Finch : « Steel, Wood & Whiskey »

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3 décembre 2015 par Vincent

finch_sww_final_cover_1   Allez, la vie doit continuer.
Lol.
Reprenons donc les choses là où on les avait arrêtées.

   En 2002 sortait le premier album des Californiens de Finch, « What It Is To Burn ».
En 2002, j’avais 18 ans et je venais d’entrer à la fac, en première année de DEUG d’anglais. Un nouveau chapitre de ma vie commençait donc. Un chapitre qui allait être fait d’incertitudes quant à ce que je faisais de mon quotidien, d’incertitudes quant à ce que je voulais faire de mon futur, d’incertitudes quant à ce que je découvrais de mon envie d’écrire de la fiction, d’incertitudes quant à à peu près tous les aspects de ma vie d’alors.
J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici ou là sur ce blog, mais cette période, mes premières années post-lycée, sont nimbées dans ma mémoire d’un flou très bizarre, que je m’explique mal. Je me souviens de mes pensées de l’époque, de mes troubles, je me souviens très bien de mes découvertes musicales, mais par contre, je me souviens étrangement très mal de mon quotidien. De ce que ça voulait dire de prendre le bus le matin pour aller à la fac, de qui j’y fréquentais là-bas, des visages et des noms de mes profs ou de mes condisciples, de comment j’occupais les heures vides qui séparaient mes cours, des cours eux-mêmes… Vraiment, je ne m’explique pas cette espèce de corruption des fichiers concernant la partie 2002-2005 de mes archives mentales. Je crois qu’à l’époque, ma vie intérieure, pour utiliser de grands mots, avait pris, très largement, l’ascendant sur ma vie physique quotidienne. Mais même de ça je ne suis pas bien sûr. Aujourd’hui je n’ai plus aucun contact avec quiconque de cette période. Aucune idée de ce qu’ils deviennent, aucune envie de le savoir, aucun souvenir même de leurs prénoms pour les chercher sur Facebook.
   Ce que je me rappelle, en revanche, c’est que le premier album de Finch constituait cinquante pour cent de ma bande-son intime, lors des premiers mois de cette époque étrange. Dans ma tête, le début de ma vie d’étudiant n’est qu’une longue attente assis seul sur un banc, dans un couloir aux murs peints en vert pâle, un matin d’hiver alors que le jour n’est pas encore levé, avant le début du premier cours. Dans mes oreilles, il y a le titre « Ender », de Finch. A l’époque il sortait d’un discman.

   Outre m’avoir servi de phare musical au sein de ce chapitre brumeux de ma vie, le premier album de Finch a été un disque important dans l’évolution de mes goûts musicaux. C’est lui, en vérité, qui m’a réellement ouvert à l’emo. Je connaissais déjà le genre avant, hein, j’avais même probablement acheté un disque de Saves The Day ou des Get Up Kids, mais je n’avais pas encore vraiment compris de quoi il en retournait. Fin 2002, moi, j’étais toujours fan de neo metal et je disais encore que Korn serait mon groupe favori pour la vie entière.
C’est « What It Is To Burn » qui m’a initié à la suite. Qui, grâce à ce son ultra-produit, à cette énergie sombre, limite metal, qui me les rendait compréhensibles, m’a permis de m’initier à l’emo. D’apprécier ces voix fêlées qui chantaient presque mal, de supporter cette décharge impudique d’émotions grandiloquentes, d’aimer ces paroles qui parlaient d’amours déçues, de doutes existentiels et de faiblesses avouées, de capter ce que signifiaient ces cris vibrants, à la limite du hurlement de douleur, qui n’avaient rien à voir avec les voix de types sûrs d’eux auxquelles m’avait habitué le metal pour adolescents en quête de virilité que j’écoutais alors.
Je me rends bien compte que c’est un peu gênant, aujourd’hui, de dire que c’est ce disque à la production putassière et aux singles calibrés qui m’a initié à un genre réputé pour sa sincérité et son indépendance, mais c’est ainsi. On ne se rend que rarement compte qu’on est en train d’ouvrir une porte. Dans mon cas, sans Finch, pas de Thursday, pas d’Amanda Woodward, pas de The Ataris, même, pas de tous ces disques qui allaient constituer mon quotidien d’auditeur pour les treize années à suivre.
Aujourd’hui, cet album m’apparaît pour ce qu’il est, à savoir un truc un peu bâtard plus proche de Bon Jovi que d’Embrace. Mais quand même, lors des rares occasions où je réécoute ce disque, c’est toujours avec une affection nostalgique. Je sais ce que je lui dois, et je ne peux empêcher mes souvenirs de fin d’adolescence de revenir à ma bouche le temps d’un sourire en coin.

   En 2015, Finch ne signifie plus grand-chose. Après ce premier album qui aura marqué pas mal de gens, ils ont sorti un deuxième disque clairement BEAUCOUP moins bon, ont splitté, se sont reformés après quelques années, le temps d’un EP sans grand intérêt non plus, ont re-splitté, se sont re-reformés, et désormais, ils ne sont plus qu’un groupe parmi d’autres qui capitalise sur un passé définitivement révolu en écumant les festivals et les petites salles afin de jouer des concerts best-of pour des fans venus chercher un peu de nostalgie le temps d’une heure et demie. C’est là le destin de beaucoup des groupes de cette époque, il n’y a pas de quoi s’en émouvoir outre-mesure. J’imagine que c’est toujours mieux de faire ça que d’être serveurs au fast-food du coin.

   C’est dans cette dynamique, ou plutôt cette absence de dynamique, que s’inscrit « Steel, Wood & Whiskey », leur nouveau disque qui n’a pas grand-chose d’un nouvel album. Une collection de onze auto-reprises en versions acoustiques. Rien de plus rien de moins. Juste un truc pour passer le temps, faire un peu de promo pour leurs prochains concerts et faire croire au monde que Finch fait encore partie de l’actualité musicale de 2015. Rien n’est plus faux, et ce disque le prouve dès la première écoute.
Je veux dire, oui, ok, je connais la règle : si un titre électrique peut être joué en acoustique, c’est qu’il s’agit d’une vraie chanson. Très bien. Mais ça ne signifie pas pour autant que ledit titre va être meilleur à la guitare sèche. Ainsi dépouillées de leurs arrangements et de leur énergie, les onze chansons ici réunies (cinq sont issues de « What It Is To Burn ») se mettent toutes à se ressembler, et donnent au disque un côté « veillée au coin du feu » qui n’est certes pas désagréable, mais est encore moins passionnant. Pour un matériau de base qui faisait la part belle à l’impulsivité émotionnelle et aux élans cardiaques à la limite de la douleur, la tranquillité de boyscouts de ce disque acoustique laisse un peu dubitatif.

   Mais il reste la nostalgie. Il reste le souvenir de la fin de mon adolescence, et de l’espèce de révélation musicale que ce disque a été pour moi il y a treize ans.
« Steel, Wood & Whiskey » est un disque absolument inutile pour quiconque n’aura pas connu Finch « à l’époque ». Mais ceux pour lesquels, comme moi, « What It Is To Burn » a un jour signifié quelque chose d’important, trouveront ici de quoi sourire quelques minutes en repensant à ce qu’ils ont un jour été. Peut-être un étudiant de dix-huit ans, un peu paumé, qui attend seul le début de son cours, assis sur un banc un matin d’hiver, alors que le jour n’est pas encore levé.

   Le disque est disponible en téléchargement gratuit ici.
So long, Vincent de 18 ans.

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