Irvine Welsh : « Filth »

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18 août 2013 par Vincent

Filth   « Filth » est le troisième roman de Welsh que je lis. J’avais commencé y a longtemps, à la fac, avec, sans aucune originalité, « Trainspotting ». Un livre que j’avais apprécié de manière modérée, lui préférant le célèbre et génial film qui en a été adapté.
D’ailleurs, en fait, j’ai réalisé il n’y a pas longtemps qu’il n’était pas si rare que je préfère une adaptation ciné au film qui lui avait donné vie. Je sais que normalement il faut dire que les films ne parviennent jamais à égaler les livres, et blablabli blobloblu, mais dans les faits je trouve pas que ce soit toujours vrai. C’est quoi ce truc de sacraliser la littérature ? D’avoir décidé une bonne fois pour toutes que lire un livre était TOUJOURS une activité plus enrichissante que mater un film ou jouer à un jeu vidéo ? C’est une putain de hiérarchie qui a été décidée de manière réactionnaire au moment où, justement, ces nouveaux moyens de raconter des histoires sont apparus. Les anciens gardiens du temple ont dû flipper, j’imagine, alors ils ont rappelé les conneries habituelles sur le livre qui serait le sommet de l’intelligence et tout ça. De la merde, ouais. Certains livres sont géniaux, certains films aussi, pas besoin de graver du marbre pour organiser tout ça.

   Bref, je disais quoi, moi ? Ah ouais, « Trainspotting ». Un livre plus ou moins sympa pour un film plus ou moins génial. J’ai mis presque une dizaine d’années à ouvrir un autre Welsh.
Ca a été « Glue », que j’ai lu l’année dernière. Un gros bouquin, qui raconte sur une trentaine d’années les relations entre quatre potes d’enfance. J’ai beaucoup aimé. Pas au point d’en parler ici, d’accord, mais disons que d’un coup Welsh est revenu se placer dans la liste des auteurs dont j’avais envie d’explorer la bibliographie.

   Chose que j’ai continué à faire avec le « Filth » qui nous intéresse aujourd’hui, et que j’ai terminé y a quelques jours.
Cette fois, ça y est, il aura fallu trois livres pour ça, mais je suis fan de cet auteur.
« Filth », c’est l’histoire de Bruce Robertson, un flic d’Edimbourg qui se trouve surtout être le plus gros fils de pute jamais enfanté par cette salope de planète. Manipulateur, pervers, cruel, violent, misogyne, raciste, bas du front, égoïste, arriviste… Le mec a toutes les qualités. Le bouquin est écrit à la première personne, et le fait qu’on se trouve en permanence dans la tête de cet enculé de première est un coup de maître de la part de Welsh. Dès le départ, on est pris de fascination pour cet homme plus abject qu’il est possible de l’être, pour ce monstre à forme humaine qui ne manque aucune occasion de nous susciter un haut-le-coeur. En ayant un accès direct et permanent à ses pensées, il nous est impossible de lui trouver la moindre excuse, de se dire qu’au fond c’est peut-être un chic type qui s’ignore.
Non. Robertson n’est pas un chic type, jamais, ni dans l’intimité de ses pensées ni dans ses actes. C’est l’un des personnages les plus répugnants que j’ai pu croisés dans ma vie de lecteur. Voire même LE personnage le plus répugnant, tout court. Je l’ai adoré.

   Le roman débute avec une affaire de meurtre dont il doit s’occuper (ce qu’il ne fait que de très loin, Robertson préférant se branler dans les chiottes du commissariat et harceler sexuellement ses collègues plutôt que de bosser). En parallèle à cela, on a le droit à tous ses délires concernant sa femme qui vient de le quitter, son projet de vacances à Amsterdam (putes + drogues), et ses relations avec les petits malfrats du coin, qu’il tabasse dès qu’il en a l’occasion et dont il oblige les copines à le sucer si elles veulent éviter une nuit de garde à vue. Le type génial, je te dis.
Si l’histoire semble au départ n’avoir aucun fil conducteur réel autre que la personnalité de Robertson, on se rend compte au fur et à mesure du roman qu’en vérité tout a un sens, même ces monologues existentialistes tenus par le ver solitaire qui vit dans le colon du flic (c’est pas une métaphore : Robertson a effectivement un ver solitaire qui passe son temps à parler de la vie au lecteur). Je vais pas faire mon connard spoileur, mais la fin du roman est un putain de tour de force, elle aussi, et dans la dernière cinquantaine de pages du livre, tout tombe en place, et une lumière nouvelle est jetée sur l’enfoiré absolu dont on suit les pensées depuis le début. Grand art, mon pote.

   « Filth » n’est pas un roman policier, ni un roman sur la police. C’est un roman qui parle du pouvoir qu’on peut avoir sur les autres, des raisons pour lesquelles ce pouvoir est désirable, des raisons pour lesquelles ce pouvoir est détestable. C’est un roman qui parle d’un mec complètement paumé qui persiste à croire qu’il est le roi du monde et que le problème, c’est les autres.
Avec une écriture à l’outrance parfaitement maîtrisée, Welsh y parle de la société écossaise d’aujourd’hui, des déclassés, des marginaux et des gens respectables qui sont censés les combattre.

   Je sais pas trop quoi te dire d’autre sur ce livre. Juste que c’est une envie de gerber pendant cinq cents pages, un spectacle grotesque, comique, révulsant et hypnotique. L’une de mes lectures les plus marquantes de ces derniers mois. Tu devrais vraiment tenter, ça va te déchirer la gueule.

   Une suite existe, « Crime ». Je ne l’ai pas encore lue, mais il semblerait qu’on y suive une nouvelle enquête, menée cette fois par l’un des personnages secondaires de « Filth ». D’ailleurs, dans les trois livres de Welsh que j’ai lus, les personnages ne cessent de se croiser, inscrivant a priori toute l’oeuvre de l’écrivain dans un même univers cohérent et auto-référentiel. J’aime beaucoup ça.
Egalement, je viens juste d’apprendre en écrivant cette critique qu’une adaptation ciné de « Filth » est sortie cette année, avec James McAvoy dans le rôle de Robertson.
Ce coup-ci, franchement, je vois mal comment ça pourrait être mieux que le livre.

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2 réflexions sur “Irvine Welsh : « Filth »

  1. Jonathan Roth dit :

    I bought this book awhile ago, but since lost it, and never got a chance to read it. Guess I’ll have to buy it again.

    Have you read his book « Marabou Stork Nightmares »? I really enjoyed that one.

    • Vincent dit :

      Nope, I haven’t read « Marabou Stork Nightmares » yet, but it’s on my list! So far, I’ve only went through « Glue », « Trainspotting » and « Filth ».

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