« Fresh Meat » : c’est triste de vieillir

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22 avril 2016 par Vincent

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   En ce moment je regarde la série anglaise Fresh Meat. L’histoire de six étudiants de première année qui se retrouvent colocataires dans une baraque de Manchester pendant leurs études.
La série dégage une saveur qu’on pourrait résumer par « Skins avec de l’humour ». Je n’irais pas jusqu’à dire que ça tue ou quoi, mais c’est vraiment très cool, très drôle, et les scénaristes ont évité la plupart des pièges auxquels on pouvait s’attendre avec un tel point de départ.

   Déjà, tous les personnages, sans exception, sont des crétins. Des crétins bien différents les uns des autres, mais des crétins quand même. On a la toxico au dernier degré, le bourgeois prétentieux et misogyne qui ne pense qu’à baiser, le faux poète mystérieux qui passe son temps à essayer de se rendre plus intéressant qu’il ne l’est, la débile légère qui foire complètement ses études, le geek borderline serial killer et la littéraire qui trouve vraiment ça très cool de baiser avec son prof. Limite celle qui s’en sort le mieux socialement est la toxico (Vod, deuxième en partant de la gauche sur la photo, The Vodster, mon nouveau role model dans la vie). Tous les autres se révèlent progressivement inadaptés au monde et à toutes ces interactions compliquées qu’il nous oblige quotidiennement à avoir avec les gens.
Et même entre eux, et c’est l’une des meilleures idées de la série, tous ces personnages ne sont pas tout à fait amicaux. Ils se tolèrent, s’apprécient parfois, mais clairement, il s’agit d’une colocation par défaut, et personne n’est vraiment le meilleur ami de personne. Ce qui permet à chacun de faire son gros fils de pute envers les autres dès que l’occasion se présente. Ils ne cherchent que rarement à ménager les sentiments des uns ou des autres, et les dialogues de la série ont en permanence un goût assez délicieux de passif-agressif bien vénère.

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Un autre aspect cool de Fresh Meat, c’est qu’absolument tout peut être prétexte à des gags débiles, même les situations qui, dans d’autres séries, auraient immanquablement été les « moments émotions ». Vod fait une overdose et finit à l’hôpital ? Des barres de rires ! L’un des personnages était tout bourré et a peut-être violé une fille sans le savoir ? MDR ! Le père de quelqu’un est mort ? Un max de lol ! Rien n’est sacré, et toute la série baigne dans une ambiance crado, à l’image de la maison qui devient plus répugnante d’épisode en épisode. L’alcool, le sexe et la drogue sont omniprésents, et les scénaristes se gardent bien d’en faire des trucs vraiment négatifs. C’est même généralement les seuls moments où les personnages semblent à peu près amicaux les uns avec les autres.

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Après, je l’ai dit, c’est pas la série du siècle, ce n’est finalement « que » une nouvelle série sur la vie étudiante et la jeunesse décadente, mais c’est drôle et on s’attache réellement aux personnages. Et puis, soyons honnêtes : tous les mecs qui ont un jour eu vingt ans ont été Kingsley à un moment de leur vie. Pour ceux qui verront la série, vous saurez que ce n’est pas un compliment.
Bref, Fresh Meat c’est cool, et si vous avez un peu de temps, regarder les trente épisodes qui composent cette série (désormais terminée) n’est pas la pire façon de le tuer.

   Et pourtant, malgré tout ce que je viens de dire, cette série me rend un peu triste, bizarrement. Triste d’une façon presque agréable, je veux dire… Vous savez, tout le délire doux-amer.
   Parce que cette série met en scène un contexte, des situations, des relations sociales, que je ne pourrai plus jamais vivre.
J’ai désormais trente-deux ans et, ouais, ok, bien sûr que si j’avais envie je pourrais m’inscrire de nouveau à la fac ou quoi, mais 1) je n’en ai absolument pas envie, et 2) ce ne serait pas pareil. Je pourrais faire tous les efforts dont je serais capable, transformer drastiquement mon quotidien, jamais plus je n’aurai vingt ans. Jamais plus je ne vivrai ma toute première année de fac. Jamais plus je ne coucherai avec une fille pour la première fois. Jamais plus je n’aurai ce frisson de l’interdit à la vue de drogues, jamais plus je ne pourrai être réellement excité à l’idée d’une « grosse soirée ». J’ai déjà vécu tout ça, j’en ai vu les coulisses, compris les ficelles, et rien ne pourra me faire retrouver les émotions que vivent les personnages de Fresh Meat.

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Et, encore une fois, ce n’est même pas que j’en aie réellement envie. Je veux dire, l’alcool, la drogue, le sexe, la fac, c’est bon, been there done that, chacun son tour, j’ai pas vraiment de souci avec ça. C’est plutôt que… Enfin, c’est que même si je le voulais, ce ne serait plus possible, quoi.
On vieillit, et le poids des années qui s’empilent écrase certaines possibilités, certains rêves. Si je créais un groupe de rock aujourd’hui, par exemple, ouais, je pourrais, mais je ne pourrais jamais plus faire partie d’un groupe « tout juste sorti du lycée ». Je ne sais pas si je suis clair… Je vis évidemment toujours des émotions, aujourd’hui, et même parfois des « émotions fortes », comme on dit, mais je ne vis plus que très rarement des émotions nouvelles. Bien sûr qu’il « n’est jamais trop tard pour faire ce dont on rêve », bien sûr, bien sûr… Mais d’une certaine façon, si. Parfois il est trop tard. Parfois, on se rend juste compte que ce qui était génial à vingt ans l’est vaguement moins à trente-deux. Et c’est un peu triste.

   Probablement autant qu’un type de mon âge qui irait dire à des étudiants de première année de « profiter de tout ça tant qu’ils le peuvent ». Alors je vais me retenir de le faire, et simplement vous dire d’aller regarder Fresh Meat. Peut-être que c’est sorti en dvd, peut-être que c’est sur Netflix, mais peut-être surtout qu’on est en 2016 et que vous savez tous très bien comment trouver cette série en moins d’une minute sur internet. Même si vous avez mon âge.

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3 réflexions sur “« Fresh Meat » : c’est triste de vieillir

  1. kPt3r dit :

    Mince mec, j’étais super motivé par ton article ! J’ai tenté le premier épisode et… Well, j’ai pas trop accroché. Je sais que l’humour anglais et moi ça fait souvent deux (voire plus), mais là j’ai eu beaucoup de mal à sourire durant presque 40 minute qui m’ont semblé longues.

    J’hésite même à lancer le second, histoire de dire « allez, laisse leur une dernière chance ! », parce que le concept est plutôt bon au départ.

    • Vincent dit :

      Arf merde… C’est vrai que c’est très anglais, comme humour… Enfin, je dis ça mais c’est un peu un lieu commun, en vrai je serais incapable de définir ce qu’est « l’humour anglais » 😀
      En tout cas, malheureusement, si t’as été hermétique au premier épisode, y a quand même peu de chances que la suite t’enthousiasme davantage. C’est pas le meilleur épisode ni rien, mais il est représentatif.
      Désolé !

  2. Ben dit :

    J’ai regardé cette série sur Netflix, il m’a fallu quelques épisodes pour accrocher. Mais comme souvent avec les bonnes séries ca va en s’améliorant, au fil des épisodes les personnages s’affinent.Un peu clichés au début, j’ai fini par les trouver plutôt interressants (même le geek avec son accent ecossais bizarre). L’ambiance générale de la série est peu grise, la déco de leur maison est à chier, ca sent un peu la crise dans l’ensemble (ils galèrent pas mal à trouver leur voie, puis du boulot) mais c’est pas triste pour autant. Comme tu dis, c’est doux amer.

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