Julien Baker : « Sprained Ankle »

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7 octobre 2016 par Vincent

julien-baker-sprained-ankle-cover   Pour préparer ce texte, j’ai essayé de demander à Google s’il existait des critères plus ou moins objectifs et universels pour déterminer la nature émotionnelle d’une chanson.
Tout ce que Google a été capable de me trouver, c’est des articles de merde expliquant que la musique triste pouvait nous aider à surpasser notre propre tristesse. Big fucking deal, Google. Pourquoi tu crois qu’on ressort tous nos disques de Rocky Votolato ou de Now, Now quand on s’est fait briser le coeur ?
Bon, ok, D’ACCORD, on ressort pas forcément tous exactement ces disques-là. C’est mon package heartbreak emergency personnel. Mais je suis sûr que t’en as un, toi aussi.

   Non, ce que je cherchais, moi, c’était à savoir s’il y avait des critères particuliers qui faisaient automatiquement d’une chanson une « chanson triste ». Des suites de notes précises, des tonalités, des structures, des tempos, je ne sais pas. Genre, si tu fais écouter ça aux membres d’une tribu d’Amazonie qui n’ont, probablement, pas du tout la même culture musicale que nous, est-ce qu’eux aussi vont identifier le truc comme étant hautement lacrymal ? Quelle est la part du bagage culturel dans tout ça ? Quelle est la part de la pure chimie, de la réponse cérébrale à une onde sonore particulière ? Quelle est la part du vécu personnel, des souvenirs associés, de ceci ou de cela ?
A toutes ces questions que je trouve pourtant intéressantes, Google a refusé de répondre. Fils de pute.

   Si j’essayais de me renseigner sur ce sujet, c’est parce que le premier album de l’Américaine Julien Baker, sorti l’année dernière (avant qu’elle ait le droit de boire de l’alcool), a été qualifié un peu partout de disque super triste. Et je vais m’ajouter à la liste des critiques sans imagination, et dire à mon tour que c’est un disque super triste.
Pourtant je n’en ai pas encore vraiment exploré les paroles, je connais assez peu l’univers de Julien, son histoire, et je n’ai pas encore un rapport très personnel avec Sprained Ankle, que je n’ai découvert que la semaine dernière, en retard comme toujours.
Mais peu importe : les neuf chansons de ce disque ont immédiatement parlé à ma propre tristesse, et l’ont un peu allégée le temps qu’elles pouvaient.
Tout le long de ce disque, c’est juste Julien Baker et sa guitare électrique, avec peu d’arrangements, un chant sans fioriture, et simplement un dialogue entre deux tristesses, la sienne et la mienne, la sienne et, je pense, celle de presque n’importe quel auditeur un peu normal. Je ne vois pas à qui ce disque pourrait ne pas parler. A quelqu’un qui ne ressent rien, peut-être.

   Il ne s’agit pas d’un chef-d’oeuvre, hein, comprenez-moi bien. Ni d’un disque original. On a déjà entendu ça mille fois, parfois en mieux, souvent en moins bien. C’est un disque parmi d’autres, simplement un membre de plus du club assez peu privé des disques qui font chialer. Mais c’était le disque dont j’avais besoin, le disque dont j’aurai à nouveau besoin plus tard dans ma vie, je le sais, et là, tout de suite, Sprained Ankle est le meilleur disque de l’univers à mes yeux embués. Et franchement, que je risque d’en oublier jusqu’à l’existence d’ici six mois n’a pas le moindre début d’importance.

   Ici y a le Bandcamp de Julien Baker, et là, y a une vidéo live avec un son étonnamment bon qui te permettra de te faire une idée de son talent pour recoller les coeurs en miettes. Chiale un coup avec elle, ça te fera du bien.

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