Hood, Kindlon, Rosenberg : « We Can Never Go Home »

Poster un commentaire

6 février 2016 par Vincent

Cover WeCanNeverGoHome   Il y a genre deux trois ans, j’avais commencé ma journée d’anniversaire d’une manière chelou. Je rentrais de chez des potes, un peu après minuit, et dans leur hall d’immeuble j’ai mis en marche mon baladeur mp3. Et là, sur le minuscule écran qui était accessoirement la seule source de lumière dans la pénombre, j’ai pu admirer une animation dégueulasse représentant un feu d’artifices en pixels, accompagné du message « Joyeux anniversaire, Vincent ! ». Visiblement, à un moment ou à un autre de ma relation avec lui, j’avais donné à mon baladeur ma date de naissance, lui permettant cette nuit-là d’être la première « personne » à me souhaiter mon anniversaire. C’était tellement chelou, inattendu et pathétique, ce feu d’artifices minable au milieu de la nuit et de l’hiver, que bizarrement, ça m’avait un peu touché. Si je devais un jour réaliser un film sur la lose, je l’y intégrerais forcément.
Lundi dernier c’était à nouveau mon anniversaire. Et ça fait un moment que j’ai changé de lecteur mp3. L’actuel, visiblement, ne connaît pas ma date de naissance, ou alors il s’en fout. Ca a participé, parmi d’autres éléments, à faire de l’édition 2016 de mon anniversaire une version relativement moisie.
Mais bon, j’ai des amis cool, et j’ai quand même eu des cadeaux. Dont le très chouette comics We Can Never Go Home, dessiné par Josh Hood et scénarisé par Matthew Rosenberg et Patrick Kindlon. C’est de ça dont on va parler aujourd’hui.

Happy birthday RedditMais avant, on va quand même cliquer là-dessus pour conclure
la problématique « birthdays suck ».

   Publié au cours de l’année 2015, We Can Never Go Home est une bande-dessinée américaine qui raconte l’histoire de Duncan, figure classique du loser battu par son père et méprisé par tout son lycée, et surtout de Madison, qui est au contraire l’une des filles les plus populaires dudit lycée… Et qui, surtout, est dotée de super-pouvoirs lui accordant une force et une résistance physique extrêmes lorsqu’elle est énervée. Un genre de Hulk, quoi, la transformation en moins et des éclairs dans les yeux en plus. Suite à un concours de circonstances, Duncan va assister à une démonstration des pouvoirs de Madison, et une relation d’amitié va se tisser entre eux… Une relation néanmoins un peu difforme, qui va se concrétiser lorsque Madison tuera le père de Duncan pour protéger celui-ci d’une énième bastonnade paternelle. Duncan ne va pas vraiment prendre le temps de pleurer son géniteur, et va plutôt se contenter de lui voler son flingue et sa voiture, histoire de partir à l’aventure avec Madison. Les deux adolescents vont laisser derrière eux famille, amis, école, quotidien, et s’embarquer dans une virée violente et brouillonne, qui va les mettre aux prises avec d’un côté une organisation criminelle réunissant d’autres personnes dotées de pouvoirs, et de l’autre le gouvernement américain, visiblement lui aussi intéressé par le cas Madison.

WCNGH page 1
Là comme ça, avec mon résumé, on pourrait se dire que We Can Never Go Home est un classique comics de superhéros, comme il en existe déjà environ huit cent cinquante-quatre millions. Ce ne serait certes pas tout à fait faux, c’est bien à ce genre qu’appartient le récit, mais pourtant, il diffère clairement des standards du genre… Probablement parce qu’en fait, il parle très peu de super-pouvoirs, même si ceux de Madison sont omniprésents dans l’histoire.
   Non, ce dont parle We Can Never Go Home, c’est de deux adolescents américains de la fin des années 80, paumés et solitaires, qui ne trouvent un sens à leur vie que dans la violence et la fuite en avant. Ni Madison ni, surtout, Duncan ne sont des « gentils ». Ce ne sont pas des « méchants » non plus, entendons-nous bien, mais clairement, leur cavale et leurs actions désordonnées ne sont pas motivées par l’altruisme et la compassion. Ils vont laisser sur leur route un joli paquet de cadavres, sans que cela les empêche outre-mesure de dormir, et à aucun moment ne leur vient l’envie de jouer les justiciers masqués ou de se servir de leur flingue et de leurs pouvoirs pour sauver des vies. De même, s’ils s’attaquent à des dealers, ce n’est en rien dans une optique de vigilantes voulant éradiquer le crime ; c’est uniquement pour leur piquer leur fric afin de financer leur fuite.
Et je crois que les auteurs savaient très bien ce qu’ils faisaient. Par quelques scènes et répliques tongue-in-cheek, Rosenberg et Kindlon (que je ne connaissais absolument pas auparavant) font comprendre aux habitués des comics de superhéros que, oui, eux aussi en connaissent les codes, et que c’est donc tout à fait volontairement qu’ils les évitent.

We Can Never Go Home variant 2
En fait, par plein d’aspects (chronique adolescente, époque choisie, imagerie rock nourrie aux échanges de mixtapes, décor de petite ville américaine…), We Can Never Go Home ressemble bien plus à un comics indé intimiste qu’à une bande-dessinée de superhéros. C’est comme ce truc, là… Au fil de l’histoire, on comprend qu’il y a d’autres personnes qui ont des pouvoirs, que le gouvernement est au courant, et on comprend aussi, au détour d’un dialogue ou d’une courte scène, que les parents de Madison font peut-être partie d’une conspiration quelconque ayant leur fille pour objet… Mais tout ça, toutes ces intrigues compliquées qui dans un autre récit aurait constitué le coeur de l’histoire, sont ici reléguées aux marges des pages. Ce qui importe dans We Can Never Go Home, ce sont les névroses des deux personnages, les manipulations de Duncan, qui sait qu’il est au-dessus de sa ligue en traînant avec Madison et qui fait donc tout pour la garder près de lui, les pavillons de banlieue soutenus par le dessin minimaliste mais précis de Hood et par des choix de couleurs presque surréalistes mais jamais de mauvais goût, la violence physique ici associée à l’adolescence, les playlists proposées en fin de recueil par les auteurs… C’est tout ça, l’essence de ce comics qui n’est finalement pas une histoire de superhéros.
Et c’est vachement cool.

   Le recueil réunissant l’ensemble de l’histoire est sorti il y a peu de temps chez Black Mask, et tu peux donc le choper ici (bien que techniquement le site ne semble pas proposer l’édition qu’on m’a offerte, mais bon, ça va, t’es grand, tu te débrouilles).
Et si tu veux poursuivre dans le registre des super-pouvoirs traités de façon intimiste, je te conseille également le film Chronicle, de Josh Trank, Donnie Darko, de Richard Kelly (qui se passe d’ailleurs à la même époque que We Can Never Go Home), et un autre comics, Demo, écrit et dessiné par mes héros bédéistes Brian Wood et Becky Cloonan.

   Bon anniversaire à tous, que ce soit aujourd’hui ou non.

STK685728

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :