Fireworks : « (oh), common life »

Poster un commentaire

6 avril 2014 par Vincent

Oh, Common Life   Comme les connards en charge foutent des pesticides toxiques sur les légumes, il faut les laver avant de les manger. Mais en même temps, l’eau du robinet est blindée de merdes au goût fluor ou javel, qui sont elles aussi toxiques, alors au final quoi, on les lave ou on les lave pas, nos navets ?
Et puis putain, aussi, tu sais ce conseil que tout le monde te donne ? « Trouve ce que tu aimes et fais en sorte d’être payé pour le faire ». Ouais bah c’est de la grosse connerie. De manière presque automatique, les trucs que tu aimes faire sont des trucs pour lesquels il faut en réalité payer, ou au moins se faire exploiter. Normal, en même temps : plus d’appelés que d’élus, donc les patrons peuvent s’en donner à coeur-joie pour faire jouer la concurrence. Y aura toujours un mec pour se faire payer moins que toi et pour sucer un peu mieux, quand le boulot est cool.
Mais d’ailleurs on s’en bat les couilles, parce qu’en réalité, les boulots cool, y a toutes les chances du monde pour qu’ils ne soient ni pour toi ni pour moi ni pour personne. Non, en vrai, les boulots qu’on a, c’est des trucs inutiles, humiliants, stupides et répétitifs. Des années et des années de réunions de merde, de mémos à lire, de salaires qui n’augmentent pas, de congés qu’on rechigne à te filer, d’histoires de photocopieuses en panne, de clients mécontents et de collègues qui te reprennent quand tu parles de ton patron en utilisant son nom sans mettre « Monsieur » devant. C’est ça, le quotidien, et t’as beau te dire « un jour mes projets à moi prendront forme, un jour je réussirai », la vérité, c’est que jamais tu ne réussiras.
Et puis, tes projets persos, ta saloperie de jardin secret, les trucs que tu kiffes, t’inquiète pas que bientôt on va faire en sorte de te les voler, aussi. Genre, t’aimes le punk-rock ? Bah attends, bonne nouvelle, gamin ! On vend des t-shirts de tes groupes favoris à H&M ! Super, non ? 15 euros, pas cher ! Les Ramones, The Clash, Misfits… Tous les trucs de jeunes pour exprimer sa rébellion ! Génial ! Tout est récupéré, dégueulassé, dénaturé, transformé en grosse merde standardisée.
Tout augmente sauf nos salaires, l’air est de plus en plus pollué, on a probablement dépassé le point de non retour question déforestation et tout le monde s’en fout parce que dans quatre-vingt ans on sera morts, alors rien à branler de ce qui se passera dans quatre-vingt-un ans. Et puis internet, ce truc qui a été si mortel, bah tu sais quoi ? Histoire de lutter contre les méchants pédophiles qui y pullulent partout, on va contrôler cette merde, et puis au passage on va décider qui a le droit d’y parler fort et qui doit rester au fond du réseau et fermer sa gueule. Ah, et on va y mettre plein de pubs et plein de systèmes de paiement, aussi. Pas la peine de dire merci, contente-toi de te pencher en avant et de tousser. Et puis on va laisser Cyprien en permanence sur la page d’accueil de Youtube, parce que c’est trop lol ce truc, la preuve : tout le monde regarde. Toute cette bande de fils de pute. Les mêmes qui écoutent « Quand il pète il troue son slip ».
Et puis « Le Petit Journal ». Et puis l’existence même de ces grosses saloperies que sont les publireportages. Et puis les gens qui pensent que « n’importe qui peut y arriver, suffit de vraiment le vouloir ». Et puis les arnaques aux médicaments façon grippe H1N1, et puis les clopes électroniques, et puis les élections politiques qui ne sont qu’une grosse sodomie générale entre gens de la même famille, et puis « The Office » qui est à tout jamais terminé, et puis ce qu’ils ont fait à Buffy dans les comics, et puis pourquoi on a cinq films par an avec Clovis Cornillac et un seul « Pacific Rim » par décennie, et puis Nabilla qui veut retirer ses implants mammaires, et puis Booba qui lance son parfum… Où es-tu, espoir mon vieil ami ? Avec Bali-Balo ? Sur sa moto ? Faisant du trente et du zéro ?

   Ah, putain, ça y est je suis tellement énervé que je commence à délirer.
Sale monde que le nôtre, en vérité je vous le dis.
Mais bon. Tout ça, en définitive, n’a que peu d’importance. Parce qu’il y a quelques jours est finalement sorti le nouvel album de Fireworks. Celui-ci s’appelle « (oh), common life », et les onze chansons qu’il contient sont une raison suffisante pour repousser son suicide à une date ultérieure.

fireworks

   Un disque définitivement adulte, tant dans ses subtilités que dans les thèmes abordés. Ici, on parle de ce que ça fait de vider la maison de son père après son enterrement. On parle de la mort de ses proches, d’amours déçues, de l’espèce de sérénité tranquille qui vient lorsque tu as compris que tes rêves n’arriveraient jamais à se réaliser. On parle de la lumière du matin lorsque tu te réveilles quelques minutes en avance pour le travail. Et puis on parle du fait qu’en réalité, tout ça, on croit qu’on l’accepte, mais tout ce qu’on ressent au fond du ventre, tard le soir, c’est un putain de cri désespéré qu’on n’ose même plus pousser pour pas réveiller les voisins.
Mélancolique, parfois désespéré, « (oh), common life » ne se sent jamais obligé de sortir les violons pour faire passer les émotions. Le meilleur exemple de cette subtilité, c’est probablement « The Hotbed Of Life », le dernier titre du disque, qui parvient à être joyeusement pop et triste à en chialer en même temps, sur toute la durée du morceau, et ce que ce soit au niveau des paroles ou de la musique même. Chez moi ça fait deux semaines que l’album tourne en boucle et que ce titre passe dix fois de suite à chaque fois que le disque se termine.
Très peu de bangers, une large majorité des titres étant plutôt lents et mellow. Seulement deux singles évidents, et une ambiance générale trop douce-amère pour être facilement assimilable au pop-punk dont j’ai l’habitude. Ouais, bien entendu, de temps en temps on reconnaît du Saves The Day dans les mélodies ou du Fall Out Boy dans les « whoo whoo ooh whoo », mais au final, « (oh), common life » est à la fois plus particulier et plus ordinaire que ça. Il ne s’agit en réalité que d’un album de rock sévèrement personnel et intime, rien de plus rien de moins.

   Ah, si, un truc de plus, quand même : suite à leur précédent album, « gospel. », qui m’avait clairement traumatisé, j’avais placé énormément d’espoir dans ce disque-ci. Je l’avais attendu comme un ouf, et j’avoue que la première écoute s’est faite avec une légère appréhension. Je n’avais pas envie d’être déçu, pas envie de voir mon nouveau groupe favori s’évaporer dans les limbes.
Donc je le dis clairement : non, je n’ai pas été déçu. Cet album tue. Peut-être pas autant que « gospel. », mais j’attendrai encore quelques mois avant d’en juger définitivement. « (oh), common life » est un disque subtil, dont je devine qu’il va grandir en moi au fil des écoutes et du temps. Je doute de l’avoir déjà totalement compris, d’avoir déjà trouvé à quels moments de ma vie, quels souvenirs, il allait s’associer.
Jusqu’ici, il a surtout été mon disque du matin. Celui que j’écoute en rentrant de mes nuits de boulot, à l’heure où tous les autres gens vont justement bosser. En ce moment il fait plutôt beau à Paris, même à huit heures du mat, et ça et Fireworks, ça suffit à me faire sourire, malgré la fatigue et la vie en général, toujours moins cool que ce qu’on en espérait.
Un disque qui parvient à faire sourire. Merde, c’est pas mal, quand même, la musique.
Belle phrase. Très profonde.

   Bon et puis surtout, je suis très heureux de dire que pour moi, « (oh), common life » s’associe surtout pour l’instant au titre de meilleur album de 2014.
Pour en juger toi-même, tu peux l’écouter en intégralité ici, le commander en version vinyle ou cd , et regarder le clip de « Glowing Crosses », le titre d’ouverture, juste en-dessous.
Et puis si t’es déjà converti, en cliquant là tu pourras écouter la chanson inédite « (oh), common life », qui ne se trouve pas sur l’album du même nom. La vie est dingue, en fait.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :