The Get Up Kids : « The EP’s: Red Letter Day and Woodson »

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9 avril 2015 par Vincent

TGUKEPS   C’est à nouveau cette période de l’année. De manière paradoxale, avec les beaux jours revient toujours la nostalgie. En hiver je suis simplement sombre, limite dépressif, mais pas spécialement nostalgique. Hargneux, renfermé, rien de plus. Mais au printemps, c’est tous les ans pareil. Je me mets à repenser au lycée, à me mater de vieux épisodes de Buffy, à avoir envie d’appeler des potes pas vus depuis trop longtemps et à retourner dans la ville où j’ai passé mon adolescence.
Je ne sais pas si c’est étrange ou non, mais j’aime ce sentiment. Je n’ai absolument rien contre la nostalgie, je l’accueille toujours avec le sourire. C’est une vieille pote, on se connaît bien. Avoir des souvenirs agréables. C’est chouette, quand le présent pue la merde.
Ce double EP de The Get Up Kids fait partie desdits souvenirs agréables. Je me souviens l’avoir acheté à la fin de mon année de terminale, au Virgin Megastore des Champs-Elysées (repose en paix). Comme il a fait super beau aujourd’hui, j’ai eu envie de le réécouter. Et une envie en amenant une autre, j’ai eu envie d’en parler un peu. Accroche-toi, ça va être un texte un peu décousu.

   A l’époque, ma seule vraie source d’inspiration concernant la musique, c’était le magazine Rock Sound. J’en ai déjà pas mal parlé ici, et puis avec l’une des journalistes d’alors. Internet fonctionnait encore en 56Ko/s et AOL nous limitait à cinquante heures par mois, et de toutes façon Myspace n’existait même pas encore. De temps en temps j’allais quand même chez Fabien, dans les hauteurs de la ville… Il avait une meilleure connexion que nous, et il lui arrivait de télécharger des clips, chose qui me paraissait complètement dingo. 2001, les gars.
Toujours est-il que, ouais, Rock Sound. Je ne vais pas te refaire l’histoire encore une fois, mais réellement, c’est avec le recul que je réalise à quel point ce magazine était grand. C’est grâce à lui, uniquement grâce à lui, que j’ai découvert tous les groupes qui ont forgé le chemin que j’ai suivi. Alors ouais, ok, ils mettaient tout le temps Deftones ou Muse en couverture, mais merde, à l’intérieur, Thursday, The Ataris, The Get Up Kids, Saves The Day, Boy Sets Fire, Give Up The Ghost, Face Tomorrow… C’est à ce magazine et à lui seul que je dois ces découvertes. Rien qu’à l’évocation de ces noms me reviennent les bordures orange des pages « punk hardcore » et les signatures d’Olivier Portnoi et de Franck Frejnik.

   Je n’avais pas encore vingt ans, à l’époque, pas même dix-huit au début, et ces années de découverte permanente se sont accompagnées d’un sentiment aussi jouissif qu’aujourd’hui complètement disparu : l’impression d’être là où personne d’autre n’était. De tracer un chemin aventureux, seul avec mon discman sur les oreilles. Sans rire, quand j’achetais des disques de ces groupes et de mille autres, j’avais l’impression d’être le seul en France à en avoir ne serait-ce qu’entendu parler. Ceux de mes amis qui écoutaient du rock en étaient globalement restés au neo metal, et du moins au début, c’est réellement en toute solitude que je suis devenu fan d’emo et de hardcore.
Et c’était génial.
Je pouvais complètement m’imprégner des paroles, faire miens les look des groupes, adopter leur vision de la vie, remonter à mon rythme leurs discographies… Tout le monde s’en foutait complètement, ils n’avaient absolument aucune portée médiatique, ils étaient à moi, j’en faisais ce que je voulais. Alors j’en ai fait une bande-son pour accompagner les derniers mois du lycée et les premiers de la fac. J’ai coupé mes dreads et j’ai teint mes cheveux en noir. J’ai fait des mixtapes pour des filles que je ne connaissais pas. J’ai été voir des concerts dans des squats, j’ai découvert tranquillement tout un monde, seul, en rebondissant de disque en disque grâce aux listes de remerciements qu’ils contenaient, grâce aux splits, aux labels, grâce à Rock Sound, encore, toujours. C’était une belle époque, et quand j’en invoque les souvenirs ils me semblent avoir tous été ensoleillés. Comme un mois de mai qui aurait duré trois ans.

   Je n’ai plus ressenti ça depuis des années.
Maintenant j’ai depuis longtemps des amis qui écoutent la même musique que moi, et avec lesquels on discute régulièrement de nos dernières découvertes. Et puis je reçois internet par la fibre et je ne suis plus limité à cinquante heures par mois. Alors quand je découvre un nouveau groupe et que je vois qu’ils ont déjà dix mille followers sur Twitter, je me dis que j’arrive trop tard. Même quand un album me plaît, c’est plus froidement. J’analyse d’instinct la manière dont le groupe se présente, je repère les influences dès la première écoute, je prends du recul.
J’en écrit parfois un texte stupide sur mon blog.
Je ne crois pas que ce soit le monde qui ait changé. Je suis sûr qu’il existe encore un peu partout des ados qui, assis au rang du fond de la salle 201 de leur lycée, écrivent des noms de groupe inconnus même de leurs potes dans la marge de leur cours de maths. Internet n’a pas tué ça. Tout comme internet n’a pas tué les groupes sincères qui se contentent de faire une musique à l’odeur de tripes.
Non, ce qui a changé, c’est moi. J’ai vieilli, j’ai approfondi ma connaissance de la musique, et l’émotion que je regrette, c’est celle de la découverte, de ce mélange d’enthousiasme et d’espoir que j’avais à la fin de mon adolescence. Ca ne reviendra pas.

   J’ai un souvenir précis, lié à ce disque qui regroupe les deux premiers EPs de The Get Up Kids.
Ca doit se situer à la fin de ma première année de fac. Juin, peut-être. C’est encore un souvenir ensoleillé. J’étais invité à la soirée organisée par un ami, qui habitait alors dans l’un des nombreux quartiers pavillonnaires de notre ville. Pour une raison ou une autre (probablement le fait qu’à l’époque j’étais straight edge et n’envisageais pas avec joie l’idée de passer la soirée sobre entouré de gens bourrés), je n’étais pas surmotivé par la soirée. Ca n’avait rien à voir avec l’ami en question, c’était juste moi qui m’amusais à me faire un film, à mettre en scène mes émotions vis-à-vis de moi-même, je crois. Toujours est-il que vers vingt heures, sous ce génial soleil orange de fin de journée d’été, je traînais seul dans son quartier, sans vraiment vouloir me pointer à la soirée. J’hésitais, ou plutôt, je faisais mine d’hésiter en sachant que de toute façon je finirai par y aller.
Mais pour me faire croire que tout restait possible, je me suis un moment allongé sur un énorme bloc de béton qui barrait aux voitures un chemin piéton, près de chez mon pote. C’était vraiment à la limite de la ville, entre une espèce de parc et un magasin d’électroménager. Au-dessus de ma tête, le soleil couchant pleuvait entre les feuilles des arbres, et au loin, les employés du magasin étaient en train de baisser les rideaux de sécurité. Peu de voitures circulaient. Et dans mes oreilles, tournant à fond dans mon discman, en boucle, trois ou quatre fois à la suite, « Off The Wagon », le dernier titre de ce disque. Le plus excité, aussi. Un hymne emo-pop immortel, qui n’a rien perdu de sa superbe, même en 2015. Mais peut-être que c’est la nostalgie qui me fait parler. Il a fait beau, aujourd’hui.
C’est un chouette souvenir. J’ai eu l’impression de redécouvrir la chanson, de la sentir presque physiquement couler en moi. Quand je me suis senti prêt, je me suis levé et j’ai rejoint la soirée. Elle aussi, elle m’a laissé un chouette souvenir.

   Concernant le disque ? Oh, ça va ! The Get Up Kids sont parmi les groupes les plus importants de toute l’histoire de l’emo, et si vous êtes ici, c’est que vous les connaissez déjà. Pas la peine de ressasser les mêmes vieilles histoires.
N’est-ce pas ?

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Une réflexion sur “The Get Up Kids : « The EP’s: Red Letter Day and Woodson »

  1. Josh dit :

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