Talisman of the Day #03 : la mâchoire de mouton

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7 août 2016 par Vincent

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   J’ai ramené ce bout de mâchoire, ainsi que quelques autres, d’un voyage familial au Maroc, il y a maintenant pas mal d’années. C’était, je crois les premières vacances qu’on faisait tous ensemble après mon départ de la maison.

   Je garde de ce voyage un souvenir un peu bizarre. C’était super cool d’être réuni avec mes parents et ma soeur, c’est pas ça, mais dans tous les pays où j’ai eu la chance de voyager, jamais je n’ai été aussi souvent ramené à ma condition de touriste que lors de cette dizaine de jours à Marrakech. C’était impossible de faire trois pas sans que quelqu’un tente de me vendre un truc en m’attrapant le bras, ni de m’arrêter dix secondes quelque part sans qu’un mec surgisse de nulle part pour me proposer de me faire visiter. Et tout, dans l’organisation de la ville, fait en sorte que les touristes ne se promènent pas trop là où il n’y a rien à acheter.
C’est un sentiment étrange, qui a rendu le séjour presque désagréable, au bout d’un moment, et qui a fait paradoxalement naître en moi une culpabilité lancinante. Parce que, je veux dire, oui, la ville vit du tourisme, et oui, je sais bien qu’en tant que Français je suis plus riche que la plupart des gens que j’ai pu croiser là-bas. Mais au bout de la quarantième paire de babouches qu’on essayait de me vendre, j’ai eu l’impression d’être dans une espèce de parc d’attraction géant, où rien n’était naturel, où tout autour de moi était organisé pour que je laisse de l’argent en partant. Peut-être que je me trompe, mais en fait, j’ai l’impression de ne pas avoir vu le Maroc, mais un parc à thème marocain monté spécialement pour les touristes. Il y avait, dans toutes les interactions que j’ai pu avoir avec les Marocains, une relation bizarre, entre obséquiosité et mépris presque ouvert. J’étais un portefeuille sur pattes. J’imagine que les racines de ça sont à chercher du côté de notre passé colonial.
J’espère un jour y retourner pour essayer de réellement voir le pays.

   Devant l’hôtel se trouvait cependant un gigantesque terrain vague, dans lequel j’aimais bien me balader le soir. C’est là que j’ai trouvé la mâchoire. Il y avait également tout un tas d’autres ossements, dont une colonne vertébrale entière. Ca aurait probablement été une mauvaise idée de vouloir faire passer ça à la douane, alors je me suis contenté des mâchoires.
Celle de la photo, la plus jolie, est désormais accrochée à un mur de ma chambre, entre des tenailles rouillées, une vieille machette et un oiseau mort trouvés dans la maison de mes grands-parents. Ca met généralement mes visiteurs à l’aise, direct.
Le bout de mâchoire a également réussi à se trouver une chouette place sur la couverture du recueil de Terrortriste, ainsi que sur la bannière du présent blog.

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