letlive. : « If I’m The Devil… »

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23 juin 2016 par Vincent

Letlive_IfImTheDevil   Bon, bah voilà ! Après la Loi Travail (majuscules de rigueur, évidemment), les manifs qui s’ensuivent encore, les différents attentats un peu partout dans le monde, les inondations et le cancer qu’est l’Euro, 2016 se relève ! Le nouvel album de letlive. vient de sortir, il est grandiose, et on va enfin pouvoir tous être heureux.
Enfin, tu vois l’idée, quoi.

   Je plaisante, j’ironise, je fais mon malin et mon sale con, mais en vrai, ouais, putain, ce disque est génial. Et il est également très politisé, au passage. Ce qui ne fait qu’ajouter à sa qualité. Quand je parlais des tueries qui ont émaillé cette première moitié d’année, je le faisais à dessein : letlive. a ouvert la promo de ce quatrième album avec un single appelé Good Mourning, America, qui revient sur les violences policières commises contre les noirs aux Etats-Unis. Enfin, « aux Etats-Unis » et ailleurs, hein. SSDD, comme on dit à Derry… Et il le fait avec à la fois une radicalité assumée qui fait plaisir (pas de conneries hors-sujet du type #alllivesmatter ici), et surtout, surtout, avec un putain de défonçage musical en règle.
Peu importe la pertinence du discours de ton groupe, si tu fais de la musique de merde, personne ne l’écoutera. letlive. l’a visiblement bien compris, et non, leur nom ne prend pas de majuscule et est suivi d’un point, désolé, ce genre de puérilité typographique ne me fait pas plus plaisir qu’à toi.
A l’écoute de l’album et à la lecture des paroles, on se rend rapidement compte que Good Mourning America n’est pas un cas isolé, et que le disque dans sa quasi-intégralité suit le même sillon pendant ses quarante grosses minutes et onze titres, enfonçant pile ce qu’il faut le clou de la prise de conscience.

   Pourtant, l’engagement politique n’est pas la seule vertu de cet album, et letlive. reste bien un groupe d’emo, pas de doutes là-dessus. Ca confesse ses fautes, ses doutes et ses espoirs sans pudeur, et ça chiale en hurlant. Suffit d’écouter l’épique intro I’ve learned to love myself pour comprendre… Une vie ne serait pas complète sans avoir entendu la voix du chanteur vaciller sur le passage « And now my lover is screaming “Jason, can you love me the way you never even acted like you did?” ». Ceux qui savent sauront.
Et c’est d’ailleurs là-dedans, dans cette fusion permanente entre émotions intimes et réactions viscérales au monde extérieur que ce disque brille le plus fort. Dans sa compréhension, peut-être instinctive, peut-être réfléchie, de cette vieille vérité mille fois débattue : tout est politique. La façon dont on vit, la façon dont on décide ou non d’aimer, la façon dont on se présente aux autres, la façon dont on parle de soi ou du monde, les souvenirs que nous gardons, ceux que nous laissons derrière nous… Tout est politique. Tout relève du choix que nous faisons chaque jour d’accepter ou non le statu-quo. D’accepter le monde tel qu’il est ou de chercher le monde tel qu’il devrait être. Le choix de se mettre du bon côté de la barrière ou du côté du bien.
C’est ça, que dit cet album, à peine en filigrane. Vivre, vraiment vivre, c’est prendre des risques.

   Et d’ailleurs, musicalement, j’entends déjà d’ici les relous qui vont grogner que letlive. s’est calmé et gnagnagni et gnagnagna… Bon, ok, en vrai j’ai pas encore lu de critiques de l’album histoire de pas être trop influencé, et peut-être que personne ne bitche, mais je suis presque sûr que si.
Parce que oui, effectivement, sur If I’m The Devil…, le groupe a ralenti le tempo et modéré les cris. La frénésie à peine contrôlée qui faisait la beauté de The Blackest Beautiful et Fake History (deux authentiques must have pour tout fan de musique bruyante) n’est plus à l’ordre du jour… Mais, et alors ? D’une part, ces précédents disques existent toujours, et rien ne nous empêche de continuer à les écouter. Et d’autre part, putain de merde, ils sont quand même loin d’avoir fait un choix de carrière confortable, au contraire !
Au bout de quatre albums, la plupart des groupes s’encroûtent, commencent à reproduire une recette toujours plus identique sur chaque titre, et à prendre un rythme de croisière qui fera d’eux des mercenaires à festivals (festivals, carnavals, chacals, animaux) pour les dix ans à venir. Et je suis persuadé que si letlive. avait fait de même, et s’était contenté d’un The Blackest Beautiful 2, personne n’aurait rien trouvé à redire… Mais, également, personne n’aurait rien trouvé à dire, tout court. Et puis au bout d’un moment, plus personne ne se serait intéressé à ce qu’ils ont à dire. Là, en calmant le jeu, ils prennent finalement bien plus de risque que s’ils avaient gentiment branlé leur public acquis.

   Surtout que, déjà, le calme est tout relatif, plus apaisé que leurs albums précédents certes, mais je doute quand même que ma tante fan de Claude François supporte longtemps l’écoute d’If I’m The Devil… Et ensuite, calme relatif certes, mais ça n’a en rien bridé le goût du groupe pour l’aventure. Ce disque part dans tous les sens, ressemblant à une espèce de laboratoire musical qui tente une nouvelle expérience à chacun de ses titres. Tout en appartenant toujours clairement au post-hardcore à tendance emo, letlive. en refuse l’orthodoxie.
Si auparavant le nom de Glassjaw était souvent cité pour situer le groupe, on pourrait désormais plus les rapprocher de Refused, peut-être… Mais pour ma part, je leur préfèrerais encore autre chose, et je vous jure que ce n’est pas pour faire mon malin, ce coup-ci, je le pense vraiment : cet album, c’est comme si Michael Jackson avait préféré le hardcore à la pop et à la pédophilie.

   Too long, didn’t read : on tient l’un des chefs-d’oeuvre de l’année, voire du genre. Instant classic shit.

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