Jean_Hub : l’ultime interview ultime

1

23 octobre 2015 par Vincent

   Avec son album « The Distance Between Us », le duo français Jean_Hub avait sorti l’un des deux meilleurs disques de 2014. Je t’en avais parlé ici. Pop-punk électro, claviers morveux, emo décomplexé, sens de la mélodie frisant la démence, sans déconner, encore aujourd’hui, c’est un disque qui revient dans mes oreilles de manière au moins hebdomadaire. Quotidienne quand je veux combattre la dépression.
Suite à ce monumental rudoyage musical, j’avais envoyé un mail aux mecs histoire de voir si je pouvais pas les interviewer pour le blog. Ils avaient accepté sans hésiter. Cool.
Sauf que plusieurs mois de quasi-silence sont passés au rythme de messages de relance ou d’excuses, et puis finalement j’ai laissé tomber, en me disant que le jour où ces enfoirés sortiraient un nouveau truc, je les défoncerai dès l’intro en parlant dignité, grand reporter de guerre et entraves faites à la liberté de la presse. Hashtag JeSuisCharlie, tout ça tout ça. L’article aurait été sans pitié, et serait rentré dans l’histoire de la presse musicale.
« Sauf que », encore. Leur nouveau truc, il vient de sortir. Il s’agit d’un EP qui s’intitule « The End »… Et qui, presque sans surprise, est lui aussi devenu dès la première écoute l’un de mes deux ou trois disques favoris pour l’année 2015. Les mecs sont complètement en feu, le monde devrait être à leurs genoux, et dans ces conditions, il m’est physiquement impossible de leur en vouloir plus longtemps.
Surtout que, bon, bah, en fait, hier, finalement, je les ai reçues, les réponses à mes questions d’il y a un an.
Au sujet de ce réveil tardif, je vous spoile un peu la fin de l’interview avec ces propos tenus par Hubert : « Jean prétend tout le temps détester les groupes qui font trop de promo sur les réseaux, pourtant c’est quand même lui qui a pris l’initiative de ressortir cette interview vieille d’un an, comme par hasard quelques jours après la sortie de notre nouvel EP. Génie du buzz ou simple escroc, le mystère demeure. » Qu’ajouter à cela ?
Allez, lisez cette interview, même avec un an de retard, elle reste aussi drôle qu’intéressante, je crois. Et longue, aussi ; les mecs ont compensé leur retard par leurs réponses.
Ah, et puis, putain de vos mères, écoutez leur nouvel EP.

JeanHubTheEnd
Jean : Hey, désolé pour le retard d’environ un an ou peut-être même plus, mais après la sortie de l’album, l’année a été assez chargée pour nous deux. Hubert allait partir vivre à Paris et j’allais vivre aux Etats-Unis, tous les deux pour le boulot. On voulait à tout prix sortir un EP avant de se quitter et que notre relation ne se réduise plus qu’à des messages Facebook. Du coup quand on se voyait, c’était généralement pour composer ou enregistrer ou sortir avec d’autres potes et boire des cannettes. Du coup à chaque fois on repoussait l’interview, et au final je suis parti, il est parti de Nice, sans qu’on n’ait jamais répondu à tes questions. Aujourd’hui on sort notre nouvel EP, et je me suis dis « allez on va le faire, au final on avait pas de deadline ! » On a enregistré l’EP avant nos départs respectifs, en mai environ, mais avec les déménagements, etc… On avait beaucoup d’autres choses sur lesquelles on travaillait. Mais finalement, on a réussi à le faire, avec comme d’habitude un gros travail de Hubert sur le mix et le mastering. Il a aussi beaucoup retravaillé l’EP aprés mon départ, dans son coin, histoire de bien me faire manquer nos sessions compositions de 10h à 18h, riche en blagues foireuses et Koenigsbier dans mon studio à Nice.

Je ne devrais ressentir pour vous que haine vengeresse, mais votre EP m’en empêche. Faisons donc table rase de notre sombre passé relationnel, et balançons l’interview comme si de rien n’était !
Avant la sortie de votre album, je ne connaissais Jean que comme « le chanteur de Chasing Paperboy », et Hubert, hé bien… Je ne te connaissais pas du tout ! Vous pouvez tout d’abord revenir un peu sur vos parcours ? Vous aviez déjà tous les deux des groupes avant ce projet, alors d’où est venue l’idée de créer Jean_Hub ? Simple envie de collaborer ? Les morceaux de ce duo ne pouvaient pas, à votre avis, voir le jour dans vos groupes respectifs ?

Jean : En ce qui me concerne j’ai joué dans pas mal de groupes sur Cagnes-sur-Mer et ses alentours. Comme tu l’as dit, je joue dans Chasing Paperboy, où je chante et joue de la guitare. Je joue aussi dans Kids Against Crosses, avec Benji, qui lui aussi avait déménagé à Paris alors que j’étais resté à Nice, du coup pendant ces dernières années on n’a pas été très actifs, mais on a fait nos quelques concerts annuels. Dans ce groupe je joue de la gratte et chante toujours, et Benji joue du trombone, toutes nos chansons sont sur Bandcamp ! J’ai aussi joué dans Can’t Bear This Party, ou je chantais et faisait du clavier/beat electro. Ils ont un tout nouveau line up et devraient sortir des chansons dans pas longtemps ; ce qui veut sûrement dire dans 3-4 ans, héhé.
Hubert jouait dans Sail To North et on se voyait aux concerts. Un jour, je sais plus trop pourquoi, il m’a envoyé une chanson à lui et j’ai tout de suite adoré. Cette chanson est sur l’album et s’appelle « A Lack of Time ». Je lui ai dis que c’était super, et que je voulais faire un truc dans le délire, plus pop, plus electro, parfois plus ambiant. Du coup je lui ai envoyé une chanson que j’avais, qui a aussi fini sur l’album, « Drunk But Not Scared Tonight ». A partir de ce moment-là, on était chauds pour faire un groupe ensemble. Il est venu chez moi un jour après le taf, et on n’a pas touché les guitares mais descendu un nombre énorme de cannettes en écoutant Osker. Je crois qu’on a direct compris que « ça allait le faire ».
En ce qui concerne le fait de jouer ces chansons dans nos autres groupes, je ne pense pas que le rendu aurait été le même, mais ça aurait clairement été possible, j’ai pas vraiment changé ma manière de composer juste pour Jean_Hub. Là les chansons, en général, sont des trucs où on a vraiment amené chacun quelque chose de différent, si par exemple j’avais fait l’une de ces chansons avec Chasing Paperboy, Brian aurait apporté un univers différent, on n’aurait jamais mis des tonnes de claviers sur l’idée de base à la gratte acoustique !

Hubert : Jean a déjà bien résumé le truc. Personnellement ça faisait longtemps que j’avais envie de collaborer avec lui. J’aimais ses idées et ses compos, et l’intérêt commun qu’on avait pour les machines me poussait à penser qu’on pourrait faire des choses sympas ensemble. En plus, on avait l’air de partager le même sens aigu du second degré.
J’ai eu quelques petits groupes (Mok Center, Falling First Wednesday…) avant de passer plusieurs années dans Sail To North, dans lequel je chantais à l’époque de la création de Jean_Hub. On faisait du pop-punk entre potes, c’était vraiment cool, j’y ai passé des moments magiques, ai crée de puissants liens d’amitiés avec les membres, et j’ai pu connaître la mini-gloire dont je rêvais adolescent. On avait une trajectoire bien définie, un peu plus « classique ». Les morceaux de Jean_Hub n’auraient pas pu voir le jour dans ce groupe, car nous étions six, et on apportait tous notre patte à chaque étape de la composition, ce qui était riche en idées mais rendait la tâche longue et fastidieuse. Avec Jean, c’est totalement différent, on se cale chez lui avec des bières, des guitares, un electribe et un Macbook, et toutes nos idées sortent sans aucun filtre, ce qui rend le truc un peu foufou, parfois confus mais spontané, et généralement un morceau est quasi-fini en une soirée alcoolisée. On a tous deux des manières de composer différentes mais que je trouve vraiment complémentaires. Je risque de me faire clasher en disant ça, mais Jean_Hub, c’est pour moi un réel coup de foudre artistique.

Pour en revenir au contenu de l’album en lui-même, je pense ne pas me tromper en disant que vous vous êtes inspirés de l’emo-pop et du pop-punk américain de ces quinze dernières années, de blink-182 à The Wonder Years en passant par Save The Day ou Motion City Soundtrack… J’ai bon si je dis ça ? Ne niez pas, j’ai grillé votre sample de Box Car Racer dans votre titre « Frank Mikael’s Greatest Hit » !

Jean : Ouais en effet, je suis ultra fan de pop-punk et notamment de blink-182. Je pense que pour l’album on s’est aussi beaucoup influencés de trucs plus pop que j’apprécie vraiment de plus en plus, Taylor Swift par exemple, dont le dernier album est tout simplement une petite perle de pop catchy. Après j’écoute aussi pas mal d’indie rock, ce qui se ressent sur certains morceaux je pense.
Sinon pour Box Car Racer, bien évidemment on est fans, mais c’est pas un sample, c’est Hubert qui imite à la perfection Tim Armstrong.

(l’origine du non sample)

Hubert : Fan de blink-182 c’est certain, les autres groupes que tu as cités moins pour ma part. J’écoute des trucs assez différents, allant du punk-rock, indie, hardcore, à des soundtracks orchestrales et OST de jeux vidéo Nintendo. Jean m’a beaucoup ouvert sur la grosse pop ricaine genre Katy Perry, Taylor Swift, dont je suis ultra fan maintenant. Par contre il écoute Skyrock en voiture, j’espère que cette mauvaise habitude lui passera… Pour revenir à la question, je ne pense honnêtement pas (à part le petit clin d’oeil à Box Car Racer) qu’on ait réellement cherché à s’inspirer de groupes qui nous influencent. On s’est toujours dit dans ce projet qu’on ne s’imposait aucune limite et c’est plutôt de ça que l’album est né. Bien sûr Jean_Hub est un groupe de pop-punk car c’est ce qu’on écoute le plus et on ne sait pas vraiment jouer autre chose, mais ce qui fait sans doute que ça se démarque c’est qu’on n’a jamais défini clairement la direction qu’on voulait donner au projet et comment ça devait sonner. Simplement quand on voulait mettre de l’orgue, une batterie DnB, de la flûte ou une partie 8-bit chiptune, on le faisait. Si on voulait mettre un gros taquet, des arpèges emo ou des voix ultra autotunées sur un synthé 70’s, on le faisait. On s’en foutait de savoir si ça allait faire sérieux, si ça allait rentrer dans le moule classique, ça sonnait bien, ça nous plaisait, et toutes nos idées les plus folles se retrouvaient, spontanément, matérialisées sous forme de pré-prods sur un Macbook, avec un accordage devenant de plus en plus arbitraire au rythme des bières qui se vidaient.

Jean : Parfois on se disait « allez viens on fait un truc avec intro au clavier-chant », ou « allez on se fait une chanson acoustique ». Au final je pense qu’on dérivait quasi à chaque fois de nos idées de départ et on arrivait sur complétement autre chose. Mais généralement, j’aimais bien qu’on parte sur un riff (clavier ou gratte) et qu’on le fasse évoluer. Le plus chiant était de trouver dans quelle gamme on voulait faire le morceau, et après on proposait des idées jusqu’à ce qu’un truc nous botte et qu’on veuille bosser dessus. Parfois on proposait tellement de trucs qu’on se retrouvait à changer trois fois un couplet ou un pré-refrain, en passant d’un truc acoustique à un truc de techno boum boum.

Vous avez quel âge, l’un et l’autre ? C’est pas une demande random de wannabe flic, hein… C’est parce que moi j’ai 30 ans, et j’ai commencé à fréquenter le milieu du punk français DIY il y a une dizaine d’années. Et à l’époque, quand je disais que j’adorais Blink ou New Found Glory, les mecs qui traînaient dans ce milieu depuis plus longtemps que moi se foutaient de ma gueule. Le pop-punk était un style décrié, vu comme une extension contre-nature et mercantile du punk tout court… Et j’ai l’impression qu’aujourd’hui, la génération qui a grandi avec ces groupes ayant vieilli, ça a un peu changé. C’est aussi votre avis ? Ou est-ce qu’il vous est arrivé, depuis l’album de Jean_Hub, qu’on vous reproche, d’une façon ou d’une autre, d’appartenir à ce style ?

Jean : Houlà, compliquée la question, héhé ! J’ai 29 ans la semaine prochaine. A Nice, quand j’étais plus jeune, les patrons c’était Freygolo, très pop-punk, très catchy. Donc ici, sur Nice, ça n’a jamais été un problème de faire de la pop, au contraire. Du coup venant de cet environnement où tout mes potes et les gars qu’on voyait aux concerts étaient fans de Blink… je suis mal placé pour répondre à ta question. Pour les vétérans du DIY, je ne sais pas de qui tu parles, héhé, donne des noms un peu ! J’ai jamais été très bon pour comprendre ce qui est punk et ce qui ne l’est pas, mais je crois que Hubert pourra t’aider sur celle-là.

Hubert : J’ai 23 ans, j’écoute Blink depuis le collège, comme beaucoup de mes potes. Je suis plus jeunes que vous, donc les vétérans du DIY, je ne les ai pas fréquentés car je ne vois même pas qui ils sont héhé (déjà c’est quoi ce nom ?! On dirait le nom d’un groupe de pépés qui jouent de la country tous les samedis aux bals musettes avec leurs guitares fabriquées en bois de cagette). Pour ma génération, Blink à toujours été la « base », c’est un peu les patrons, et c’est plus les nouveaux trucs de pop-punk qui peuvent être plus facilement décriés, et encore. Donc oui, je suppose qu’avec les années, ça a bien changé. Moi aussi je traîne avec des personnes plus vieilles que moi, elles ont quelques références qui me touchent moins ou me semblent parfois même obsolètes. Simple question de différence d’âge. Ca les empêchent pas de kiffer les derniers trucs qui sortent. J’ai aussi un peu de mal à te répondre car je ne m’identifie pas vraiment à ta question, personne ne s’est jamais moqué de moi pour ce que j’écoute.

Outre l’influence du pop-punk, votre album se caractérise également par l’importance des arrangements électroniques et du synthé. Là aussi, c’est toujours quelque chose d’un peu sensible, qui fait souvent figure de « blague musicale » dans le punk-rock… À quel point, dans votre duo, ces programmations et ces synthés ont été utilisés sérieusement ? Je pense en particulier au titre final de l’album, le très dancefloorien « Great Year ». Je trouve cette chanson réellement sublime, mais je suis sûr que d’autres y verront surtout une espèce de plaisanterie… Qu’en est-il ?

Jean : Je pense aussi que les claviers dans ce genre de musique peuvent étre assimilés rapidement a des blagues. En ce qui me concerne, j’ai voulu utiliser des claviers et des machines car j’aime ça, je trouve que ça sonne bien, et surtout on peut faire plein de trucs différents avec en bidouillant. Hubert est très fort à ça, ce qui nous a permis de varier les ambiances, ajouter des trucs, jouer sur les sonorités…. En gros, on est très sérieux sur le fait d’utiliser les claviers et des machines, héhé. Pour « Great Year », je crois que c’est notre chanson préférée, on l’a composée alors qu’on faisait des pré-prods de chant au local, et je crois qu’on était bloqués sur un truc. Puis en voulant faire une intro sur « Frank Mikael » je crois, (au final on n’a jamais trouvé de voix dessus), on est partis sur ça, et on s’est dit « whahou trop cool, on va en faire une chanson ». Puis au fur et a mesure que ça avançait, on a voulu faire une chanson de dancefloor à notre sauce, en rajoutant ce coté triste/emo.

Hubert : Honnêtement, ce morceau c’était un véritable coup de bluff, alors qu’il joue un rôle déterminant dans la façon de voir l’album dans son ensemble. On avait composé tout l’album, on était en finitions. Comme Jean l’a dit, on voulait trouver des voix sur l’intro de « Frank Mikael », Jean à posé « You’re just like everyone else » et j’ai rajouté des tonnes d’harmonies à la voix pour rendre le truc catchy, mais rien à faire, c’était nul, j’ai enlevé l’instru et je l’ai remplacée par un orgue. C’était cool et on s’est dit qu’on repartirait pour un nouveau morceau. Et je me rappelle de Jean qui m’a dit « on met un gros kick electro boom boom boom ». J’étais ultra sceptique jusqu’à ce qu’on entende le résultat. « Great Year » était née, on l’a torchée en même pas une heure.
Le soir on faisait une soirée chez Jean et on n’a pas arrêté de la mettre en boucle (au grand désespoirs de nos copines). On trouvait que c’était le truc le plus catchy qu’on ait jamais fait. Paradoxalement, on savait qu’elle était vraiment risquée, c’est pour ça qu’on l’a mise en dernier. C’est sûr que certains la verront comme une grosse blague, ou qu’ils n’y seront pas sensibles compte tenu de son côté pop rengaine assumé. C’est une question de goût et de point de vue, du moment que d’autres (comme toi) ressentent ce qu’on à voulu retranscrire, c’est le principal ! Le plus marrant dans cette histoire, c’est qu’on a passé plus de temps à essayer de trouver une voix catchy sur l’intro de « Frank Mikael » qu’à composer entièrement « Great Year ».
Pour te répondre sur le synthé, pour moi, c’est on ne peut plus sérieux, ça sonne trop bien, pourquoi s’en priver ?! Pour moi, c’est pas parce qu’il y a une guitare crunch crado à la place d’un synthé midi que ça va sembler plus emo. Le plus important c’est la mélodie et les accords, le choix de l’instrument me paraît secondaire.

Étant donnée, justement, la présence des synthés et des arrangements électros, et le fait que vous n’êtes que deux dans le groupe, comment se passent les concerts ? Vous en avez déjà faits, d’ailleurs ? Vous jouez de quoi, sur scène ?

Jean : On a fait seulement deux ou trois concerts, je me rappelle même plus, haha. En gros, on mettait tout sur un mp3 et on faisait les parties grattes et chant ! Les premières répètes ont été assez dures, c’est assez déstabilisant au début de jouer sur une bande-son. En gros on a repris les mix de l’album et on a enlevé les parties grattes qu’on voulait jouer en live… Mais si c’était des trucs trop durs pour nous (jouables en studio en trichant, mais pas en vrai), on les laissait dans la bande-son, héhé.

Hubert : Putain on comprend rien à ce qu’il dit ce mec, on dirait un gros gogol avec ses « haha », « héhé » partout, c’est une interview, merde, pas une conversation msn XD (ndlr : la présence de ce smiley dans cette phrase est pour moi la meilleure vanne de l’interview. Prenez votre temps, on est à l’écrit, relisez-la bien pour vous en imprégner). En gros, en concert on chante, joue de la guitare et un peu de synthé, et tout le reste c’est l’Ipod qui le fait. A la base c’est Jean et moi les deux membres officiels du groupe (d’où Jean_Hub) mais faut avouer que l’Ipod joue mieux que nous en live, du coup on a décidé assez rapidement de le garder dans le line up live. On a même hésité à le laisser jouer tout seul et faire du playback ou aller boire des bières en backstage, mais les gens se seraient sans doute rendus compte de la supercherie.

JeanHubLivePhoto d’archive prouvant que ces lives ont bien eu lieu.

Sur l’un de mes titres favoris du disque, « Drunk But Not Scared Tonight », il y a en featuring quelqu’un qui s’appelle Fluktor. Je n’ai pas réussi à trouver le moindre détail sur lui (ou elle)… Qui est-ce ? Et qu’est-ce qu’il/elle fait sur le morceau, qui sauf erreur ne compte que vos voix ?

Jean : Fluktor c’est un très bon copain à moi, Victor en fait, qui fais de la flûte, et en gros sur le pré-refrain tu peux entendre une partie de flûte, héhé. Mais le jour où on a fais la session flûte il était pas très concentré, il s’amusait à prendre des selfies avec nous, pour ensuite les mettre sur Instagram mais en coupant nos têtes et en ne mettant que la sienne. Je crois que pour lui c’était important d’avoir le contrôle et de montrer qu’il pouvait nous couper au montage. Au final c’est ce qu’on a fait aussi sur le morceau, on a coupé toutes ses parties flûtes et on les a passées à l’autotune pour que ce soit carré et que ça sonne juste.

Avant d’être un CD et une cassette, votre disque est d’abord sorti en digital, et mis en téléchargement « name your price » sur Bandcamp. Question purement business, mais qui m’intéresse d’un pur point de vue « journalistique » (blague à moi-même) : combien y a-t-il eu de téléchargements, et combien d’argent vous a été versé ?

Jean : Hubert te dira ça, j’ai complétement oublié le login et le mot de passe du Bandcamp.

Hubert : Je ne pense pas que ça serve à grand-chose de me loguer sur Bandcamp pour te répondre vu qu’on a certainement perdu tous les lecteurs depuis longtemps avec nos réponses de trente lignes, et au pire, avec cette question dénuée d’intérêt («ndlr» ! Je sais pas ce que ça veut dire mais je vois ça dans toutes les interviews et je trouve que ça fait assez classe, c’est MDR en langage «journalistique» non ?) (ndlr : non). Puisque tu sembles pointilleux sur la compta, voilà les chiffres : 35291 plays, 909 downloads, 123,78 Euros de dons pour « The Distance Between Us » et « The End » réunis. NEXT ! (« ndlr »)

Sur Bandcamp, la formule « name your price » équivaut en réalité souvent à du téléchargement gratuit. Quelle est votre vision là-dessus ? Vous pensez que c’est l’avenir, ou même le présent, des groupes indépendants que d’offrir, littéralement, leur musique ?

Jean : Pour nous le choix n’a pas été trop dur, on a fait un truc gratuit, car ça ne nous a rien coûté de composer et d’enregistrer des chansons vu que c’est Hubert qui nous a enregistrés, qui a mixé et masterisé l’album !

Hubert : Pour moi, le fait de mettre l’album en téléchargement gratuit sonnait comme une évidence, pour les raisons suivantes :
La première et non la moindre, Jean vient de la dire. On n’avait aucun frais de studio donc aucune raison de devoir rentabiliser quoi que ce soit. De plus, c’était le premier album que je produisais, donc le mix est pas franchement d’un niveau pro, j’aurais trouvé ça un peu honteux de faire payer pour ça. Cela dit, j’y ai quand même passé du temps et je trouvais gratifiant le simple fait que pas mal de gens le téléchargent.
Ensuite, il suffit de se mettre à la place des gens en face, ce qui n’est pas compliqué puisque ce sont majoritairement des jeunes comme nous, qui n’ont pas forcément des ronds à claquer dans des mp3 dématérialisés, alors qu’un pote peut leur envoyer. Quand tu kiffes vraiment un album, tu l’achète en skeud ou en vinyle, mais au moins t’as un truc matériel qui te fais pas penser que t’as claqué des sous dans « rien ».
Suivant cette logique, je pense que oui, le fait d’offrir sa musique est presque obligatoire si tu veux éviter que ton album moisisse en streaming sur une page Bandcamp. Le mec qui veut te soutenir en te filant quelques euros est libre de le faire, celui qui veut écouter ta musique par curiosité, sans avoir à payer peut la télécharger gratos… Et qui sait, il t’écoutera peut-être régulièrement sur son Ipod, donc tout le monde est gagnant.

Vous êtes un groupe complètement indépendant, qui n’a a priori que très peu de chances de vivre un jour de sa musique. Pourtant, quand on voit des « artistes musicaux » à la télévision, ils nous parlent toujours de crise du disque, des méchants internautes qui piratent la musique, et de comment c’est vraiment dur en ce moment de réussir à vivre de son art. Mais dans votre cas, « vivre de votre art », c’est une formule qui a un sens à vos oreilles ?

Jean : Pour vivre de mon art, il faudrait déjà qualifier ma musique d’ « art », héhé. Je n’ai jamais voulu que la musique ou un job apparenté à la musique soit mon gagne-pain. J’ai toujours voulu que ça reste un amusement, un passe-temps.
Mais je pense quand même vivre de mon art à ma façon. C’est à dire que la musique est super importante dans ma vie. Composer, surtout, est important pour moi, car au final j’écoute de moins en moins de musique, à part la radio dans la voiture. Mais prendre ma guitare et faire une chanson peut me procurer des sensations, des émotions que je ne peux pas retrouver ailleurs. Du coup je me retrouve avec plein de chansons sur mon ordi, enregistrées à l’arrache, que je sortirai jamais, mais que la plupart de mes bons amis connaissent.
Je préfère largement composer et les sessions studio que répéter et faire des dates, par exemple.

Hubert : La vision de Jean est réaliste, quand tu fais du punk, tu ne penses même pas à espérer vivre de ton art (à part quand t’as quatorze ans et que tu mattes en boucle le clip de « All The Small Things »). Tu fais simplement ça parce que c’est ta passion, et c’est toi qui finances ce kiff plutôt qu’autre chose.
J’ai quand même une vision différente de lui, car il travaille dans la recherche scientifique tandis que moi, j’ai dédié ma future carrière professionnelle à la musique et à l’industrie qui l’entoure. J’ai fait mes études dans une école de son dans le but de bosser dans un studio d’enregistrement et faire des compositions pour des artistes radio, avant de rapidement me rendre compte que c’était vraiment le secteur d’activité de galérien et que j’allais bien en chier.
Pour les gros artistes médiatisés dont tu parles, je ne pense pas qu’ils soient les plus à plaindre, mais je comprends aussi ce qu’ils entendent par leurs difficultés à vivre de leur art. Certes, ça brasse de gros sous, mais il ne faut pas oublier qu’il y a une quantité astronomique d’interlocuteurs au-dessous, et tous les contrats qui vont avec. Producteurs, labels, auteurs, compositeurs, interprètes, musiciens studio, ingés son, arrangeurs, éditeurs, managers… De quoi réellement foutre le vertige. Donc ça semble évident que si tout le monde télécharge, y a beaucoup moins de rentrées d’argent, le producteur récupère le plus gros, et il ne reste plus à l’artiste qu’espérer avoir fait un bon album pour pouvoir le représenter sur scène et récupérer un peu de maille des places de concerts et des t-shirts.
Bon oui je sais, là tu te dis « le mec s’est complètement égaré, il a pas compris la question ». Tout ça pour te dire que moi qui ai pour réel projet d’être un des acteurs faisant partie intégrante de cette chaîne de production musicale, et qui donc, compte vivre de mon « art », je peux effectivement t’assurer que cette formule a du sens à mes oreilles et que c’est plus difficile de nos jours.

Quelle est la suite, pour Jean_Hub ?

Jean : Comme je t’ai dit, on vit maintenant assez loin l’un de l’autre. On va peut-être essayer de continuer à distance, mais je ne sais pas si ça marchera pareil, car généralement les morceaux venaient d’une idée qu’on faisait évoluer à deux, donc on verra.

Hubert : Oui, dès le début du projet, on s’est tout de suite dit que ce serait éphémère, car on savait déjà qu’on devait chacun partir. On parlait de faire quatre morceaux, qui se sont finalement transformés en un album de quinze. On a sortie notre EP « The End » comme notre dernier, et finalement on se tâte à refaire des morceaux. On ne respecte jamais vraiment ce qu’on dit, pas même une date de sortie. Donc effectivement, je pense que ça nous ferait tout les deux super plaisir de pouvoir continuer ce projet à distance, mais on sait que c’est compliqué et fastidieux pour la composition, et qu’on risque de perdre la spontanéité qui caractérise le projet. « On verra bien, hein, hein » (Nefkeu).

Merci beaucoup pour avoir répondu à mes questions, même si avec un an de retard ! Je me répète, mais j’ai adoré votre album et votre EP, pour moi deux des disques des années 2014 et 2015, sans déconner. En attendant de savoir s’ils auront finalement une suite ou non, je vous laisse le mot de la fin.

Jean : Pour le bien de l’interview, je pense que tu peux éviter « le mot de la fin », qui sert généralement aux groupes à juste se branler pour augmenter leurs stats Twitter et Facebook. Merci pour l’interview, tu as été le seul à nous donner cette opportunité, car sûrement le seul à avoir aimé l’album autant que nous. Nous sommes donc au moins trois à avoir écouté l’album et lu l’interview (même si j’avoue que j’ai pas tout lu à ce qu’a répondu Hubert, vu qu’il ma envoyé ses réponses au compte-goutte en messages privés Facebook au lieu de me renvoyer un fichier Word avec toute ses réponses, comme moi je l’avais fait).

Hubert : Jean prétend tout le temps détester les groupes qui font trop de promos sur les réseaux, pourtant c’est quand même lui qui a pris l’initiative de ressortir cette interview vieille d’un an, comme par hasard quelques jours après la sortie de notre nouvel EP. Génie du buzz ou simple escroc, le mystère demeure. Je profite du fait qu’il ne lira pas non plus ces quelques lignes pour vous copier-coller ce lien: http://jeanhub.bandcamp.com/album/the-end
Un grand merci à toi pour ton interview, à tous ceux qui aiment ce qu’on a fait, et comme dirait Canaille : « A+ dans le bus ».

Publicités

Une réflexion sur “Jean_Hub : l’ultime interview ultime

  1. ApuChunk dit :

    I agree! Greatest albums of 2014 and 2015! We need more!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :