engagent que ceux qui y croient, donc je vais faire de mon mieux mais fais gaffe quand même.

   Danganronpa c’est donc une série de jeux vidéo développés par Spike Chunsoft, elle compte aujourd’hui quatre épisodes, et elle a débuté ses méfaits sur PSP en 2010. Le plus simple pour y jouer aujourd’hui, c’est de choper la compilation des deux premiers épisodes qui vient tout juste de sortir sur PS4, et qui sera suivie très bientôt des suites.
C’est d’ailleurs cette récente réédition qui m’a donné envie d’écrire cet article.
J’avais déjà fait les trois premiers épisodes de la série il y a quelques temps, sur PSVita, et ils m’avaient tellement marqué que j’étais chaud pour me les refaire sur grand écran. Le premier, notamment, m’évoque encore des souvenirs marrants.
C’était il y a deux ans, au mois près. Dans un élan d’auto-prodigalité assez peu justifié financièrement, je m’étais acheté à la fois une PS4 et une PSVita. Evidemment, deux ans plus tard, ma PS4 est utilisée quotidiennement et ma Vita prend la poussière sur une étagère, mais là n’est pas le sujet… Ce double achat avait pris place littéralement deux jours avant que je ne parte quelques semaines chez une pote à New York. C’était ma grande période « je suis déjà à découvert donc autant faire paniquer mon banquier ». Bref. En prévision de l’avion, j’avais pris la Vita avec moi, la chargeant d’un ou deux jeux téléchargés plus ou moins au hasard, et parmi lesquels se trouvait Danganronpa: Trigger Happy Havoc, le premier épisode de la série. Je l’ai commencé durant le voyage aller, sans trop savoir à quoi m’attendre.
Je n’ai pas décroché de ma console de tout le vol. Et durant les jours qui ont suivi, alors que je me trouvais à New York, que je passais des moments super cools avec des potes de potes de potes et tout ça, je faisais en sorte de me lever à six heures du mat pour reprendre ma partie avant le réveil de mon amie ou de ses colocs, et je faisais des pauses fréquentes dans mes journées pour enfin atteindre la fin de ce jeu. Peu de titres m’ont fait un tel effet.

   Danganronpa appartient à un type de jeu assez peu connu du public occidental. C’est ce qu’on appelle au Japon une visual novel. Comprends par là que le gameplay y est réduit à un minimum proche du strict, et que ce que tu vas surtout faire pendant la dizaine d’heures qu’il va te prendre, c’est appuyer sur un bouton pour faire défiler du texte, puis te rendre à un autre endroit pour encore faire défiler du texte, et puis finalement retourner au premier endroit pour faire défiler du texte. Le tout sur fond d’illustrations 2D pas vraiment animées, et avec une absence absolument totale de difficulté.
En gros, une phase typique de Danganronpa, ça ressemble à ça :

   « Visual novel » : le nom donné au genre te dit déjà tout. Ca ressemble très fortement à un roman illustré dont tu es juste là pour tourner les pages.
Et pourtant, ça reste réellement un jeu vidéo… Merde, c’est compliqué à expliquer. Bon, tu t’en doutes probablement, avec un tel gameplay (ou plutôt, une telle absence de gameplay), le scénario et la narration sont forcément ultra primordiaux. Et ici, dans la série des Danganronpa, ils sont réellement pensés pour être découverts au format jeu vidéo, par un joueur, via une console. D’ailleurs, le suscité premier épisode a eu droit à une adaptation en animé, et ça ne marche que très moyennement, alors que le scénario est super fidèle. Mais justement : le rythme, la construction de l’histoire, les réflexes d’anticipation qu’on va attendre de toi… Tout ça a initialement été pensé pour être utilisé dans un jeu vidéo, et pas ailleurs.
Alors oui, ok, tu vas principalement appuyer sur le même bouton en boucle pour dérouler des dialogues dans lesquels tu ne pourras faire aucun choix, mais non, il ne s’agit pas réellement d’un roman qui ne dit pas son nom, mais bien d’un jeu vidéo.
Et puis surtout, il s’agit de l’un des meilleurs scénarios que j’ai jamais vus, donc bon, tout ce paragraphe, là, au final, on s’en fout.

   Dans Danganronpa, tu incarnes un lycéen outrageusement ordinaire qui s’appelle Makoto, et qui s’apprête à faire sa rentrée scolaire au lycée de Hope’s Peak Academy. Un lycée ultra select, blablabla l’élite de la nation, blablabla tu ne peux rentrer que par recrutement de leur part, blablabla, on connaît le délire on a déjà vu ce genre d’écoles dans quinze mille autres trucs et on sait bien que ça va partir en couilles.
Et d’ailleurs, le partage en couilles se fait avant même la rentrée, puisque comme je te le disais, Makoto est vraiment la tête de bite basique, qui n’est spécialement bon en rien, et qui se dit, à juste titre, que c’est trop chelou qu’il ait été choisi pour intégré un tel lycée. Il ne se donne pas deux jours avant d’en être viré, entouré qu’il sera par les adolescents les plus brillants du Japon. Mais bon, qui ne tente rien n’a rien, il se rend au lycée pour la rentrée…
… Et comprend direct que ses peurs étaient infondées. Il n’aura pas à se frotter à l’élite de la nation, au final, puisque dès ses premiers pas dans l’école, il s’évanouit, avant de se réveiller dans une salle de classe dont les fenêtres ont été barricadées par des plaques de métal. Quelques minutes d’exploration plus tard, il tombe sur quatorze autres étudiants dans son cas, qui tous se sont évanouis en arrivant, et qui se trouvent désormais dans un lycée totalement vide et coupé du monde extérieur… Mais qui s’est doté durant leur petite sieste de caméras qui filment le moindre de leurs mouvements, et d’une gigantesque porte blindée qui les empêche de s’enfuir.
Arrive là-dessus Monokuma, un ours en peluche complètement creepy qui leur explique en se marrant qu’ils sont désormais enfermés dans l’école, et que si l’un d’eux veut s’en sortir, il va falloir qu’il tue l’un de ses camarades, et que les survivants ne devinent pas l’identité de l’assassin lors du procès qui suivra. Si le meurtrier est innocenté, il pourra sortir de l’école et tous les autres seront exécutés. S’il est identifié, ce sera lui qui se fera exécuter, et les autres pourront continuer le jeu.
Et moi je m’arrête là parce qu’ensuite tout n’est que spoiler.

   S’engage en tout cas un immense jeu de massacre entre lycéens, dont l’intrigue se déroule au rythme régulier de « vie quotidienne dans le lycée-prison / meurtre / enquête / procès / verdict », le tout sur un fond permanent de « qu’est-ce qui se putain de passe dans ce bahut ?! ».
Et c’est là, entre autres choses, que le jeu est brillant : le scénariste gère avec une maestria que j’ai rarement rencontrée la dissémination des informations. Dès le départ, il pose une intrigue aux ramifications gigantesques, aux explications possibles nombreuses, et durant tout le jeu, il parvient à maintenir constant l’intérêt du joueur, en lui donnant la quantité juste, pile assez régulièrement, d’informations nouvelles pour l’orienter vers la conclusion, ou vers des voies de garage qui permettent de procéder par élimination quant aux théories scénaristiques qu’on peut se faire de son côté.
Chaque chapitre est centré autour d’un meurtre et de l’enquête qui l’entoure, sorte de Cluedo géant en beaucoup plus glauque, mais le jeu lui-même est une gigantesque enquête filée pour parvenir à comprendre de quoi il en retourne. Pourquoi le monde extérieur ne fait rien ? Pourquoi les caméras ? Est-ce qu’ils sont les sujets d’une expérience comportementale genre Milgram ? Est-ce que l’un d’eux est un un traître ? Tout ça est l’un des moteurs principaux du jeu et de son caractère addictif.
Le scénario est génial, mais des scénarios géniaux, au final, y en a plein qui sont imaginés chaque jour. Ce qui fait la différence, ici, c’est la narration, qui est d’une précision mathématique. Rien n’est en trop, rien ne manque, rien n’arrive trop tôt ou trop tard. C’est de l’orfèvrerie narrative comme on en voit très, très rarement.
Des moments de « OH PUTAIN JE VIENS DE COMPRENDRE C’EST TROP OUF ! », t’en as mais genre quinze, dans le jeu, ça n’arrête pas. Le rythme du scénario te donne sans cesse l’impression que tu as un coup d’avance, que tu viens de tout comprendre tout seul comme un grand, alors qu’en réalité, à l’image des personnages, t’es prisonnier de ce qu’on te dit ou de ce qu’on te cache, et tout ce que tu crois deviner par toi-même, tu ne fais que le comprendre exactement au moment où le jeu l’avait prévu.

   Un autre moteur du jeu, c’est son casting. Quinze ados complètement chelous, énorme galerie de têtes pas possibles (la limite du grotesque étant même joyeusement franchies sur quelques uns), auxquels on s’attache très vite, au point de craindre activement que nos favoris ne soient les prochaines victimes ou les prochains meurtriers du jeu sadique de Monokuma.
Parce qu’au final, ces quinze lycéens, tous meurtriers ou victimes potentiels, ce sont avant tout des ados. Des gosses avec lesquels on discute, dont on apprend à connaître la vie, le caractère, les goûts, auxquels on s’attache, dont on tombe amoureux… Derrière l’intrigue du jeu, il y a aussi une évocation de la vie lycéenne, des liens qui peuvent se créer entre adolescents.
Bref, t’as compris, je suis ultra jaloux du scénariste taré derrière ce titre génial. Scénariste qui s’appelle d’ailleurs Kazutaka Kodaka. Rendons au tenno ce qui appartient au tenno.
Ce jeu défonce tout et j’adorerais qu’il se vende un peu en France. Ca fait deux raisons pour toi de l’acheter.

  A noter que là je t’ai parlé du premier épisode parce que c’était plus simple, mais il existe donc une suite, Danganronpa 2: Goodbye Despair, que je trouve en réalité encore plus ouf que le premier. En fait, j’irai même jusqu’à dire que c’est l’une des meilleures suites, tous médiums confondus, que j’aie pu voir. Une suite qui ne se contente pas d’aller plus loin et plus fort, mais qui prend en compte l’existence du premier épisode, et de ce qu’il a pu laisser comme traces dans l’inconscient des joueurs.
Encore une fois je peux pas trop te spoiler, et je peux même encore moins t’en dire vu que, forcément, ça fait suite au premier, mais cet épisode 2 joue énormément sur les attentes que peut avoir quelqu’un qui s’y connaît en jeux vidéo, et qui a déjà terminé l’épisode 1. Des attentes qu’évidemment le scénario prend à contrepied, jusqu’à un dernier acte complètement dingue qui m’a limite mis les larmes aux yeux, et en vrai on va même retirer le « limite ».
Suite a ce deuxième « vrai » épisode est sortie Ultra Despair Girls, sorte de hors-série très cool mais dont le gameplay était super différent vu qu’il s’agissait d’un jeu d’action, et là, maintenant, on attend la très prochaine sortie en France de l’épisode 3, que j’ai toutes les raisons d’espérer à la hauteur de ses prédécesseurs.
Ma maniaquerie m’oblige également à signaler que cet épisode 3, qui s’appelle Danganronpa V3: Killing Harmony, n’aura a priori pas de liens scénaristiques avec les jeux précédents, qui ont trouvé un épilogue dans une série animée qui elle s’appelle Danganronpa 3: The End of Hope’s Peak Academy. Mais bon, là ça devient compliqué, même pour moi, donc je vais plutôt conclure en t’encourageant une nouvelle fois à te procurer tout de suite cette série incroyable. Ca fera de toi un être humain meilleur, j’en suis sincèrement convaincu.

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