REG : « Calvario Rugoso »

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26 novembre 2013 par Vincent

REG   La plupart des disques évoquent à leurs auditeurs des images et des sensations qui sont individuelles, propres à chacun desdits auditeurs, et qui dépendent plus du vécu musical de ceux-ci que réellement du disque lui-même. Ce sont des caisses de résonance qu’on remplit nous mêmes de nos propres échos.
Ce n’est pas le cas de ce premier EP du groupe REG.
« Calvario Rugoso » fait en effet preuve d’une identité fortement marquée, qui laisse très peu place à d’éventuelles interprétations « alternatives » de la part de ceux qui auront le bon goût d’y poser les oreilles.
Cette identité, elle est annoncée dès la pochette du disque, qui balance d’entrée de jeu la couleur, ou plutôt le noir et blanc : ici, on va parler de déserts poussiéreux, de cowboys fatigués, de crépuscules désespérés, d’arrière-goût de whisky, d’arbres morts et d’os desséchés par le soleil. Welcome dans le grand Est français, nouvelle patrie du western.

   Duo de guitares tantôt acoustiques tantôt électriques et de voix tantôt nasales tantôt rugueuses, REG parvient à évoquer, dès ses premières notes, un héritage principalement américain qui va de la folk au grunge, en ne choisissant à chaque fois que le versant sombre de ces influences. Ca ne blague pas, ici, cet EP est davantage destiné à animer des enterrements que des mariages.
Enregistrées en une prise et avec une absence quasi complète d’arrangements, le dépouillement des quatre chansons de ce disque n’est pas seulement tout à leur honneur, mais surtout, il est au coeur du projet, en constituant l’architecture même. Si ces chansons avaient été mieux produites, elles auraient été moins bonnes, j’en suis persuadé.

   En balisant fortement leur univers, en t’empêchant d’y entendre ce que tu veux, les deux mecs de REG, Barclau et Jan, ont abouti à un résultat qui, paradoxalement, donne un vrai sentiment de fraîcheur et de grand air à leur musique. Je veux dire, je n’ai pas dans ma collection récente de disques qui ressemblent à celui-ci. Cet EP s’écoute seul, le soir, dans sa chambre, allongé sur son lit les yeux vers le plafond et les pensées vers la mort et la nuit. Tu laisses la musique défiler en fond et les images qu’elle évoque se dérouleront d’elles-mêmes devant tes yeux.
De par son imaginaire évident, la musique de REG se révèle en réalité généreuse, t’offrant tout d’un seul coup, immédiatement, sans te demander d’effort. A toi, uniquement, de décider si tu veux ou non explorer le désert crépusculaire qu’ils ont dessiné. C’est le seul choix que tu as à faire. Et si tu optes pour le oui, le disque fera tout le reste, et tu pourras simplement te contenter d’un rôle de passager et profiter du paysage.

   En fait, ce disque, il ressemble vachement à la bannière de ce blog : un vieux morceau de mâchoire cassée qui traîne par terre, et une tombe artisanale sur laquelle ne se recueille qu’un corbeau muet.
   Je sais qu’elle n’en a pas l’air, mais la phrase précédente est un compliment.

   Pour écouter « Calvario Rugoso » ou en faire la bien avisée acquisition, tu connais le chemin : Bandcamp du groupe, comme toujours.

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