United Nations : « The Next Four Years »

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10 août 2014 par Vincent

United Nations   Avant-propos : pour une fois le magazine Pitchfork a été dans le vrai, en laissant le journaliste Jayson Greene écrire une critique extrêmement complète et analytique de ce disque. Il y est dit, dans cette critique, absolument tout ce que je voulais dire dans la mienne, et je t’encourage donc à la lire immédiatement si tu es anglophone. Il t’y sera expliqué le concept à différents degrés de lecture qui sous-tend ce disque, et il t’y sera dit à quel point ce deuxième album de United Nations est un chef-d’oeuvre tel que le punk qui fait mal aux oreilles n’en avait pas connu depuis longtemps. Le chef-d’oeuvre dont le punk avait besoin, en fait.
Donc, fort logiquement, il est à prévoir que le punk le jettera aux orties avant de l’écouter et se concentrera plutôt sur l’organisation d’un énième concert DIY dans un squat qui pue la bière pour des groupes qui sortiront deux 7″ d’une banalité affligeante avant de disparaître dans la nature.
Donc, vu que le taf a été fait par Pitchfork, je vais passer sur l’état civil du disque en quelques lignes, et surtout m’atteler aux raisons pour lesquelles je l’écoute dix fois par jour depuis trois semaines.

   United Nations (oui, c’est leur vrai nom, oui, ils ont eu des problèmes légaux avec les vraies Nations Unies) est un all-star band américain dont les membres sont semi-anonymes (jamais crédités dans les disques, souvent masqués sur scène), mais dont on sait qu’ils ont à voir avec Glassjaw, Converge ou Pianos Become The Teeth. Le projet est mené par Geoff Rickly, ex-chanteur de feu Thursday, actuel chanteur de No Devotion et idole de l’auteur de ces lignes.
« The Next Four Years » est leur second album. Et c’est surtout un album-concept, qui retrace la discographie d’un groupe fictif appelé… United Nations, et qui aurait officié entre 1981 et 2016. L’objet lui-même souligne ce concept, puisque l’album est vendu sous la forme d’un paquet contenant des coupures de presse, une cassette audio, deux 7 » et un 10 ». Aussi inutilement collector qu’artistiquement génial. Le propos général des paroles et de l’album en lui-même est de remettre en cause à la fois le mercantilisme du punk et son obsession anti-mercantile. De critiquer le côté « évidence basse du front » des paroles généralement en vigueur dans ce courant tout en se moquant dans le même temps des velléités artistiques d’une musique qui n’est pas de l’art au sens classique du terme. Bref, thématiquement, ça tire dans tous les sens sans compter les balles.
Et musicalement, c’est de l’emo sur-violent, qui hurle pendant une demi-heure, joue avec des instruments ultra saturés et flirte très régulièrement avec le grind le plus casseur de crânes qu’il soit. Clairement un disque qui fera dire à tes collègues que « t’écoutes quand même de la musique de fous, toi… ».
C’est, de très loin, le meilleur disque que j’ai écouté cette année. Ou même l’année dernière.

   Depuis quelques mois j’en ai marre du punk-rock.
Je sais, je sais, c’est un peu bizarre comme phrase, mais c’est la vérité. Je n’ai plus d’envie de nouveaux groupes, plus envie de m’enthousiasmer pour des disques « sympas », plus envie de me retrouver à penser du bien d’un groupe pour la seule raison qu’il serait sincère. Je m’en fous que les groupes soient sincères. J’ai déjà plein de disques très bien faits par des groupes sincères. J’ai pas besoin d’en écouter encore cinq cents autres.
Ca fait des semaines et des semaines que je n’écoute pour ainsi dire plus que Thursday, HORSE the band, Tegan And Sara, Soap&Skin, Fireworks, les Casseurs Flowters, l’album éponyme de blink-182 et les titres « Smarter » et « Ambulance » d’Eisley. Tout le reste, j’écoute une fois, j’aime bien, ça me fait sourire, et puis je ne réécoute plus jamais.
Oh, ça me passera sûrement, mais en ce moment, j’en peux plus de « découvrir des nouveaux groupes ». J’ai l’impression d’entendre toujours les mêmes choses, justifiées par les mêmes arguments. « C’est sincère ». « C’est une musique de l’urgence, de l’impulsivité, de la jeunesse ». « Ca fait bouger la scène ». Moi-même je dis ces phrases à longueur d’articles.
Mais là tout de suite, que la scène crève, et la jeunesse et sa prétendue sincérité avec. Toutes vos chansons on les connaît déjà avant qu’elles aient commencé, et votre « sincérité » ne consiste qu’à écouter des groupes qui n’ont comme seule qualité que d’être inconnus. Je le sais, je suis comme vous.

   Pourquoi n’y a-t-il pas plus de groupes qui osent réfléchir réellement à leurs albums ? Qui essaient de proposer quelque chose de vraiment différent ? Qui ont un propos, une idée, une volonté d’expérimenter ? C’est parce que des idées, ils n’en ont pas ? Ou c’est parce qu’ils ont peur de laisser leur public sur le côté et de ne pas vendre assez de disques ? Si vous n’avez pas d’idées, ne faites pas de musique, ça fera moins de gâchis de temps, de matériau et d’espace sonore. Et concernant les ventes de disques… Bordel, justement. Même Lady Gaga ne vend plus que quelques poignées de ses cds. Il n’y a plus de « ventes de disques », c’est terminé, c’est le passé, ça. Alors profitez-en, n’ayez pas peur de perdre un public que vous n’avez pas et osez des trucs.
Putain. Je ne sais même pas à qui je m’adresse, en fait. Je dis probablement de la merde, des inepties dont je penserai le contraire demain.

   Mettons donc fin à cet article pourri ici. « The Next Four Years » est un disque incroyable, dans le fond comme dans la forme, et il m’a permis de me souvenir du pouvoir de la musique. J’espère que des groupes l’écouteront, et s’en inspireront pour s’améliorer ou pour arrêter. C’est une baffe dans la gueule pour tout le monde. Du moins j’espère que ce le sera.

   Pour commander ce boulet de démolition musicale, tu vas sur le site du label, Temporary Residence. L’édition dont je te parlais plus haut n’est plus dispo et il n’y a plus que la version cd, désormais. Dommage pour toi, moi j’ai déjà la mienne. Je l’ai payée 40 dollars. Mercantilisme du punk à son plus haut. Dans le disque, Geoff chante « Everything that we touch is made for sale ». Ce type est le meilleur d’entre nous.

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