Tom DeLonge : « To The Stars… Demos, Odds and Ends »

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13 juin 2015 par Vincent

tom-delonge-to-the-stars-album-cover   Coupons court aux espoirs fous : ce premier disque solo de l’ancien guitariste-chanteur de blink-182 est exactement ce qu’il dit être. A savoir une collection de démos pas vraiment bouclées qui n’auraient jamais dû sortir du studio dans cet état. C’est un disque probablement vite enregistré (certaines pistes semblent réellement ne pas avoir été finies, pas même par-dessus la jambe), vite écouté (seulement huit titres), vite oublié. Une seule des chansons ici présentes (le tiède « New World ») a été composée spécialement pour ce projet, tout le reste étant de la chute de studio et de l’inachevé originellement destiné à un album de blink qui ne verra jamais le jour.
Et c’est ce point précis qui fait de « To The Stars… » un disque qui mérite que je lui consacre un article, et peut-être même un long, malgré son inutilité musicale quasiment revendiquée.

   Ca m’a pris du temps pour le comprendre, mais je crois bien que blink-182 a été le groupe le plus important de ma vie d’auditeur. Pas mon favori, non, même s’il doit être dans le top 10 ou 20, mais le groupe qui a finalement le plus orienté mes goûts, le groupe qui m’a ouvert la porte menant à la plupart des trucs que je kiffe encore aujourd’hui, que ce soit le pop-punk évidemment, ou plus largement la pop culture américaine. Mon goût immodéré pour la Californie doit probablement autant à Buffy qu’à blink-182.
Au lycée, ils étaient, presque malgré eux, presque malgré moi, des genres de modèles bizarres et dysfonctionnels. Ces trois losers autoproclamés qui parlaient avec un même sourire débile de leur envie de se faire sucer ou du mal-être adolescent… C’est dur de mettre exactement le doigt sur le truc qui a fait de ce groupe ce qu’il a été, mais, ouais, pour moi comme pour des millions d’autres ados du début des années 2000, blink-182 a été quelque chose d’important, qui signifiait réellement un truc, quoi qu’aient pu en penser nos parents, quoi que peuvent encore en penser les gardiens du temple punk.
Je connais quand même l’histoire de cette musique, et je sais bien que blink-182 a été l’un de ses corrupteurs, que c’était « un groupe commercial », tout ça tout ça… Mais je ne vais pas faire semblant d’avoir vécu une époque que je n’ai même pas connue de loin. Pour moi, blink-182 a été ma rencontre avec le pop-punk, et encore aujourd’hui, il en est mon référent. Et justement, le pop-punk, je te l’ai redit récemment, mais c’est ma musique favorite, au monde. Réellement. C’est avec elle en tête que j’aborde les autres styles, les autres scènes.
Alors oui, ado du début des années 2000, le pop-punk, blink-182. C’est comme ça.

BlinkBeachY avait aussi une forte connotation crypto-gay,
comme l’analyse ce très cool article.

   Aussi, lorsqu’en janvier dernier j’ai appris que Tom DeLonge se faisait virer du groupe, ça m’a fait un truc. Je n’ai pas été « peiné » ni rien, hein, de toute façon blink est sous respirateur artificiel depuis des années, mais j’ai suivi l’affaire avec intérêt, en me faisant de grosses séances de cliquages de liens. Pour un fan du groupe, ça n’a pas été joli à voir, même si ça a été très drôle : chacun des membres y est allé de sa petite crotte de nez balancée aux autres, ça a ressorti les vieux dossiers, les « c’est pas moi, c’est lui », et globalement j’ai eu l’impression de voir des lycéens s’insulter. D’une certaine façon, c’est réconfortant de voir que leurs millions ne les ont pas rendus beaucoup plus matures.
La conclusion de l’histoire, tu la connais comme moi : Tom est débarqué du groupe pour ne pas avoir été assez investi dans sa reformation, et Mark et Travis continuent avec Matt Skiba d’Alkaline Trio comme guitariste intérimaire.
Dans les semaines qui ont suivi la séparation, quasiment tous les fans se sont rangés du côté de Mark et Travis, l’attitude mégalo, limite dingo, de Tom n’aidant pas à vouloir le soutenir. Et puis, en plus, j’imagine que pas mal de gens se sont dit qu’une espèce de super band réunissant les deux tiers de blink et le chanteur d’Alkaline Trio, ça pouvait donner lieu à un truc sympa. Moi-même, pendant longtemps, j’ai suivi ce mouvement.

   Ce n’est désormais plus le cas. Ce n’est pas « To The Stars… » qui m’a convaincu, hein, je t’ai déjà dit tout le désintérêt que je lui portais. C’est plutôt que j’ai pris le temps de réfléchir un peu au chemin qu’ont pris les trois anciens membres du groupe depuis le hiatus de celui-ci en 2005.
Travis Barker a continué à faire du mercenariat en jouant de la batterie dans la moitié des disques américains sortis ces dernières années. Ah, et il a aussi participé à une émission de télé-réalité.
Mark Hoppus, qui apparaît aujourd’hui comme le mec sain du trio, a sorti un album avec le groupe +44. Album sur lequel le batteur était Travis, et dont la musique ressemblait énormément à celle de blink. C’était juste un an après la séparation, et depuis, pas grand-chose avant la reformation de 2009.
Et Tom DeLonge, lui… Il a crée un groupe appelé Angels and Airwaves (AVA), avec lequel il a sorti cinq albums, réellement différents de ce que blink faisait. Il a aussi écrit un livre pour enfants. Il a réalisé un long-métrage d’animation accompagnant la musique d’AVA. Il a bossé sur un comics. Il a crée une marque de vêtements. A tenu pendant quelques années un site sur l’ufologie. Bref, il a fait des trucs. Plein.

   Et, également, ce qu’il a pas mal fait, pendant ces quelques années, ça a été être insupportable en interviews. Prétentieux, gonflé d’une ambition frisant le grotesque (je me souviens qu’au début, il parlait d’Angels and Airwaves en disant que ça allait être le groupe de rock le plus important depuis Pink Floyd), incompréhensible dans ses délires artistiques… Pendant longtemps il ne m’a inspiré que mépris. C’était donc pour ça que blink avait explosé ? Pour lui permettre de laisser libre-cours à l’obésité de sa vanité ? En plus, cette attitude se doublait d’un conspirationnisme aussi effréné que comique, qui l’a motivé à affirmer qu’il était surveillé par la NASA, la CIA, et probablement deux ou trois civilisations extraterrestres différentes.
Rajoute à ça le fait que la musique d’AVA ne m’a jamais vraiment convaincu, et t’as le pourquoi de mon rangement instinctif du côté de Mark et Travis en janvier dernier.

Tom DeLonge evolutionEtude scientifique sur l’évolution du DeLonge sauvage à travers les époques.

   Et pourtant, avec quelques mois de recul en plus, je suis obligé de revoir mon jugement.
Parce que, je l’ai dit, des trois, Tom est réellement celui qui a fait quelque chose, après blink, quoi qu’on puisse penser du « quelque chose » en question. Les deux autres n’ont fait que vivre sur leur patrimoine, sans jamais chercher à explorer quelque nouveau territoire que ce soit. Et même dans blink, contrairement à ce qu’on lui a reproché… Que ce soit le chef-d’oeuvre éponyme de 2003 ou l’album de la reformation de 2011 (« Neighborhoods », moins pourri qu’on a bien voulu le dire), le songwriting de Tom était omniprésent, là encore quoi qu’on puisse en penser. On peut légitiment regretter le blink des débuts, mais celui de la fin était majoritairement dirigé par Tom. Et moi je l’aimais beaucoup aussi, ce blink-là.

    On peut l’entendre dans les disques d’Angels and Airwaves, s’en rendre compte dans ses multiples projets mégalos : des trois membres du groupe, Tom est celui qui est le plus clairement un « artiste ». Quelqu’un qui cherche à expérimenter, à faire évoluer sa musique, qui a pour elle de vraies ambitions de forme et de fond. Est-ce que c’est souvent fait maladroitement ? Evidemment. Est-ce que le résultat est probant ? Rarement. Est-ce qu’on peut croire une seule seconde à sa promesse (véridique) de sortir quatre albums et quinze livres rien que cette année ? Ahah.
Mais tout ça n’a pas vraiment d’importance, en fait. Parce qu’il essaie. Il croit à ce qu’il fait. Il avance. Contrairement à 95% des musiciens de la planète, il essaie de faire des trucs inédits, de changer la musique. De telles ambitions l’exposent évidemment au ridicule et à l’échec continuel, surtout compte tenu de ses talents tout de même limités, mais, ouais, il essaie. Et c’est déjà mieux que presque tous les autres.
Il essaie, et puis, aussi, il vieillit. Ca s’entend davantage avec AVA que sur « To The Stars… », mais Tom a depuis longtemps accepté d’être adulte. Ca ne rend pas sa musique meilleure, mais ça lui permet d’être toujours sincère.
En janvier dernier, Mark et Travis ont continué sans lui. Leur première décision a été d’embaucher le premier type qui passait pour le remplacer et de faire des concerts best of. Tom, de son côté, a réagi en sortant presque immédiatement « To The Stars… » et en annonçant dans la foulée deux albums d’AVA et la publication d’une série de romans, de comics et de films entremêlés racontant une même longue histoire conçue par ses soins.
Sous cet éclairage, « To The Stars… » n’apparaît soudain plus comme un simple disque de démos, mais plutôt comme un coup de balai, un vidage de tiroirs nécessaire à un déménagement définitif. Un « au revoir » en forme de majeur dressé à ses deux anciens potes. A une partie de sa jeunesse, peut-être. A une partie de la mienne, en tout cas. « Look to the past / And remember and smile / And maybe tonight / I can breath for awhile ».

   J’en suis persuadé : blink-182 ne sera désormais plus qu’un groupe de festivals, destinés à faire sourire les trentenaires nostalgiques et à toucher des cachets indécents. Peut-être sortiront-ils de nouveaux albums, ce dont je doute un peu, mais ils n’intéresseront de toute façon personne, et tout ce qu’on voudra toujours d’eux, ce sera simplement entendre « The Rock Show » une énième fois. Et ils se plieront à notre envie sans rechigner, parce que ce sera leur seul et unique travail. Et pourquoi pas, après tout. Mais au final, même s’il continue à légalement exister, blink-182 est un groupe du passé.
Tom DeLonge, lui, a décidé de rester dans le présent.
Ou encore : Mark et Travis voulait entretenir la marque blink-182. Tom voulait composer de la musique. Ca revient au même.

   J’étais un ado, au début des années 2000. Le pop-punk et blink. La voix de robot de Tom, leur apparition dans « American Pie », leurs interviews aux allures de sketches dans Rock Sound, leur nom écrit au stylo sur mes tables de cours, l’odeur de lycée américain qu’ils dégageaient, « Enema of the State » qui tourne dans mon discman… Ca avait du sens.
Etrangement, ça en a toujours.
Alors, avec cinq mois de retard : hastag GoTeamTom. Juré, la prochaine fois je te jugerai sur ta musique, mais pour ce coup-ci, t’as mérité un laissez-passer.

   Putain, j’ai trente-et-un ans et je viens d’écrire presque deux mille mots sur le clash de blink-182… Qu’ai-je donc fait de ma vie, bordel ?!

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7 réflexions sur “Tom DeLonge : « To The Stars… Demos, Odds and Ends »

  1. vimaire31385 dit :

    Un peu dur avec Barker. On ne peut pas dire qu’il n’ait fait que capitaliser sur la marque Blink : outre le fait qu’il a co-fondé the Transplants (dont le 1er album est une tuerie absolue, et verse pas tellement dans le pop-punk), il s’est pas mal éloigné du genre sur ces disques de « mercenaire » : clairement, il s’est clairement parti dans le hip-hop… Sur ses disques solos aussi d’ailleurs.

    • Vincent dit :

      Je suis en fait d’accord avec toi. C’est plus Mark Hoppus que « j’accuse » (toutes proportions gardées, hein) de capitaliser sur Blink, dans le sens où il n’est, créativement, que ça, au final. Même +44 n’était qu’une extension de Blink, musicalement.
      Travis, en effet, est finalement le plus polyvalent et expérimental des trois. Et factuellement, Blink n’est en fait qu’un autre de ses « contrats de mercenaire ». C’est simplement celui qui lui a rapporté le plus, mais pas forcément celui qui le définit le mieux, musicalement. Et je suis d’accord aussi là-dessus : le premier album de Transplants est une tuerie, c’est sans débat.
      Egalement, merci d’être passé ici 🙂

      • vimaire31385 dit :

        De rien, je te lis depuis des années, mais comme j’avais rien de bien passionnant à dire, j’éviter de commenter. J’aurais peut-être dû le faire plus souvent, juste pour dire que j’apprécie énormément ton blog et ta façon d’écrire, même si en général je connais pas la moitié des groupes dont tu parles 😀

        Je sais pas trop comment analyser le fonctionnement du groupe en fait. J’ai toujours eu tendance à préférer Mark, tant au niveau du chant que de l’attitude générale (le mec sain, comme tu dis, c’est ce qu’il dégage) et Travis, parce que ce mec a un talent de malade (et peur de rien niveau capillaire). La voix de DeLonge me les casse un peu.

        +44 était juste, à mon avis, un retour à ce qu’il aime : du pop-punk simple et mélodique (c’est un énorme fan des Get up kids, entre autres), alors que l’album « Blink 182 » était très, très marqué par le songwrinting de Tom. C’est clair que Tom est celui qui bouge le plus… mais pour quel résultat :-/ On va voir ce qu’il nous sort.

        Par curiosité, Fenix TX, groupe qui gravitait autours de Blink, ça te parle ?

      • Vincent dit :

        Non mais carrément, pour Tom ! Je le dis dans l’article, je crois, mais musicalement, que ce soit cet « album » solo ou ce qu’il fait avec AVA, ça ne m’a jamais passionné. Au sein de Blink, par contre, ça dépend vraiment des titres. Sur Enema ou Take Off, je préfère les chansons de Mark, mais sur les deux derniers albums, je suis plus du côté de Tom. Bref, drama de fanboy classique, quoi !
        Et oui, je connais Fenix Tx ! Leur album « Lechuza » est clairement un monument du pop-punk, à mes oreilles. Je les ai vus en concerts il y a genre trois ans, c’était bizarre. Le groupe n’a aucune actualité depuis le début des années 2000, et pourtant il tourne toujours, avec les mêmes chansons… C’était un concert assez cool, réellement, mais il y avait un côté étrange à les voir au présent !
        Et, à nouveau, merci de lire ce que j’écris, vraiment 🙂

  2. vimaire31385 dit :

    My Pleasure 🙂

    Sauf à ce que tu parles d’un concert en province ou à l’étranger, on était tous les deux au Batofar je pense 😉 Super concert effectivement, mais ça faisait tellement mal au coeur de les voir vendre eux-même leur merchandising… En plus c’était flagrant : il n’y avait aucun collégien ou lycéen, que des types entre 25 et 30 ans, qui avaient grandi avec Lechuza quoi, et qui venaient les voir en se souvenant encore de toutes les paroles. Un peu triste, mais j’avais ensuite taillé une bavette avec le chanteur et le guitariste, et ils étaient vraiment super.

    Merveilleux Lechuza. Niveau actualité c’est clair que c’est mort. Salazar nous avait annoncé après le concert qu’il fallait suivre son nouveau groupe, Denver Harbor, mais lui non aussi est sous les radar depuis des plombes. Enfin bon, il nous reste Lechuza, et l’album de Denver Harbor dont j’ai parlé ici : http://nohippynohipster.blogspot.fr/2014/02/denver-harbor-scenic.html#more

    Mais je doute que ça t’apprenne quelque chose 😉

    • Vincent dit :

      C’était effectivement le concert du Batofar 🙂 La réunion des anciens combattants !
      Et oui, je connais effectivement l’album de Denver Harbor. Très bon disque, plus surprenant que Fenix Tx au niveau des influences, mais évidemment sans le côté culte… Ce projet était vraiment sorti dans la discrétion la plus totale, j’ai l’impression. Ca fait des années que je n’y ai pas reposé une oreille… Tu m’as donc donné ma playlist de ce matin, merci !

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