Chaviré : « Démo »

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4 octobre 2015 par Vincent

Chaviré-Démo   Je t’ai déjà dit mille fois (enfin, au moins une ou deux, quoi) que j’étais nostalgique de l’âge d’or de l’emo français.
En fait, c’est faux. D’une part, parce que j’ai toujours mes disques, alors il n’y a pas de nostalgie à avoir, si j’ai envie de réécouter les groupes qui y correspondent, il me suffit de ressortir les cd-r d’époque ou les mp3 et rééditions vinyles d’aujourd’hui (oui, il y a une espèce de blague moqueuse dans cette phrase, je confirme).
Et puis, surtout, en fait, je me suis rendu compte récemment, lors d’une discussion à un concert, qu’en vrai, si je suis honnête avec moi-même je ne réécoute à peu près régulièrement aucun des groupes de cette époque, à l’exception d’un seul : les indéboulonnables Amanda Woodward, meilleur groupe de l’histoire du rock français.
Les autres, les Mihai Edrisch, les Sed Non Satiata, les Belle Epoque, c’est des souvenirs agréables, mais en vrai de vrai, ça fait littéralement des années que je n’ai pas eu le moindre début d’envie de me réécouter leurs disques.
Je pense que c’est dû au fait (j’utilise trop l’expression « c’est dû au fait ») que cet « âge d’or » correspondait pour moi à un âge d’or personnel, également. En même temps que je découvrais ces groupes, à la sortie du lycée, je découvrais le DIY, la scène punk, la véritable indépendance musicale et toutes les problématiques politiques et sociales qu’elle véhiculait. J’allais au maximum de concerts où je pouvais aller, j’achetais des démos à la pelle, je traînais sur des forums et je lisais tous les zines qui me passaient sous la main. J’étais jeune, je découvrais, je me passionnais. Et cet état d’esprit allait incroyablement bien avec les élans d’espoir écorché et d’engagement épidermique qui dégueulaient de ce fameux emo à la française, qui a presque fait notre gloire dans la scène punk mondiale au début des années 2000.

   Mais aujourd’hui, dix ans plus tard, je suis moins jeune, et ma découverte de tout ça a depuis longtemps perdu de son odeur de neuf. Et même, allez, disons-le, en vrai, je suis beaucoup moins passionné que je ne l’étais à l’époque. Je ne vais plus que très rarement à des concerts, je ne traîne plus sur aucun forum, et je serais bien incapable de te dire quel groupe DIY agite les squats de France, ces temps-ci. Je garde une vraie affection pour cette scène, mais simplement, elle ne me fait plus vibrer. Je ne lui appartiens plus, elle ne m’appartient plus.
Ce qui ne m’a cependant pas empêché d’écouter la démo des nantais de Chaviré, ni d’en tomber amoureux.
Ok, c’était la transition la plus baisée de l’histoire de ce blog.

   Chaviré, donc, c’est un groupe de Nantes qui a sortie sa première démo cinq titres au début de l’année et qui donne dans l’emo violent, politique et viscéral. Ca c’est pour la présentation officielle.
Pour la présentation officieuse, les mecs (je ne sais absolument pas quelle est la composition de ce groupe, en fait… Peut-être qu’il y a des filles dedans ; pas au chant, en tout cas) donne dans un style rappelant furieusement les groupes suscités, mais avec un son et un sens de la violence mélodique qui rappelle à la fois les papys d’Orchid ou les petits-fils de Touché Amoré, plus près de nous. Bref, c’est du hardcore qui pleure, qui hurle, qui fait beaucoup de bruit sans être bourrin et qui essaie de parler de politique à travers des métaphores poétiques. Bref, c’est de l’emo-violence. On y revient.

   Que ce soit les textes eux-mêmes, la voix qui ne cherche pas à chanter juste et passe plutôt du hurlement au spoken-word, les guitares cristallines et saturées à la fois ou même les titres des chansons (« Je suis Cioran », « Du coeur à l’ouvrage »…), tout fait furieusement penser à ce fameux début des années 2000, à cette époque où j’avais vingt ans et du feu dans le coeur et les oreilles. Sérieusement, si, lorsqu’il m’a parlé de Chaviré, Thibaut du zine La Quatrième Equipe m’avait dit que c’était un groupe de l’époque, je l’aurais cru sans hésiter… A deux réserves près, peut-être : le son, bien plus propre et généreux que celui de la plupart des groupes d’alors, et surtout, le peu de probabilité pour qu’une démo aussi parfaite eût pu passer inaperçue toutes ces années.
Gros doute sur la pertinence du subjonctif passé que je viens d’utiliser.
Parce que ouais, ce que balance Chaviré avec cette première démo, c’est une synthèse parfaite, la version ultimate de l’emo à la française, la distillation la plus intense de ce style super précis. Et ça, je crois que c’est justement dû au fait (putain de merde ! Arrête, avec cette expression !) qu’ils n’ont pas fait partie du truc à l’époque, et qu’ils ont eu dix ans pour le comprendre et l’intégrer.
Chaviré, c’est un groupe qui aurait absorbé tous les autres d’alors, façon Majinn Buu, histoire de devenir l’être suprême.
Bon, ok, j’exagère un peu, après tout, c’est qu’une démo. Mais elle tabasse. Maintenant, va falloir voir la suite. Mais j’ai plutôt vachement confiance, si tu veux savoir.

   La seule question que je me pose, et elle est vraiment sincère, sans sous-entendu, c’est de savoir à qui ce groupe va parler, et par qui il est fait. Je t’ai dit, je ne sais absolument rien des gens derrière Chaviré, pas même leurs prénoms. Mais, pour une raison que je vais peut-être avoir du mal à développer, j’espère qu’ils sont jeunes (les paroles imprécises et un peu naïves me laissent penser que c’est peut-être bien le cas), et qu’à leurs concerts il n’y a pas que des anciens nostalgiques dans mon genre. Vraiment, pour eux, je croise les doigts pour qu’ils puissent faire figure d’inspirateurs et de porte d’entrée à des adolescents, et ne pas être résumé à des madeleines de Proust pour vétérans.
En fait, j’espère que pour ceux qui vont le découvrir, l’emo-violence peut encore avoir un sens en 2015. Je n’en sais rien.

Est-ce que la passion a peur des années ?
Et nos idéaux de se résigner ?
Qu’est ce que je ferai de tous ces disques,
Quand ma crise d’ado sera passée ?
– Paroles tirées du titre « Jeune à en crever »

   Pour télécharger gratuitement cette démo, tu vas sur leur page Bandcamp, comme toujours. Et si tu veux accompagner l’écoute d’un peu de lecture, ils ont également un Tumblr avec deux trois textes qui, eux aussi, m’évoquent mes vingt ans. Salutation à toi, jeunesse DIY de 2015.

   Ah, sinon, j’annonce : on entre dans un cycle « critiques de disques aux pochettes noires et grises ».

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