Manuel Etienne : « Vaudémont »

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11 mars 2014 par Vincent

Manuel Etienne Vaudémont   Tout le monde en conviendra : il y a moins risqué, pour un groupe, que d’ouvrir son album par un morceau contenant la phrase « même Dimitri le petit chien ne me regarde plus ». Une phrase chantée, en plus, lors d’un refrain à l’air un peu pop surannée, ambiance 80’s et arrangements à claviers. Bref, lors de ma première écoute, ce morceau d’intro intitulé « Invisible » m’avait promis un album un peu gênant, presque honteux à écouter, un truc dont je baisserais le son avant de le lancer histoire de ne pas m’afficher auprès des voisins.
Et en fait non. En fait, Dimitri le petit chien et sa mélodie bizarre est la porte d’entrée idéale à ce disque.
Ah oui, au fait, « ce disque », c’est l’album « Vaudémont », du groupe nancéo-messin Manuel Etienne, et il vient tout juste de sortir.

   Porte d’entrée idéale que ce mystérieux Dimitri, parce que cet album, le deuxième de Manuel Etienne, est un disque vraiment curieux, intriguant.
Souvent très inscrit dans la tradition un peu oubliée du pop-rock français (je comparerais bien certaines chansons à du Téléphone, si je n’avais pas peur que ça passe pour une insulte), il se permet des incartades trop fréquentes pour être qualifiées d’ « exceptionnelles » vers d’autres influences : noise, rock pur, garage, folk… Sans que ce soit jamais sous une forme brute, il y a un peu de tout ça au gré des treize titres de ce disque. Et ce que l’album y perd en cohérence (on passe également du français à l’anglais selon l’humeur des chansons), il y gagne en fraîcheur. A aucun moment son écoute n’est chiante, à aucun moment elle ne se répète, et à chaque fois que j’ai lancé l’album je l’ai écouté jusqu’au bout sans qu’un seul de ses couplets ne ressemble à une corvée.
D’ailleurs, quand je parlais de fraîcheur, elle se trouve aussi là, dans le fait tout simple que l’album est agréable à écouter. Modéré dans sa pesanteur, dans son bruit (même si ça reste clairement du rock, hein), dans ses ombres, c’est un peu la bande-son d’un dimanche après-midi tranquille chez soi avec le soleil qui, par les fenêtres, teinte l’appart de couleurs vaguement mélancoliques.

   Pour en revenir aux paroles (qui, dans ma tête, seront toujours placées sous l’égide de Dimitri le petit chien), là aussi, c’est intriguant. Au début, j’ai essayé de comprendre, de trouver un sens aux chansons. A ces évocations de soldats qui s’entretuent, de trajets en voiture… Et puis au bout d’un moment, j’ai arrêté, et j’ai juste considéré la voix et les mots prononcés comme des ingrédients supplémentaires mis au service des chansons. Poésie surréaliste, suite d’images qui intriguent, font sourire ou renvoient à des fragments de mes propres souvenirs… C’est un peu comme la pochette de l’album : amusant et vaguement bizarre en même temps.
Mais la aussi, il y a quelque chose d’agréable à ces suites de mots, malgré les abîmes sombres qu’elles recèlent. Ca coule dans l’oreille, direction le cerveau.

   De manière générale, je ne sais pas ce disque me marquera sur le long terme. Mais pourtant, je sens que ça me fera toujours plaisir de le réécouter, que ce soit demain ou dans deux ans. Un album discret et classe, quoi, fait pour se développer dans le temps.

   Histoire de t’en donner un peu plus que cette misérable critique, je te laisse avec le clip du titre « De Station en Station », et les réponses que Manuel, le guitariste-chanteur du groupe, et Tom, guitariste du même groupe et ancien homme à tout faire du projet Alone With King Kong, ont données aux quelques questions que je leur ai posées par mail.
   Et pour découvrir toi-même leur musique, je te renvoie à leur page Bandcamp, sur laquelle tu pourras télécharger le disque moyennant quelques grammes de caillasse, ou même, d’ici quelques jours, l’acheter en version cd ou vinyle moyennant quelques grammes de plus.
   Ah, et aussi, ils seront en concert un peu partout dans pas longtemps. Je t’ai mis les dates en fin d’article.
A plus, kiddo.

C’est qui, Dimitri le petit chien ?

Manuel : Ma mère enceinte réclamait un hot-dog tous les jours à mon père (elle ne faisait pas dans la fraise), à ma naissance elle a voulu un teckel. Ils l’avaient appelé Nounou. Un soir lorsque j’avais 5 ans, Nounou m’a confié qu’il s’appelait Dimitri. J’adorais ce prénom, alors en cachette lorsque nous n’étions que tous les deux, je le nommais ainsi et il riait aux éclats (c’est vrai, ce chien riait je vous jure). Odette, c’est une dame de mon quartier qui profite de chaque passant pour lui raconter tout et n’importe quoi. Ça va dans tous les sens. La première fois qu’elle m’a vu, elle m’a narré la fois où en sortant les poubelles, un cambrioleur déguisé en sapeur-pompier a voulu la violer. Il y a quelques mois, elle explique à mon fils aîné que pour regarder le ciel il faut des verres spéciaux. Tout le monde la prend pour une folle, je la trouve rassurante. Je ne sais pas si elle s’appelle vraiment Odette, je n’ai jamais osé lui demander.
Les textes de « Vaudémont » regorgent de faits réels ou de faits que je crois réels. Dans « Acteur de complément », je parle de mon expérience de figurant à Verdun pour un téléfilm en 6 épisodes prochainement diffusé sur France 3, adaptant « Ceux de 14 » de Maurice Genevoix. L’ennui, l’attente, mais aussi les bonnes rigolades, de chouettes rencontres. Je mourais tous les jours, mais le soir je rentrais chez moi.
« Les passages les plus importants », une tante que j’ai perdue il y a un an, que j’ai aimée tardivement en apprenant à mieux la connaître.
« Les oiseaux d’orme », il s’agit d’un mini portrait tiré du passé de mon père, ma mère et ma sœur. Bleu Patrick, c’est mon père, il rentrait de l’usine à 20h, portait un bleu de travail.
« Marina » est un port de plaisance, je rêve d’y vivre, de regarder depuis une terrasse de café les gens de de tous âges qui passent.
« Christmas-Suicide », tout est dans le titre. Seule la neige à cette période de l’année m’est salvatrice. Si je fais une synthèse des textes du disque : la peur de la mort. Pas la mienne mais celle des autres. Je ne sais pas si j’arriverai à survivre à la perte des autres.

Tom : Je suis pas francophile du tout en matière de musique. Les disques chantés en français que je possède doivent bien se compter sur les doigts d’une main. C’est pourtant les titres en français qui m’ont le plus tapé dans l’oeil quand on m’a proposé de rejoindre l’équipe. Dimitri c’est un peu comme le reste des personnages ou des thèmes de l’album : tu te dis que ça doit bien vouloir dire quelque chose de précis pour l’auteur, mais tu n’as pas besoin d’une explication de texte pour comprendre ou plutôt sentir de quoi il est question. « Les oiseaux d’orme » par exemple, sans vraiment comprendre exactement, mot pour mot, de quoi il en retournait, ça m’a tout de suite évoqué les retours de repas de famille un peu mornes. Le dimanche gris où rien n’est vraiment palpitant. En fait c’est ce que j’apprécie dans l’écriture de Manuel, c’est sa tendance à suggérer, à évoquer, plus qu’à imposer du sens.

Est-ce que « Manuel Etienne », c’est un groupe qui porte le nom de son chanteur-guitariste, ou un chanteur-guitariste qui se fait accompagner par un groupe ?

Manuel : C’était à la base le nom d’un chanteur-guitariste accompagné d’un groupe sur scène. Mais tout est différent depuis un an et demi, et c’est aujourd’hui un groupe qui porte mon nom. On décide de tout à quatre, et comme je le disais dans le paragraphe précédent, je n’aime pas être seul. La scène en solo, j’ai essayé, ça m’a emmerdé profondément. J’ai vécu ça comme une expérience. Du genre dont je pourrais bien me passer éternellement. Tom, Fabien et David, ça n’a pas de prix de bosser avec des gars comme ça. Ils sont tout à la fois. Des amis précieux, doués et originaux.

Tom : C’est comme tout le reste. La vérité se situe quelque part entre les deux. Ça n’est pas un groupe parce qu’on n’écrit pas les morceaux en commun. C’est Manuel qui les ramène. Après on n’est pas non plus dans une configuration « musiciens de session », genre tais-toi et fais ce qu’on te dit. Sur le disque tout le monde a pu proposer des trucs, participer aux arrangements, même si pour moi, en cas de doute, c’est Manuel qui tranche.

Il m’a été difficile, même après plusieurs écoutes, de savoir exactement dans quelle case ranger ce disque, à qui il a le plus de chances de plaire… Est-ce que, lorsque vous l’avez composé, vous aviez un « auditeur idéal » en tête, une personne fictive qui aurait correspondu à l’idée que vous vous faisiez de votre musique ?

Manuel : J’ai écouté et emmagasiné tellement de choses depuis 77. Musique baroque, contemporaine, la soul, le rock, le punk, j’essaye de lier tout ça dans la pop. Cette fois-ci, il y a une cohérence dans le son, ce qui n’était pas le cas de mon premier album. En revanche, en termes de compos, je suis bien conscient que ce mélange de genres est un handicap commercial – surtout en 2014. C’est une nécessité. Nous on le range dans indie-pop ou rock indé. Faut bien trouver quelque chose. L’auditeur idéal ? L’auditeur curieux qui sait faire abstraction des béquées, des modes. Un auditeur qui n’a pas honte de ce qu’il aime, a aimé. C’est à ce moment-là où, comme à l’accoutumée, je me tire une balle dans le pied avec le générique des « Moomins » ou « Le Chasseur » de Michel Delpech. C’est fait.

Tom : Les premiers auditeurs qu’on essaie de satisfaire c’est nous je pense. Mais c’est vrai qu’on a le cul entre deux bonnes rangées de chaises. Trop chanson française pour la scène alternative, trop alternatif pour le circuit chanson bien de chez nous. C’est toujours le même dilemme, savoir si les publics s’additionnent ou pas. Et quand j’y réfléchis, je me dis que si ce disque doit s’adresser à un auditeur particulier, j’aimerais qu’il arrive à toucher des mecs comme moi, des types qui ont grandi avec Pavement, Grandaddy, la scène punk etc., et pour qui le français n’est pas nécessairement synonyme de chanson festive avec sandales et accordéon. Une partie de la scène punk a franchi le pas y a un paquet de temps (suffit de se rappeler d’Amanda Woodward et Bâton Rouge), y a pas de raison que ça ne s’étende pas.

Merci à eux pour ces longues réponses ! Si ça t’a donné envie de les voir en concert, v’là leurs dates de tournées. Ca commence genre cette semaine :

13/03/14 – Les Trinitaires  – Metz (+ Eddy La Gooyatsh)
20/03/14 – Le Royal Royal – Nancy
22/03/14 – Le Why Not – Dudelange (Lux)
29/03/14 – Le Joker’s Pub – Angers – TBC
01/04/14 – Les 3 Baudets – Paris
02/04/14 – Le Bar’Jo – Alençon
03/04/14 – L’Alternateur – Niort
04/04/14 – Le Circuit de la Bière – Le Mans (+ Cimrya Deal)
05/04/14 – Le Chat Noir – Nantes
12/04/14 – La Face Cachée – Metz
18/04/14 – Le Grattoir – Gerardmer
19/04/14 – O’Garys – Nancy
20/04/14 – Dude – Hayes
26/04/14 – L’Appart – Longwy (+ Rich Deluxe)
03/05/14 – Le Temps Perdu – Bar Le Duc
20/06/14 – Le Brin de Zinc – Chambéry

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