Speedwell : « Start To Finish »

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26 juillet 2013 par Vincent

Speedwell Start to Finish   Janvier 2006. Je suis en Caroline du Nord pour deux mois, sous prétexte d’enseigner le français au fils d’une famille qui vit là-bas, dans une ville qui s’appelle Chapel Hill. Un plan génial qui m’avait été fourni par une prof de ma fac.
Ca fait quelques temps que je n’ai pas pris de nouvelles ni de cette prof, ni de la famille qui m’avait accueilli, et dont je garde pourtant un souvenir ému. Je me sens un peu coupable. La vie, la distance, les regrets, les occasions manquées, demain l’été. Tu connais le blabla.
Ouais, t’as deviné : encore un texte déprimant, ce soir.
Janvier 2006, donc. Période bizarre. Je viens donc de m’envoler pour les Etats-Unis en laissant en plan une année universitaire dont je sais pertinemment qu’elle se terminera sans moi. Je suis en première année de Master d’anglais, et je n’en ai strictement rien à branler. A côté de ça, j’écris un zine qui s’appelle Terrortriste, et que j’aime beaucoup faire même s’il ne récolte absolument aucun succès. A côté de ça toujours, je suis en train de sévèrement tomber amoureux d’une fille tout en sachant d’avance que ça va être difficile à concrétiser (l’avenir confirmera mes soupçons). A côté de ça encore, la sensation chaque jour plus forte que je m’approche de la fin d’une période, que bientôt il me faudra quitter ma ville d’adolescence, devenir adulte, renoncer à quelques trucs pour en accueillir quelques autres. Savais-je que j’allais perdre au change, comme toutes les autres têtes de bite avant moi ? Je ne m’en souviens plus. Peut-être bien que j’avais hâte.
Janvier 2006. Un mélange d’anxiété vis-à-vis de l’avenir et d’excitation du moment présent. Un hiver chaud et ensoleillé en Caroline du Nord.
Je me balade dans Chapel Hill. Je pose un regard nouveau et distancié sur ma vie, sur qui je suis, qui je veux être. Je suis seul mais ça me va. Je me fais des nouveaux amis. Je manque de partir en tournée avec un groupe du coin, le projet étant annulé au dernier moment par une tempête de neige sur New York. Je traîne sur le campus de la fac. Je marche, marche, marche. Je vais à des concerts. Je me remets à boire des bières après deux ans à être straight edge. Je parle anglais. J’écris. Je me sens pas trop mal. J’achète des comics. J’achète des disques.

   Parmi ceux-ci, un CD quatre titres, acheté deux ou trois dollars sur la seule foi d’une pochette imprimée sur papier calque. L’EP d’un groupe qui s’appelle Speedwell et dont je ne sais absolument rien. Le disque s’appelle « My life is a series of vacations ». On a vu titres moins bien synchronisés avec la vie de leurs auditeurs.
Pendant tout mon séjour, je vais me l’écouter en boucle, en faisant ma bande-son quotidienne.
Dessus, quatre chansons dans la lignée d’un The Get Up Kids des TRES grands jours. Juste en plus calme, et en plus tremblant. Des émotions intimes et timides qui viennent se glisser dans tes oreilles en baissant la tête.
Encore aujourd’hui, le dernier titre du disque, « Your Atlantic », reste l’une de mes chansons favorites, et un incontournable des mixtapes que je fais.
Les mecs du groupe viennent de Washington, et déjà à l’époque, ils ont splitté. Derrière eux il n’y a que cet EP de 2002 et un 7 » introuvable encore plus vieux. Devant eux, une carrière solo pour leur chanteur, Meredith Bragg, qui a sorti plusieurs disques sous son nom après Speedwell. Ils sont vachement bien aussi, dans un style plus acoustique et folk. Je te conseille de checker ici ou de m’envoyer un mail pour que je t’y aide.

   Depuis cette époque, hiver 2006, cet EP est resté dans un coin de ma discothèque, isolé mais jamais oublié, souvent ressorti pour un moment d’apnée nostalgique.
Et puis finalement, sans prévenir, il y a quelques semaines, j’ai appris par Facebook que les mecs sortaient une discographie en format MP3, pour rassembler tout ce qu’ils avaient pu composer ensemble il y a désormais plus de dix ans. Cette discographie elle s’appelle « Start To Finish » et elle m’a mis les larmes aux yeux. Caroline du Nord, je t’ai aimée, salope.

   Les titres de l’EP sont bien sûr dessus, en ouverture, et se retrouvent accompagnés par tout un tas de démos, de titres jamais sortis et de chansons qui étaient parues sur des compiles de l’époque.
Le tout donne un album d’emo midwest parfait, un truc qui te renvoie direct au début des années 2000, aux lunettes carrées et aux pochettes d’albums représentant des photos floues de paysages américains. C’est pas toujours très bien enregistré mais y a eu un bon travail de mix, et le disque passe sans effet papier de verre sur tes tympans. Juste ce qu’il faut d’abrasivité pour te mettre le coeur un peu à vif, genre t’as dix-neuf/vingt ans et c’est l’hiver, mon pote. Ecouteurs du discman dans les oreilles, t’en fais pas, on s’en sortira.
De temps en temps Cheryl, la claviériste du groupe, vient prêter voix-forte à Meredith (qui est un mec, comme son prénom ne l’indique pas) pour le chant, et ça donne des titres comme « Two Conquests » ou « Night Cares », des exorcismes crépusculaires et bienveillants qui te prouvent que t’as encore la capacité de ressentir quelque chose.
C’est un disque qui fait du mal, du bien, qui te déshabille en même temps qu’il se déshabille. C’est le journal intime de gosses que je n’ai pas connus, de gosses que nous étions, toi et moi.
Disque de l’année. Disque du siècle. Disque des moments passés. Disque de l’hiver 2006.

   Je ne sais pas qui était Speedwell, à l’époque où le groupe existait. Des lycéens qui s’amusaient ? Des potes qui voulaient brûler le monde ? Simplement des étudiants qui s’ennuyaient ? Aucune idée. Aucun intérêt. Je sais ce qu’ils ont représenté pour moi. Cette discographie vient de me le rappeler en me foutant une grosse baffe dans la gueule.

   Le truc, par contre, c’est que j’ignore complètement si ce disque peut te faire le même effet alors que ton hiver 2006 n’a pas été le mien. T’écoutes et tu me dis, tu veux bien ? Pour ça, tu vas sur la page Bandcamp du groupe. La disco est en écoute gratuite, et téléchargeable pour une dizaine de dollars. J’espère vraiment qu’elle te plaira. Ses quatre premières chansons, c’est une partie de moi.

Speedwell

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2 réflexions sur “Speedwell : « Start To Finish »

  1. Josh dit :

    Plus que jamais

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