Caryl Ferey : « Raclée de Verts »

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1 août 2014 par Vincent

Férey - Raclée de verts   Hier je me suis rendu compte que ce brouillon d’article traînait, inachevé, dans les coulisses du blog depuis plus d’un mois.
Pas le dernier lorsqu’il s’agit de réparer une injustice (on dit vraiment « réparer » une injustice ? « Corriger » ? Autre chose ? Je ne sais plus), j’ai décidé de le terminer et de le publier aujourd’hui.
   Ma lecture du roman dont il va être question date un peu, mais je ne change pas un mot à mon avis d’alors : « Raclée de Verts », de Caryl Férey, bute.

   Drôle de livre que celui-ci…
Ok, on s’arrête une seconde. Je crois que c’est la première fois de ma vie que j’utilise au premier degré l’expression « drôle de quelque chose que ce quelque chose ». Marquons le coup en retapant cette phrase une deuxième fois : drôle de livre que celui-ci…
Bien. Ceci ayant été dit, reprenons.
Drôle de livre en effet. D’abord par sa longueur : à peine une centaine de pages, et c’est même pas écrit petit. Franchement, heureusement qu’il n’y a pas marqué « roman » sur la couverture, parce que là c’est clairement d’une nouvelle qu’il s’agit. Cette honnêteté honore l’éditeur du bouquin ; celui d’Amélie Nothomb ne s’embarrasse plus de telles politesses depuis longtemps.

     Hey, je suis déjà à 220 mots et pas un seul n’a encore été consacré au contenu du livre ! C’est un peu beau, non ?
Allez Vincent, au travail, au travail, au travail.
« Raclée de Verts » raconte donc l’histoire d’un homme qui s’appelle… Non en fait j’ai oublié son prénom.
Alors ok, je pourrais aller vérifier sur internet, je suis sûr de trouver l’info en dix secondes, mais cet oubli me permet de parler d’un truc important, et d’encore faire monter mon record d’intro interminable : les prénoms, c’est un truc que je ne retiens jamais, dans les livres. Je peux me souvenir, des années plus tard, de certaines scènes en détails, même lorsqu’elles sont issues de romans qui ne m’ont pas marqué plus que ça, je peux me souvenir de l’ambiance de telle ou telle histoire, de son point de vue, ou même, dans certains cas, de passages précis presque par coeur… Mais par contre, non, les prénoms, ça ne rentre presque jamais. Je les oublie aussitôt le livre refermé, même lorsque celui-ci a été exceptionnel. C’est une loi personnelle qui ne souffre que très peu d’exceptions.
Aaaah, le bel article que voici, quand même ! On en est à 410 mots.

   Donc, « Raclée de Verts » raconte l’histoire de ce type qui s’appelle peut-être Roger, ou peut-être Bruno, ou peut-être autre chose, et qui habite Saint-Etienne. Comme le titre de la nouvelle l’indique, il soutient ardemment l’équipe de foot de la ville, et ne manquerait l’un de leurs matchs pour rien au monde.
   D’ailleurs, à chaque fois que son équipe favorite joue, il se met en condition en allant tuer quelqu’un au hasard dans les rues.
Problème pour ce serial killer à la personnalité de gros beauf : depuis quelques matchs, et donc quelques meurtres, ces derniers provoquent chez lui des effets chelous… A savoir qu’il semble perdre l’un de ses sens à chaque nouvelle victime.
Voilà. C’est ça l’idée. La seule, l’unique, l’intrigue intégrale qui sous-tend « Raclée de Verts ». C’est un peu maigre, hein ? Non, ta gueule, ça tue.
Ca tue parce que, déjà, ce qui ne transparaît probablement pas dans le résumé à peu près objectif que je viens de te faire, c’est que cette histoire est méga drôle. Mais genre « méga » comme dans « mégazord », hein (je n’ai aucune idée du pourquoi de cette réminiscence sentaï). J’ai ri physiquement, beaucoup, souvent, durant la lecture de ce livre. Les gens dans le métro me regardaient mal et tout.
C’est drôle grâce, en premier lieu, à la relation super bizarre que le personnage principal entretient avec son chien, Javion.
Putain ! Je me souviens du nom du chien mais pas de celui du type ! Je m’étonnerai tous les jours…
Une relation d’amour-haine bizarre, le type considérant clairement son cleb’s comme son meilleur (et seul) ami, mais ne pouvant s’empêcher de lui filer coup de pied sur coup de pied pour un oui ou pour un non (ou plutôt « pour un « ouaf » ou pour un « grrrr » », dans le cas d’un chien…). Le tout avec de longs monologues aussi ineptes qu’internes (le livre est à la première personne ; et ce paragraphe contient bien trop de parenthèses) qui passent du coq à l’âne dans les émotions consacrées à l’animal.

   Et c’est drôle, en deuxième lieu, grâce au personnage principal lui-même, gros type moche d’une trentaine d’années, qui vit seul et n’a d’autre passion que le meurtre et l’équipe de foot de St-Etienne… Et qui pourtant trouve que sa vie n’est quand même pas mal du tout. Il fait preuve, dans sa narration, d’un amour de lui-même et d’une confiance en la vie qui défient complètement sa réalité, et ce décalage provoque forcément des rires bizarres, entre réel amusement et malaise.
Parce que ouais. Derrière l’idée cool, la violence, le foot et la gaudriole, le thème qui tient la nouvelle, c’est la médiocrité. Les gens qui n’ont rien à dire, rien à faire savoir. Ces types quasiment invisibles qui ne jouent aucun rôle dans la société, n’ont pas d’amis, pas de famille, et qui pourraient disparaître du jour au lendemain sans que personne n’en soit particulièrement affecté.
  Ouais. En plus d’être drôle, ce livre parle de ça. Et il en parle bien.

   On va donc la faire courte, histoire de compenser l’intro à rallonge par une conclusion expéditive : « Raclée de Verts » de Caryl Ferey est une nouvelle géniale et tu dois la lire. Pour ça, tu te démerdes avec Suite Noire, l’éditeur originel, ou Pocket, qui a ressorti la chose en format poche.
Par contre, après, j’ai lu « Zulu », du même Caryl Ferey, et j’ai trouvé ça pas trop terrible. Thriller moderne super classique dont je ne peux décemment pas te conseiller les 600 pages. Voilà.

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