Samuel Cantin : « Vil et Misérable »

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20 septembre 2013 par Vincent

vil_couverture   Y a a peu près un an, je t’avais parlé de « Phobies des Moments Seuls », le premier album de Samuel Cantin, un québécois qui fait de la BD. Je t’avais dit que c’était hilarant, what the fuckesque, original et doté d’un ton propre que ne trahissait aucunement le statut de rookie de son auteur.
Et comme de par mon statut de gourou 2.0, j’ai sur toi une influence considérable, j’imagine sans peine que ce suscité album, tu te l’étais procuré dans les minutes ayant suivi ta lecture de ma critique. Non ? Si ! Je le savais. Je suis fier de toi, vieille canaille de lecteur !
Bon, hé bien, donc, tu seras probablement aussi heureux que je l’ai été d’apprendre que le bon gars Cantin a sorti un peu avant cet été son deuxième album, intitulé « Vil et Misérable ». Un titre méchamment classe, on sera tous d’accord.
Point commun avec « Phobies des Moments Seuls » ? L’auteur.
Différences ? Lis la suite de ma critique, bâtard !

   L’histoire de « Vil et Misérable », c’est celle de Lucien Vil, un libraire qui bosse dans un garage de voitures d’occasion. Cherche pas, je te le dis comme c’est. Lucien, c’est le trentenaire/quadra moderne tristement typique : célibataire, solitaire, pas très intéressant, pas très sympathique, qui a des passions pourries (les ragots mondains sur ses auteurs classiques favoris, dans son cas) et qui alterne entre journées de travail répétitives et rendez-vous chez son psy.
Sauf que Lucien, contrairement aux millions d’autres types qui correspondent à la description, est un démon. C’est pour ça qu’il kiffe bien Halloween, parce que c’est le seul jour dans l’année où il peut virer la cravate et la chemise et passer la journée à poil, avec son physique de démon pour tout costume.
Attends, crois pas que « Vil et Misérable » soit une histoire fantastique au sujet d’un démon se cachant parmi les humains, hein ! Tout le monde sait que Lucien est un démon. Et tout le monde s’en fout, parce que ça ne change rien à sa personnalité complètement relou et ordinaire.
Enfin, tout le monde le sait, sauf Daniel, le jeune stagiaire qui vient juste d’arriver à la boutique, et qui va faire office de guide narratif pour le lecteur. Le mec vient d’une autre province, et pour lui, c’est pas trop trop normal d’avoir un démon pour collègue. De là à ce que le patron du garage le soupçonne de racisme anti-démon, il n’y a qu’un pas…

   Ouais, t’as compris, comme avec « Phobies des Moments Seuls », l’histoire part complètement en couilles dès son idée de départ. Et c’est encore pire quand tu découvres la galerie de personnages secondaires, avec ce patron minuscule qui a toujours une nouvelle combine improbable pour relancer son affaire, ou ce psy borderline pédophile qui se tape sa secrétaire, une fugueuse de seize ans, et pratique des méthodes thérapeutiques pour le moins non orthodoxes sur ses patients. Tu rajoutes à ça le vocabulaire spatial du Québec et le sens du dialogue de Cantin, et t’obtiens sans problème une histoire complètement perchée, qui ne touche terre que de manière très ponctuelle.

   Cependant, alors que dans « Phobies des Moments Seuls », Cantin carburait à à peu près un fou-rire par page, ici, l’hilarité est bien plus rare, les gags ne provoquant généralement qu’un sourire et un haussement de sourcils vaguement choqué. Et c’est pas du tout un défaut. En fait, je suis même à peu près sûr que c’était le but recherché par l’auteur.
Parce que « Vil et Misérable », sous ses airs de WTF de l’infini, est bien plus sombre et pesant, dans son propos, que le premier album de Cantin. Ici, sous couvert de cette histoire de libraire démoniaque, on nous parle en fait de la solitude un peu beaucoup vachement désespérante dans laquelle on peut s’enfermer une fois devenu adulte. On nous parle de ce quotidien dangereusement proche de n’importe quel mec occidental d’une trentaine d’années ; ce quotidien fait de journées semblables, de repas solitaires, de frustration sentimentale et d’absence totale d’espoir.

   Lucien Vil est un mec qui a lâché l’affaire, un pauvre type ordinaire qui n’est plus guidé que par ses envies sexuelles (sa condition de démon ne lui permet d’avoir accès à sa bite qu’un jour par an… Là non plus, cherche pas, c’est comme ça), son travail et son quotidien de petit gars propre sur lui que personne ne remarque dans la rue. Sévèrement bien choisi, le titre de l’album résume en trois mots tout ce qu’il y a à savoir sur lui : Lucien n’est pas un chic type, mais il nous ressemble vachement, alors c’est facile d’avoir pitié de lui.

   Bref, t’as compris : j’ai kiffé. J’ai vachement moins ri qu’avec « Phobies des Moments Seuls », mais j’ai été gêné, mal à l’aise, j’ai réfléchi à ma propre situation. Et y a quand même pas tant de BD que ça qui font cet effet.
Merde. En plus c’est que le deuxième album du mec… Samuel Cantin est un putain de grand, il peut écrire n’importe quoi, et il va tout buter sur son passage. Du moins je l’espère. Ce serait mérité.

   Si tu veux choper cette bombe, c’est sur le site de l’éditeur, Pow Pow, que ça se passe. Et si tu veux lire gratuitement les quinze premières pages, bah c’est là-bas aussi.

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