Cold Cave : « Full Cold Moon »

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30 août 2015 par Vincent

FCM_CCAvertissement : la première partie de cette critique va déborder de superlatifs. Pour te permettre de psychologiquement les anticiper, j’ai pris la liberté de les souligner.

En mai dernier, comme chaque année, j’étais au Groezrock. Le seul vrai gros festival de punk-rock à tenir à peu près la route en Europe, m’est avis. Même Noisey est presque d’accord, c’est pour dire.
Comme pour n’importe quel festival, l’annonce de l’affiche définitive est toujours un peu stressante. C’est vraiment la loterie : une année tous tes groupes favoris seront réunis, te poussant à des choix dépressifs pour savoir quel début de concert tu vas manquer pour assister à quelle fin de quel autre, et l’année d’après, tu ne connaîtras qu’une dizaine des groupes annoncés et tu n’en aimeras pas un seul. Ca fait partie du jeu, et tu pourras toujours te consoler en buvant des bières coupées à l’eau et en regardant la faune locale pour te dire que, décidément, t’es au seul endroit sur terre où les gens peuvent te trouver « assez peu tatoué ».
Cette édition 2015 faisait clairement partie des petites années. Très peu de groupes me donnaient envie de les voir, et j’ai passé les deux jours du festival à « expérimenter », allant de scène en scène pour voir les concerts de gens dont je ne pensais pas grand-chose. Après c’était cool, hein, la bière coupée à l’eau, les gens tatoués, tout ça tout ça.
Mais au programme, quand même, il y avait un groupe qui m’excitait. Un groupe avec lequel j’ai passé le weekend à soûler mes potes. American Nightmare. Un temps nommé Give Up The Ghost. Le champion absolu de ce qu’on pourrait appeler le « negative hardcore », et l’auteur de l’un de mes disques de chevet, « We’re Down Til We’re Underground ». Je t’ai déjà parlé de ce chef-d’oeuvre incontestable ici, donc je ne vais pas trop m’étendre. Sache juste que ce concert était une putain d’énorme boucherie, une monstruosité scénique sans nom, et qu’à lui tout seul il a transformé cette édition assez fade en une tuerie totale. En plus, c’est le dernier concert qu’on a vu, ayant eu, mes potes et moi, le bon goût de snober Refused, qui bouclait le festival. La nuit était tombée, avec elle notre moral, et la place était nette pour qu’American Nightmare nous parle de violence, de désespoir et de solitude. Ils l’ont fait avec une maestria qui résonne encore dans mes oreilles. Je te laisse juger par toi-même de l’épiphanie suicidaire que tu as ratée.

   Forcément, après avoir assisté à cette sublime démonstration de dépression musicale, mon amour pour ce groupe n’a fait que se renforcer. A tel point que je me suis enfin décidé, en rentrant chez moi, à rattraper mon retard et à me pencher sérieusement sur Cold Cave, le projet solo de Wesley Eisold, le sur-charismatique chanteur d’American Nightmare.
« Full Cold Moon », dont il sera question ici, est son dernier album en date. Sorti il y a trois mois, il compile des singles enregistrés séparément au fil de ces dernières années. Allons-y.

   American Nightmare donne dans la violence musicale la plus totale et viscérale. Cold Cave, au contraire, est exactement ce que son nom laisse penser : un projet de cold wave aux très forts accents gothiques, qui mêle principalement claviers macabres et voix froide et grave. Pense à Joy Division, rajoute une production volontairement cheap, genre directement sortie du Mac, et tu ne seras pas trop loin du résultat.
Malgré le fait qu’Eisold fait beaucoup de concerts sous le nom de Cold Cave, il a toujours dit que ce projet était pour lui une espèce de journal intime musical, un truc qu’il faisait tout seul dans son appart, face à son écran au milieu de la nuit. Une mise en son de ses démons, tu connais l’idée.
Electro froide, voix robotique, claviers répétitifs et mixage qui écrase les sons, on est vraiment en plein dans la musique pour danceclubs gothiques.

   Et c’est là que cet article va toucher à ses limites, parce qu’en fait, Cold Cave appartient à un genre que je n’aime pas vraiment, et même, que je ne comprends pas vraiment. Je n’en ai pas les tenants et les aboutissants. Pour moi, tous les albums de cold wave se ressemblent, je ne fais pas la différence d’avec la dark wave, et globalement, ça ne sonne à mes oreilles que comme un truc froid, sans âme, qui ne ressemble au mieux qu’à la bande-son d’un film d’horreur un peu gênant. Je ne ressens pas grand-chose, à l’écoute de ce disque, pas plus qu’à l’écoute de tous les autres albums du genre sur lesquels mes oreilles ont un jour pu se poser.
En fait, je n’arrive jamais à prendre au sérieux ces voix théâtrales, à trouver viscérale cette musique clinique… Eisold a beau parler de journal intime musical, j’entends ici mille fois moins de passion et d’émotion que chez American Nightmare. Mais en fait, je n’essaie pas de remettre en cause sa sincérité, juste… Ouais. C’est vraiment un genre que je ne comprends pas. Du tout. Partout j’ai l’impression d’entendre et de voir de la pose, des attitudes travaillées au millimètre près. Et je crois que je me trompe, mais je n’arrive pas à faire autrement.

   Pourtant, putain, j’aurais vraiment voulu l’adorer, ce « Full Cold Moon »… Déjà, parce que Wesley Eisold. Cette présence hypnotique sur scène, ces paroles sublimes qu’il lâche autant ici qu’avec American Nightmare… Sérieusement, c’est là la seule force que je reconnais sans problème à ce disque : tu peux simplement lire les paroles, sans la musique, et c’est comme si tu te faisais un recueil de poésie, et pas parmi les plus merdeux.
Et puis en plus, ça aurait été cool pour ma crédibilité, d’aimer Cold Cave. Je t’en parlais dans mon précédent article, mais il existe clairement plusieurs catégories de groupes, lorsqu’il est question d’assumer ou non ses goûts musicaux. Et pour une raison ou une autre, Cold Cave appartient à la catégorie « foutrement respectable ». Que ce soit Pitchfork ou n’importe quel autre site pour moustachus à baskets, ils kiffent tous d’amour.
Donc ouais, vraiment, j’aurais aimé pouvoir dire que c’est mon disque favori de 2015 ou je ne sais pas quoi. Ca aurait fait de moi quelqu’un de plus classe. Mais non. Même pas presque. C’est juste un disque auquel je ne pense pas quand je l’écoute. Un disque, donc, que très bientôt je n’écouterai plus.

   Si toi, par contre, t’es du genre « gothique à synthé », peut-être que tu devrais aller checker le site d’Heartworm Press, la maison d’édition de Wesley Eisold. Tu pourras y choper la version CD de l’album. Si t’es plutôt vinyle, c’est chez Deathwish que ça se passera. Et dans tous les cas, tu peux au moins regarder le clip du titre « Black Boots », réalisé par Slava Tsukerman, l’auteur malade du film « Liquid Sky ».
Oh, tiens, pendant que j’y pense, autre bizarrerie : le titre d’ouverture, « A Little Death To Laugh », sera présente dans le jeu vidéo « Tony Hawk Pro Skater 5 ». Il ne s’agit pourtant pas exactement de ce à quoi je pense quand on me dit « bande-son pour skater », mais enfin, nous sommes en 2015, j’imagine…

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