Les sondes Voyager, les extraterrestres, l’avenir de l’espèce humaine, les élections présidentielles, tout ça, tout ça, tout ça.

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1 avril 2017 par Vincent

   En 1977, les Etats-Unis lancèrent dans l’espace deux sondes, Voyager 1 et Voyager 2. Leur but était de transmettre à la Terre, par communications radios, des informations sur les autres planètes du système solaire, et sur tout ce qu’elles pourraient analyser avant de s’éteindre.
En effet, depuis leur conception, il n’a jamais été prévu de faire revenir les deux Voyager. Ca aurait nécessité une technologie et des ressources surréalistes, et en réalité inutiles. Non, le voyage entamé il y a quarante ans par les sondes est un voyage sans retour, qui les a propulsées en direction de l’obscurité de l’univers, leur donnant le rôle d’éclaireurs robotiques, ambassadeurs inconscients de l’espèce humaine sur le chemin des étoiles et de l’infini.
Ouais, je fais mon poète, désolé. Mais je trouve que le sujet le justifie.
Aujourd’hui, les deux sondes Voyager sont toujours actives, même si elles ont quitté le système solaire depuis genre dix ans. De temps en temps, elles envoient encore des informations à la NASA. Cependant, leur déchéance mécanique est proche, et les experts ne leur donne plus que quelques petites années avant de mourir, et de devenir de simples objets inertes, des cadavres de métal qui continueront à avancer à dix-sept kilomètres à la seconde à travers l’espace. C’est triste et beau à la fois, je trouve.


A bord de chacune des sondes, outre les multiples appareils de mesure et d’analyse, se trouve un disque en or. Enregistrées dessus, tout un tas d’informations sur la Terre : nos coordonnées galactiques, des bribes de notre histoire, de notre culture, de nos arts ou des spécificités de l’espèce humaine. Il y a aussi des photos, des extraits sonores des différentes langues de notre planète… Il y a même des morceaux de Bach ou de Chuck Berry. Wikipédia peut te filer la tracklist complète de cette mixtape ultime, si tu veux.
Si vraiment t’as zéro imagination, tu te demandes peut-être ce que foutent ces disques à l’intérieur des sondes Voyager : il s’agit de bouteilles à la mer. De messages offerts à l’univers et, surtout, à de potentiels extraterrestres qui pourraient un jour les trouver, et vouloir rencontrer leurs auteurs. Nous.
Pour présenter ces messages d’espoir à leurs hypothétiques destinataires, le président américain de l’époque, Jimmy Carter, avait écrit une lettre, que je considère comme étant probablement la plus belle jamais écrite par un être humain. La voici.

Fais pas l’idiot et clique dessus pour la lire.

   Bon alors oui, je sais, faut pas être naïf : on était en 77, la guerre froide battait son plein, et cette lettre, tout comme l’envoi des deux sondes dans sa globalité, était un gros move de fils de pute de la part des Etats-Unis pour se poser en chefs de l’humanité. Ok, ok, je sais bien. Mais toujours est-il que, putain de sa mère, je trouve cette lettre, ce disque, le destin de ces sondes, d’une poésie et d’un espoir comme rarement on en voit.
Et surtout, je me dis que l’écriture d’une telle lettre par un président serait aujourd’hui impossible. Et ça me rend triste.
Sérieusement, t’imagines François Hollande décider d’envoyer des sondes pour explorer l’univers, et foutre à leur bord une lettre de sa main invitant de potentiels extraterrestres à venir nous voir ? L’opinion publique se foutrait de sa gueule comme pas possible, tout comme ses adversaires politiques ou les médias. Il passerait pour un gogo format triple XL, et ça ruinerait définitivement son image, qui, la pauvre, n’a pas besoin de ça.

   Non, l’exploration spatiale, c’est un truc dont la plupart des gens se foutent complètement, aujourd’hui. Regarde, on leur dit qu’on a découvert des traces d’eau sur Mars, et ça n’occupe les titres des journaux que pendant une demi-journée avant qu’on ne revienne à la dette européenne ou au dernier buzz des Marseillais en Amérique du Sud (en même temps c’est vrai que c’est bâtard, ce que Paga a fait à Adixia).
On est entré, depuis déjà pas mal de temps, dans un rapport à la politique, à nos gouvernements, qui est dicté par la réaction immédiate. On veut que nos dirigeants s’occupent de notre pouvoir d’achat. De régler le problème du chômage. De la sécurité. Qu’ils foutent les étrangers dehors ou qu’au contraire ils punissent plus sévèrement les actes racistes. Qu’ils réparent nos routes communales. Qu’ils augmentent les salaires ou diminuent les charges pour les entreprises. Toute cette merde ordinaire. Ensuite seulement, quand tout ça sera réglé, peut-être qu’on trouvera un moment pour envoyer ces idioties de sondes dans cette connerie d’espace. On verra.

   Sauf qu’en fait, bah le tout-venant, les histoires de pouvoir d’achat, d’économie, de société, que sais-je, ce ne sera jamais réglé. Après les problèmes d’aujourd’hui il y aura les problèmes de demain. Si on attend que tout aille bien avec le présent pour s’occuper du futur, on se condamne à ne vivre en réalité qu’au présent, toujours. Et si ça fait bien à l’écrit, genre « profiter du moment présent » et toutes ces conneries new age, en réalité ça signifie ne plus s’occuper du destin de l’humanité en tant qu’espèce.

   Parce que ce dont j’essaie de parler dépasse l’exploration spatiale ou la communication avec des extraterrestres. En vrai, j’essaie surtout de parler de ce qu’on veut faire de nous-mêmes en tant qu’espèce. Où on veut se voir dans dix siècles. Dans dix millénaires. Le transhumanisme, la colonisation spatiale, la robotique, le métissage, l’énergie propre et perpétuelle, l’idée de la fin du travail obligatoire, de la fin des nations, de la fin du spécisme, la gratuité généralisée… C’est juste quelques-uns des sujets qui sont liés à ça, à notre destin sur le très long terme. Et j’ai l’impression qu’aujourd’hui, ça n’intéresse plus personne, que ce soit parmi les politiques ou parmi la population. On a trouvé le modèle capitaliste et on ne le lâche plus, bon gré mal gré, c’est comme ça, « on peut pas faire autrement », et vogue la galère. Personne ne semble s’intéresser au très long terme. Tout le monde est crispé sur son futur proche, sur son passé immédiat. Attaché à des « traditions » qui n’ont généralement que quelques dizaines d’années, quelques pauvres centaines pour les plus vieilles. Tout le monde se soucie trop de comment remplir son frigo à lui pour s’intéresser au destin de l’humanité.

   Et je comprends, hein, on peut pas en vouloir aux gens pour ça… Mais, ouais, non, en fait si, on peut leur en vouloir. On est devenu, en quelques décennies, une espèce myope et nombriliste, qui s’intéresse bien davantage à sa fiche de salaire qu’à essayer de participer à ce qu’on sera dans mille ans. Suffit de voir à quel point on se branle de la situation écologique, qui commence pourtant à sérieusement ressembler à un début de fin du monde.
Ou suffit de voir les programmes des candidats à l’élection présidentielle française qui aura lieu dans moins d’un mois. Suffit de voir de quoi ils nous parlent : de la dette. De l’économie. De la sécurité. Des charges pour les entreprises. Des impôts. De l’emploi de leur femme.
   Qu’ils aillent tous niquer leur mère et qu’ils crèvent douloureusement, putain de merde.
Y a quand même quelques idées un peu plus ambitieuses, dans certains programmes. Des trucs qui essaient de se diriger vers une société sans travail, ou d’endiguer le processus de destruction environnementale, ou qui visent à coloniser le territoire marin. C’est pas encore une révolution, et c’est loin de valoir la lettre de Jimmy Carter, mais déjà, ça relève un peu les yeux au-dessus du sol. Si on continue à ne se soucier que de nos fins de mois, on ne verra pas arriver la fin de l’espèce.

   Ouais, bref, t’as compris pour qui j’allais voter.
Indice : c’est pas pour Cheminade.

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5 réflexions sur “Les sondes Voyager, les extraterrestres, l’avenir de l’espèce humaine, les élections présidentielles, tout ça, tout ça, tout ça.

  1. kPt3r dit :

    Toi, tu as besoin d’un Poutou !

    • Vincent dit :

      Je voulais répondre par une photo marrant de Fifi, mais j’ai bizarrement pas trouvé grand-chose à part ce montage. Qui n’est d’ailleurs pas d’une hilarité incroyable. Même les créateurs de memes ne s’intéressent pas à lui 😦

  2. Lucille dit :

    Hey !

    Il est 2h du mat et je viens d’occuper une soirée vide et un début de longue insomnie avec l’épluchage minutieux de quasiment 8 ans d’archives de ce blog et de ton ancien. J’ai décidé de laisser ma petite trace sur cet article qui parle des sondes Voyager perdues dans l’espace, ça me semble approprié.

    Bon, je veux laisser une petite trace, mais au fond j’ai pas grand chose à dire. Juste que les blogs c’est vraiment cool pour s’immiscer un peu dans la tête de quelqu’un. Que j’ai plein de supers musiques à écouter (j’ai découvert Vérité et Silversun Pickups, et là je me passe Koi No Yokan des Deftones, tu fais souvent mention à ce groupe et ça m’a rappelé que je l’écoutais y a quelques années). Que je suis contente à l’avance d’avoir encore plein de nouvelles musiques à écouter parce que je me suis en fait constitué une playlist énorme et que j’ai plein de trucs à me mettre dans les oreilles. Que j’y connais rien à la culture des fanzines et de tout ça mais que ça a l’air sympa. Que d’ailleurs je vais sans doute enfin sortir de chez moi pour trouver Terrortriste en dépôt dans une librairie parisienne. Que je vais relire Tifenn 1 Punk 0 pour remettre à jour la chronique que j’en avais faite sur mon blog qui est vraiment nulle. Voilà.

    La découverte d’un blog ça provoque souvent ça, une identification un peu cheloue à ce qu’une personne virtuelle écrit, à une envie de consommer l’univers qu’elle dévoile. Et puis, souvent, au bout de quelques jours, on oublie d’y faire un tour. Y a tellement de trucs à voir, à lire, à faire, on est noyé dans les centaines de distractions qui nous sont proposées. Enfin bon, même si je ne vais sûrement pas écouter toutes les musiques que j’ai mises de côté ces dernières heures, si je vais aussi sûrement garder en tête des phrases lues dans tel ou tel article sans pouvoir remettre la main dessus, je suis heureuse d’avoir passé ces heures à lire le passé de ton blog – et de retrouver ton écriture dans tes livres que je vais lire ou relire.

    Bon, je conclus ce commentaire nocturne un peu étrange et bien trop long pour ne pas devenir gênant par un dernier truc. Dans les articles les plus anciens, tu parles de ton empathie pour les personnages post-ados un peu paumés dans leurs responsabilités. Ça m’a rappelé un de mes personnages préféré, Craig, qui trouve pas sa place dans sa propre vie et qui est le héros du livre Tout plutôt qu’être moi, de Ned Vizzini. C’est un bouquin qui vaut vraiment le coup d’être lu, et il est beaucoup trop tard pour que j’en parle davantage. Mais il vaut le coup (j’ai de supers arguments à cette heure-ci…) !

    Je vais continuer d’écouter de la musique, sur ce.

    • Vincent dit :

      Merci énormément pour ton message ! T’inquiète, il est pas gênant du tout, plutôt touchant !

      Moi aussi je consomme les blogs comme ça, généralement, en relisant quasiment tout en une fois le jour où je les découvre, puis en oubliant leur existence pendant plusieurs mois, avant d’y retourner un jour presque par hasard et d’avoir à nouveau un an d’articles à lire… Tu as tout à fait le droit de faire de même avec le mien !

      En tout cas je suis content si tu as pu y piocher deux trois trucs, ne serait-ce que des suggestions musicales ! Et j’espère que tu trouveras Terrortriste et qu’il te plaira 🙂 Je sais qu’il en reste au moins un à la librairie Parallèles, à Châtelet, et un autre au Monte-en-L’air, à Ménilmontant.

      Et merci pour la suggestion de lecture ! Ma liste de réserve commence à s’amenuiser, donc j’y ajoute Tout plutôt qu’être moi, que je ne connaissais pas du tout !

      Encore merci, en tout cas, pour ce message, pour m’avoir fait l’honneur de lire mes romans et mes inepties bloguesques, pour tout. Savoir que ce qu’on écrit a parlé à quelqu’un, c’est finalement tout ce qu’on attend, en tant qu’auteur.
      A ce propos, ne te force pas à refaire ta critique de Tifenn, hein ! C’était un témoignage de ton avis d’époque, et c’était déjà très flatteur !

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