Talisman of the Day #01 : le shigobi gobelin

Poster un commentaire

5 août 2016 par Vincent

20160805_150150
Dans une perspective « rafraîchissons le concept », je lance aujourd’hui une nouvelle rubrique sur le blog, où j’écrirai des textes que j’espère courts et fréquents sur les objets qui m’entourent au quotidien. On commence avec une figurine en plomb, peinte par mes soins, représentant un assassin gobelin issu du défunt jeu de stratégie Confrontation. J’espère que ça vous plaira.

   J’ai commencé à jouer à ce jeu au collège, avec mes potes Loïc (qui jouait l’armée des Nains), Romain (armée des morts-vivants) et Erwan (armée des Wolfens, des genres de loups-garous géants). Et moi, je jouais donc les Gobelins. Ca faisait suite à notre découverte, quelques années plus tôt, du bien plus célèbre jeu Warhammer 40000. Confrontation, contrairement à Warhammer, était un jeu français, au départ assez confidentiel, et je crois que ça participait pas mal à notre attrait pour lui. On avait davantage l’impression de jouer à un truc qui nous appartenait, à nous, vous voyez ?
Pendant environ deux ou trois ans, on y a joué comme des brutes, quasiment tous les weekends, ramenant chez les uns ou chez les autres nos kilos toujours plus nombreux de figurines peintes. Romain était clairement le meilleur peintre de la bande, mais je ne me débrouillais pas trop mal non plus, je crois. Je me souviens que mes talents en la matière impressionnaient réellement mon père. Les souvenirs de nos batailles restent des trucs assez symboliques de cette époque, pour moi.
On avait quatorze ans, aucun de nous ne sortait avec des filles, nous ne connaissions rien à rien, nous étions globalement des outcasts complets au collège, des pauvres types auxquels personne ne s’intéressait, mais au moins, nous avions ça, ces batailles de plusieurs heures et ces préparations de listes d’armées qui nous occupaient pendant les cours de maths. C’était génial.

   Et puis le lycée est arrivé. Avec lui les filles, la musique, la vie sociale, les premières soirées, les premières cuites, les passions que chacun se découvre en marge des autres. Petit à petit nos parties se sont espacées, passant d’une par weekend à une par mois, et puis finalement, nous avons cessé de jouer. Aujourd’hui, je ne vois plus aucun de ces amis d’alors.

   Pendant longtemps, mes Gobelins peints sont restés exposés sur une étagère. Je n’avais pas le coeur de les ranger, je crois que ça aurait trop officialisé la fin d’une époque. Mais un jour mes parents ont déménagé, et moi avec eux, et j’ai bien été obligé de ranger les figurines, une par une, dans leurs boîtes. Lorsque nous nous sommes installés dans la nouvelle maison, je ne les en ai pas ressorties.

   Et puis, je ne sais vraiment pas pourquoi, il y a cinq ou six ans, dans un trip nostalgique, j’ai cherché un peu sur internet ce que devenait Confrontation. J’ai appris alors que le jeu n’existait plus depuis quelques mois. Sans trop savoir pourquoi, j’ai alors ressorti mes figurines et je me suis mis en tête d’acheter ici et là sur le net celles qui me manquaient.
Pendant quelques mois je me suis mis à en repeindre, et mes figurines ont retrouvé le chemin de mes étagères, presque quinze ans plus tard, alors que j’étais désormais adulte et que je vivais dans mon propre appartement.
Mais ce n’était que ça : un élan nostalgique, un rappel du passé. Ca n’avait finalement pas tellement de sens d’avoir ça dans ma chambre à 30 ans. Alors, une deuxième fois, et ce coup-ci probablement définitivement, au bout d’un moment, les Gobelins sont à nouveau retournés dans leurs boîtes, qui sont rangées aujourd’hui au fond d’un placard. Je doute d’un jour être capable de les vendre ou de les jeter, cela dit.

   Une fois les boîtes rangées, cependant, je me suis aperçu qu’une seule figurine, celle de l’assassin shigobi, avait échappé au rangement. Et je n’avais pas le courage de redéplacer tout le contenu du placard pour lui faire rejoindre ses centaines de frères. Alors voilà, depuis quelque chose comme deux ans, il est là, seul, près de mon ordinateur, à me regarder de son oeil menaçant pendant que j’écris ça. Comme pour m’empêcher d’oublier que celui que je suis aujourd’hui a été et sera toujours un gamin de quatorze ans qui joue à Confrontation le weekend pour ne pas trop penser à tous les gens auxquels il ne plaît pas.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :