Eisley : « Currents »

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17 juillet 2013 par Vincent

eisley-currents_cover-web   Y a quelques années j’étais surveillant dans un collège. C’était un boulot que j’aimais bien, et j’avais des collègues super cool. A la fin de l’année scolaire, alors que les élèves étaient déjà partis en vacances, nous on était encore là, pour deux semaines supplémentaires durant lesquelles on devait préparer la rentrée, faire de la paperasse et ce genre de conneries. L’ambiance était détendue, nos pauses déjeuner duraient deux heures et on glandait pas mal en passant des disques en fond sonore dans le bureau de la vie scolaire. Deux de mes collègues aimait bien le metal et on en mettait de temps en temps, généralement jusqu’à ce que l’une de nos autres collègues nous engueule et nous dise d’arrêter notre musique de merde. Les gens n’aiment pas quand ça crie.
Par contre, l’un des disques que j’avais ramenés avait fait l’unanimité dans l’équipe. Il s’agissait de « Room Noises », le premier album d’Eisley.

   Ce disque plaît à tous ceux qui ont la chance de le découvrir, quels que soient leurs goûts musicaux habituels. Il y a quelque chose dans cet album qui parle à tout le monde sans pour autant que ce soit putassier. Une folk évanescente, onirique, un univers sonore vraiment marqué et particulier, qui évoque un ciel bleu et des nuages blancs au-dessus d’un océan de champs de blé. Je sais pas, ce genre de choses.
Par la suite, sur leurs deux albums suivants, la famille Dupree (le groupe n’est composé que de soeurs et de frères de la même famille ; je t’ai déjà fait un topo là) a cependant suivi un chemin inverse à la plupart des autres groupes qui s’assagissent avec le temps, en rendant leur musique plus énergique, plus pop-rock. Autour de moi, ça a un peu moins plu. Moi en revanche, j’ai continué à bien kiffer… Même si, à mon sens, jamais Eisley n’a réussi à pondre un album parfait de bout en bout. Il y a toujours des titres de remplissage sur leurs disques, des chansons complètement anecdotiques qui bouchent les trous entre deux tueries susceptibles de te ravager l’âme. Mais au moins, ouais, j’aimais bien leur virage rock, qui a été fait subtilement, sans briser l’équilibre étrange et féérique de leur son initial.

   Avec « Currents », leur quatrième et nouvel album, les soeurs et frères font cependant un truc un peu surprenant, en revenant à une ambiance calme et douce, qui rappelle bien plus leur tout premier album que ceux qui ont suivi. Visiblement, les tourments de Sherri, la chanteuse principale, se sont apaisés, et elle à nouveau calme et souriante.
Et c’est cool aussi. Quoi que fasse ce groupe, en fait, je trouve ça bien.
Et puis en plus, ça fait un disque de plus que je peux faire écouter autour de moi sans qu’on utilise des expressions légèrement gênantes comme « ta musique de tarés, là ».
Alors oui, bien sûr, c’est toujours un peu chiant, pour un punk-rock kid, de se dire que l’un de ses disques pourrait plaire à sa mère ou à ses amis qui n’écoutent rien de plus violent que le dernier Adele. Mais c’est juste un peu chiant, parce qu’en vrai, Eisley a toujours réussi le tour de force de faire une musique qui plaît à tout le monde sans pour autant que leurs chansons soient évidentes ou banales. Ils ont vraiment un style bien à eux, qu’ils travaillent sans trahir, et finalement, en fait c’est peut-être plutôt un bon point pour l’humanité que de savoir qu’une musique aussi racée et subtile que la leur peut plaire à n’importe qui.

   Si « Room Noises » évoquait la campagne américaine et le soleil de fin de journée, « Currents », lui, explore comme son nom et sa pochette l’indiquent des contrées plus aquatiques. Les instruments semblent avoir été enregistrés à travers un fin voile d’eau, et la voix de Sherri n’a jamais été aussi cristalline et coulante qu’ici. Cet album est une très agréable dérive au fil d’une rivière calme et brillante, dont la surface se couvre de temps en temps d’ombres un peu étranges, mais jamais vraiment inquiétantes.

   Alors après, ouais. Comme d’hab, l’album est trop long de quelques chansons inutiles et, je vais pas mentir, je regrette un peu les embardées électriques des deux albums précédents. Mais merde, ça reste un putain de gros disque, comme tous les autres. Et un groupe aussi constant dans la qualité et la personnalité, un groupe qui aurait pu se vendre mille fois et ne l’a jamais fait, ça mérite mon respect. Et le tiens, peut-être bien.
Eisley a tissé, album après album, morceau après morceau, pochette après pochette, un univers unique, doux et mélancolique, dans lequel il est toujours enivrant de se perdre. Tente, tu vas voir. Et prends pas de carte, hein. Laisse juste l’album tourner en fond sonore de ton été. Il a de quoi devenir le canevas des souvenirs que tu vas te faire pendant les deux prochains mois.

   Pour écouter ou acheter « Currents », tu vas sur leur site officiel. Ou tu regardes ce live très mal filmé mais au son ok de « Drink The Water », l’une des meilleures chansons de l’album à mon sens.

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