Twin Pricks : « This Might Be The Last Time You’ll Ever Hear From Us »

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6 novembre 2013 par Vincent

Twin Pricks   Je suis sûr que tu vas tout de suite comprendre de quoi je parle. Ca arrive régulièrement dans nos timelines Facebook. Des messages du genre : « Je vous conseille à tous de jeter un oeil sur le travail de ce dessinateur 🙂 Il a du talent et faut pas hésiter à liker sa page 🙂 ». Ou bien : « Pour ceux qui aiment le bon rock qui bouge, voici un groupe génial et super sympa, vous verrez, c’est vraiment bien ce qu’ils font ! Bisous ».
On les connaît, ces messages. On les connaît et on les comprend. Ils sont écrits par des gens à qui leurs potes ont dit « Hé, fais la pub de mon groupe/blog/court-métrage/gonzo porn, please ». Ca sent les compliments forcés, la corvée promotionnelle faite au bénéfice d’un cousin ou du mec d’une amie, et ça fait bien chier tout le monde, tant ceux qui reçoivent cette pub qui ne s’assume pas que ceux qui sont contraints de la poster pour ne pas froisser leurs proches. Personne n’a envie de passer le repas familial du dimanche à répondre à des questions du genre : « Pourquoi tu parles pas du groupe de violoncelles du petit-neveu sur ton blog ? ».

   Hé bien, quand, en ces virtuelles pages, j’évoque le travail fait par des gens que j’en suis venu à connaître un peu, j’ai toujours peur que ce que je vais pouvoir dire à leur sujet passe pour une version vaguement améliorée de ces publicités extra-familiales. J’ai peur qu’on pense à du copinage, à du suçage du bite.
Donc, aujourd’hui et maintenant, mettons les choses au clair : malgré les apparences parfois trompeuses d’internet, je ne connais pas réellement Flo, l’un des membres fondateurs de Twin Pricks. On échange régulièrement des mails. On se tient au courant. Mais je ne l’ai rencontré « en vrai » que deux fois seulement. Il ne me doit rien, je ne lui dois rien, les ardoises sont propres et nettes.
Ceci ayant été dit, on peut peut-être passer aux choses sérieuses. Et annoncer que ce premier album de Twin Pricks défonce sa mère par tous les trous.

   Les gens de bon goût avaient laissé Twin Pricks il y a deux ans, après deux EP d’emo-pop (je la fais courte) brillants et célestes. Je t’en avais pas mal parlé, à l’époque, et j’avais même interviewé le suscité Flo. Hésite pas à te replonger dans le passé, ma prof d’histoire de terminale disait que ça aide à comprendre le futur. Uh uh.
Sauf qu’aujourd’hui, alors que 2013 vit ses dernières semaines, Twin Pricks est revenu des limbes, et ne joue plus tout à fait dans la catégorie de l’emo-pop. En fait, je serais bien incapable de te dire précisément dans quelle catégorie il boxe désormais. Emo-rock ? Rock tout court ? Math-rock ? Fuck it.
Twin Pricks possède ce truc propre aux groupes réunissant des mecs expérimentés, tant musicalement que « businessement » parlant. Des mecs qui savent jouer n’importe quoi, s’en battent la race de la SACEM et des gros thunes qui de toute façon ne tombent jamais, et ne cherchent plus à impressionner les filles en jouant vite.
Des mecs qui, n’ayant plus d’attentes particulières quant à ce que leur musique peut leur apporter comme bénéfices sociaux, peuvent se permettre d’en faire exactement ce qu’ils veulent, sans se poser de questions.

   Ca rend pas trop facile la tâche des critiques de merde dans mon genre. Parce que là, franchement, pour te décrire cet album, je sèche sur les comparaisons possibles. Et les comparaisons, on aime ça, pourtant, sur les blogs musicaux. A la limite, en tirant fort sur la corde, je peux te dire que ça m’évoque un peu l’emo mathématique qu’un label comme BCore pouvait sortir au début des années 2000. Un peu.
Alors, c’est pas un disque qui révolutionne le rock, c’est pas le précurseur d’un nouveau courant musical qui va tout redéfinir dans les dix ans à venir. Ca reste de la simple musique à guitares, comme toujours. Mais c’est un disque personnel, particulier, qu’il m’est difficile d’imaginer dans les mains d’un autre groupe. Un disque qui va dans une direction bien spécifique, sans chercher à se rassurer en longeant de trop près des sentiers déjà explorés par d’autres.

   Dix titres sur ce LP. Dix chansons qui suivent une progression étudiée. L’album commence de manière rêche, avec ce titre, « Let Go », qui te ponce les tympans d’un son ultra métallique et coupant, comme si quelqu’un te frottait du fil dentaire sur le pourtour de l’oreille. Non pas que ce soit une chanson particulièrement violente, mais c’est vraiment quelque chose dans le son, une absence totale du verni habituellement mis sur tous les disques pour rendre l’écoute confortable et ronronnante. Ici le bois est brut, avec des échardes qui ont la forme de sons cristallins et pointus.
Et puis, petit à petit, alors que l’album avance, ça change. Ca devient de plus en plus chaud, bourdonnant, hypnotique. Y a de la pop sur « Landmine », du tube sur « The Race »… Et puis finalement, cet épilogue, ce titre presque éponyme, « This Might Be The Last Time You’ll Ever Hear From Me », chanson trempée de trip-hop qui est l’équivalent musical d’une virée solitaire en voiture au milieu de la nuit. T’écouteras, tu comprendras.

   Cet album est vraiment compliqué, pour moi. J’ai passé ma vie à droguer mes oreilles à grands coups de disques Drive-Thru et de power-pop, je suis habitué aux chanteurs qui pleurent et aux gros refrains qui parlent de filles méchantes sur des rythmiques quasi Bon Joviesque. Je suis habitué au déballage total de l’emo sous toutes ses formes. Or, Twin Pricks, sur cet album, est en permanence dans la retenue, la pudeur. Les émotions sont là, mais c’est à toi de les repérer. Dans un tremblement de voix, dans une mélodie secondaire qui se répète en fond d’un morceau. C’est un peu nouveau, pour moi.
Les mecs maîtrisent leurs instruments. Ca joue super bien, ça chante encore mieux (toujours deux voix au menu, celle de Geo et celle de Flo… Et putain, l’un comme l’autre sont doués lorsqu’il s’agit de crisper ta colonne vertébrale par des frissons incontrôlés). Et comme toujours, de la maîtrise vient la libération. En étant totalement en place sur leurs morceaux, ceux-ci en deviennent des trucs complètement imprévisibles, formant un album cohérent et surprenant à la fois.

   Ce disque mérite d’être exploré, et l’avis que je viens de donner n’est que celui d’un type qui n’écoute l’album que depuis deux semaines. D’ici deux mois, probable que je le comprendrai mieux. Mais en attendant, déjà, comme ça, c’est suffisant pour comprendre que mon futur top 2013 vient de se faire prendre d’assaut par un nouveau challenger.

   Pour écouter et télécharger gratuitement/en pay what you want cette tuerie, tu vas sur la page Bandcamp que le label Specific lui a consacrée. Tu pourras aussi y commander la version vinyle. Tu verras, ça fera de toi un homme meilleur.

   Et pour finir, un petit message personnel : « Salut à tous 🙂 Je tiens à partager avec vous un groupe super chouette que j’ai découvert et qui plaira à tous les fans de bon rock !!!! Ca s’appelle Twin Pricks et vous devriez liker leur page FB, vous le regretterez pas 😉 Ils sont super ! Bonne journée ! »

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