No Devotion : « Permanence »

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13 octobre 2015 par Vincent

NoDevotionPermanence   Bon, les gens, plus besoin de chercher, ça y est, on a trouvé le disque de 2015.
Enfin, non, pour être honnête, ça risque de se jouer entre celui-ci et l’album de PNL qui sort fin octobre. Mais comme tous les hipsters se sont déjà jetés sur PNL depuis quelques mois, inutile que je rajoute ma voix illégitime au chapitre. Je vais plutôt me concentrer sur un sujet que je maîtrise mieux, à savoir donc le premier album de No Devotion, « Permanence ».
Je te permets quand même de douter un peu de mon objectivité, vu qu’en 2014, mon album de l’année c’était celui de United Nations, et les deux groupe ayant en commun leur chanteur Geoff Rickly, y a pas mal moyen que je sois en fait une groupie hystérique. Tu me permets quand même de développer ? Merci, c’est généreux de ta part !

   Ne serait-ce que par son parcours, No Devotion est un groupe qui attire forcément l’attention. Regroupant d’un côté le leader dépressif de feu-Thursday, les champions incontestés de l’emo viscéral, et de l’autre les anciens Lostprophets, pas du tout champions du neo-metal chiant, laissés à l’abandon depuis que leur chanteur a décidé de réorienter sa carrière vers le viol de bébés et la prison, ce super groupe avait depuis le départ un côté « entreprise de reconstruction personnelle » qui le rendait intéressant sur le plan extra-musical. Heureusement pour le groupe, le plan musical n’était pas en reste. L’annonce de l’existence de No Devotion s’est effectivement faite via un premier single, « Stay », balancé en guise de bonjour surprise à un internet qui ne s’attendait pas à une telle connexion a priori contre-nature.
Ce premier single, perso, je l’ai adoré direct. Ultra pop sans être débile, dansant sans être joyeux, radiophonique sans être putassier, j’ai eu un sourire énorme dès ma première écoute de ce hit de malade, et aujourd’hui, un an plus tard, je continue à trouver cette chanson absolument parfaite. Jusqu’ici, c’est clairement LE tube pop de la carrière de Rickly, tous groupes confondus.
Cependant, autour de moi comme sur le suscité internet, le single a provoqué des réactions qu’on qualifiera poliment de « mitigées », que ce soit de la part des ex-fans de Thursday comme des ex-fans de Lostprophets. On lui reprochait justement son identité pop, et on y allait gaiement sur les « what the fuck is that shit????!! ». Le fuck qu’est cette shit, c’est que ça tue mais que vous êtes tous trop bornés et stupides pour vous en rendre compte. Mais je ne vous en veux pas, hein, je dis ça en toute amitié.

   Heureusement pour le groupe, dans les mois qui ont suivi, d’autres singles ont été balancés, et ont eux récolté l’adhésion des gens, probablement du fait qu’ils sonnaient un peu plus comme ce à quoi on pouvait s’attendre de la part de l’ancien chanteur de Thursday et des ex-Lostprophets. Tant pis tant mieux, je ne sais pas. Les autres titres sont eux aussi des tueurs d’oreilles, hein, grosse collision maîtrisée entre emo rock et cold wave, mais je reste curieux de savoir ce qu’aurait pu donner un album entier dans la veine de « Stay ». Toujours est-il que je suis un peu le seul dans ce cas, et que No Devotion a commencé à réellement susciter l’excitation avec ses titres suivants. Une excitation qui s’est transformée en impatience chez les emo kids du monde libre lorsque la sortie d’un album a été annoncée. Tant mieux pour eux.

   Ce qui est « tant pis pour eux », en revanche, c’est le scandale qui les a éclaboussés à quelques jours de la sortie dudit album : Collect Records, le label de Rickly sur lequel allait sortir l’album, s’est révélé être financé par Martin Shkreli, le fils de pute de taille XXL qui a récemment racheté le brevet d’un médicament contre le cancer dans le seul but d’en augmenter le prix de cinq cents dollars, s’attirant au passage les foudres bien légitimes de la presse internationale. Pour un punk aux convictions anticapitalistes comme Geoff Rickly, ça la foutait super mal d’être associé à un mec de ce genre. Je vais pas te résumer l’affaire, cet article le fera mieux que moi, mais le bilan, c’est « Geoff Rickly est naïf mais innocent, les liens avec Shkreli ont été coupés, mais quand même, ça fait tache ».

   Bref, c’est devenu officiel : No Devotion est un groupe maudit.
   Ce qui n’a cependant pas empêché leur premier album de sortir… Ni d’être une putain d’énorme tuerie.
Ayant la bonne idée d’être court (11 titres pour trois quart d’heures de musique), « Permanence » se la joue Thursday en ne proposant QUE des titres invincibles, parfaits, qui tous développent une identité propre qui te les imprime dans le crâne dès la première écoute. Zéro remplissage, zéro redite, les mecs ont compris que sur leur premier album, fallait qu’ils fassent une frappe totale et indiscutable. Tout a été donné, tout doit être reçu. Sérieux, je pourrais te faire une analyse titre par titre tellement chacun a un truc précis à dire. Mais encore une fois, Geoff Rickly lui-même l’a mieux fait que moi sur le site du magazine britannique NME, donc le critique se retire et laisse l’auteur parler. Au passage, en cliquant sur le lien, tu pourras aussi écouter l’album en stream.

   Musicalement, putain, c’est une surprise de brute, même si les singles avaient déjà annoncé la couleur. Geoff Rickly a son chant des grands jours, et s’en sert d’une façon purement mélodique, sur toute la longueur du disque (à l’exception peut-être du plus brutal « I Wanna Be Your God », au milieu de l’album, qui rappelle un peu la violence de Thursday), pour la première fois de sa carrière.
Mais finalement, la surprise vient plutôt des ex-Lostprophets. Parce que, je veux dire dire, Geoff, on savait que c’était le meilleur poète de l’emo et qu’il avait bon goût. Les autres, par contre, on pouvait quand même en douter, à l’écoute de la discographie de leur premier groupeMais là, avec No Devotion, putain de sa mère, pardon ! Les gars sont partis très loin du neo-metal pour FM adolescente. En fait, l’influence la plus évidente du groupe, pour moi, c’est The Cure. Merde, le titre « Permanent Sunlight » est presque un hommage avoué, mélodiquement ! En fait, même, si je voulais faire une formule, je dirais que c’est le meilleur titre de The Cure depuis quinze ans (oui, j’adore l’album « Bloodflowers », je ne l’inclus donc pas dans la déchéance du groupe, fermez-la).
Par-dessus cette influence primaire tu rajoutes du secondaire de type Joy Division et The Smiths, t’oublie pas la base emo viscéral apportée par Geoff Rickly, et t’obtiens ce que propose No Devotion. Une recette assez dingue, maîtrisée dans le moindre détail, qui apporte un putain de souffle à cette année musicale que je trouvais déjà plutôt cool.

   « Permanence » est un album sombre et solitaire, qui ne laisse entrer le soleil que par des moyens détournés, le temps de quelques mots ou d’une mélodie tellement cachée derrière les arrangements électros que tu ne la perçois qu’à la troisième écoute. On y ressent surtout la nuit, la douleur, la peur, la mort de l’amour. Mais tout ça se fait dans une simplicité pop incroyable, due je pense à l’expérience des mecs. Il s’agit certes d’un premier album, mais certainement pas d’un premier groupe. Les gars savent exactement où ils veulent aller, ce qu’ils veulent dire, et ils ne perdent pas de temps à tâtonner.
D’ailleurs, le temps, ils ne l’ont probablement pas. Je l’ai dit, No Devotion, c’est un projet de reconstruction personnelle, un peu pour Geoff Rickly qui a vécu pas mal de galères personnelles ces dernières années, et beaucoup pour les anciens Lostprophets, sur le futur musical desquels personne n’aurait parié un centime après l’affaire « Ian Watkins met sa bite dans des enfants d’un an ».
Et à ce titre, j’ai le sentiment bizarre que No Devotion n’est pas un groupe fait pour durer. C’est, je crois, un rebound band, destiné à permettre à ses membres de se retrouver, de se reconnecter à la musique, de se détacher un peu d’un passé qu’ils n’ont pas mérité. Peut-être que je me trompe, hein, et que dans vingt ans No Devotion en sera à son dixième album. Mais je ne crois pas. En fait, je m’attends même un peu à ce qu’il n’y ait jamais de second album. Je ne peux pas l’expliquer mieux que ce que je viens de faire, c’est vraiment juste un sentiment diffus.
   Mais même si les choses se passent ainsi, hé bien, ce sera très bien. J’ai envie que ces gens aillent mieux, et si c’est à ça que peut servir ce groupe, hé bien, j’en serai heureux pour eux. Surtout qu’au passage, ils nous auront livré l’un des meilleurs albums de rock de ces deux dernières années.

   Pour le choper, tu peux aller sur le site de Collect Records. Juré, Martin Shkreli n’y est plus associé, tu peux dépenser tes deniers.

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