Feeder : « All Bright Electric »

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14 novembre 2016 par Vincent

feeder_-_all_bright_electric   Ca fait des années que je veux écrire un article sur Feeder. Littéralement. Pour te dire, il y a dans la section « brouillons » de ce blog un truc qui traîne à leur sujet depuis mes premiers jours sur WordPress.
En fait j’ai un t-shirt de ce groupe, et au départ je voulais faire un Wearing Memories à ce propos. Mais, d’une part, cette section du blog est aujourd’hui morte, et d’autre part, ledit t-shirt a été tellement porté et lavé que ce n’est plus qu’un truc bleu ciel, tellement usé jusqu’à la corde qu’il est impossible de deviner que quelque chose y a un jour été imprimé.
Et puis, aussi, pendant que traînais, le groupe s’est séparé. Bon, ok, d’accord, c’était pas vraiment une séparation : c’était le coup classique du hiatus. « Oui, non mais on se sépare pas, on a juste besoin d’une pause, on reviendra peut-être un jour ». On sait tous ce que ça veut dire, ça : ça veut dire que tout ce qu’on peut espérer, c’est une reformation au bout de dix ans histoire de sortir un album merdique et de jouer dans quelques festivals pour renflouer le compte en banque.
Sauf que non : dans le cas de Feeder, la reformation n’a eu lieu qu’au bout de quatre ans, et s’est appuyée sur la sortie de ce All Bright Electric encore tout frais, qui n’a rien de merdique. Parfois j’aime bien me tromper.

   Feeder est un groupe gallois, qui officie depuis vingt ans et a une petite dizaine d’albums à son actif. Un vrai parcours, donc, qui fait état d’un groupe « achevé », que même le plus imaginatif des blogueurs aurait du mal à faire passer pour une bande de jeunes pleins de promesses. Feeder a atteint sa forme ultime depuis des années, et je pense que ni eux ni nous ne peuvent plus décemment en espérer plus que ce qu’ils sont. Et c’est à la fois parfait ainsi, et un peu dommage.
Parfait, parce que depuis au moins leur deuxième album, Yesterday Went Too Soon, Feeder est une machine à tubes ultime, un trio de power-pop qui sait comme très peu d’autres comment écrire un hit rock capable de mettre d’accord même les plus blasés d’entre nous. Sérieusement, à l’exception peut-être du tout premier album, qui a un peu vieilli au niveau du son, et des plus compliqués à analyser Comfort in Sound et Pushing the Senses, tous leurs autres disques sont des collections de tubes absolus. Pour quelqu’un qui découvrirait leur discographie aujourd’hui, ce serait un peu un bukkake musical. Je sais même pas comment ils ont réussi à mettre sur pieds un best of, y a quelques années… Ca a dû être une tâche déchirante, que de réussir à faire le tri dans ces dizaines de chansons toutes plus parfaites les unes que les autres. Un pote à qui j’avais fait découvrir le groupe m’avait dit cette phrase assez vraie : leurs faces B seraient considérées comme des singles en puissance par la plupart des autres groupes. Et oui, je jure, le titre que je t’ai mis en lien, Shatter, est bel et bien une face B. C’est ouf, hein ?
Et puis, aussi, de savoir que Feeder n’est plus un groupe qui peut vraiment évoluer, en termes de notoriété ou de carrière, c’est quand même un peu dommage. Parce que, justement, ils ont un ratio de tubes que quasiment aucun autre groupe n’a… Et pourtant, hé bien, voilà, y a moyen que tu ne les connaisses pas vraiment, tout comme le reste de la population. Feeder est un groupe qui est passé à côté de son destin. Un groupe qui n’a jamais eu droit aux couvertures des magazines, alors qu’il les aurait amplement méritées. Un groupe qui aura dû se contenter de faire la première partie de Coldplay alors que c’était lui qui aurait dû remplir les stades, et nous sauver de la merde auditive que nous sert la bande de Chris Martin depuis trop longtemps. Mais ce n’est pas arrivé, et aujourd’hui, il serait naïf de penser que ça pourrait encore un jour se faire. Pourquoi comment, je n’en sais rien, des looks pas assez photogéniques, une maison de disques pas assez motivée, pas le bon endroit au bon moment, peu importe. Ce n’est pas arrivé, et Feeder devra à jamais se contenter de sa place dans le club des groupes qui auraient dû être champions du monde mais qui sont restés bloqués en ligue 2. Oui, je viens de faire une métaphore sportive. Je me dégoûte.

   Maintenant, en 2016, qu’en est-il de ce neuvième album, All Bright Electric ? Déjà, l’évidence : c’est un très bon album de pop-rock. Le contraire n’était même pas réellement envisageable, pour un fan de longue date. Est-ce que c’est pour autant leur meilleur disque ? Non. C’est « juste » une nouvelle collection de hits, comme ils en ont déjà tant au compteur. Mais pour un album de semi-reformation, c’était peut-être le mieux à faire. Prouver que le Feeder qui revient aujourd’hui est bien le même que celui qui nous avait quitté hier. S’ouvrant sur un Universe of Life bruyant et puissant, l’album s’aventure ensuite dans une randonnée confortable pour les auditeurs familiers du trio, entre brûlots rock à la Divide the Minority et balades vitaminées qui te restent dans la tête toute la journée. Mention spéciale, dans cette catégorie, au titre Slint, déjà à porter au firmament du prochain best of du groupe.

   Mais d’une certaine façon, ce nouvel album, et l’absence qui l’a précédé, me font réaliser que je suis un enfant gâté : à force de n’entendre de la part de Feeder que des titres incroyables éligibles au statut de meilleures chansons de l’histoire du rock, j’ai fini par m’y habituer, par prendre ça pour acquis… Et par accueillir cette nouvelle livraison avec un enthousiasme sincère mais modéré, genre « ah, cool, un nouveau disque de Feeder, ça va être bien ».
Vincent, espèce de connard. T’es face à l’un des meilleurs groupes en activité, peut-être l’un des meilleurs groupes ever, et t’en es à te dire « sympa, un nouvel album ». Pauvre crétin de merde.

   Feeder n’a pas eu le destin qu’il méritait, n’a pas les fans qu’il mérite, et alors qu’il devrait régner sur le monde, il doit se contenter d’en balayer les couloirs en fredonnant ses chansons tard le soir. Ok, cette métaphore tient moins debout que ma précédente. Peu importe.
Ecoute ce disque. Ecoute Feeder. Participe à lui rendre un peu du destin dont le monde de la musique et les fils de pute qui s’en occupent l’ont privé. Fais quelque chose de bien dans ta vie. Aujourd’hui.
Et en vrai, commence par les albums Echo Park, Renegades et Silent Cry. Ce sont les meilleures portes d’entrée. Juré, tu vas kiffer.

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