The New Trust : « Keep Dreaming »

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6 juillet 2013 par Vincent

The_New_Trust_-_KeepDreaming__Front_Cover_   Cette semaine j’ai travaillé soixante heures. Soixante heures auxquelles se sont ajoutées une bonne dizaine d’autres, dévolues à la préparation de mes cours. Parce que oui, ça y est, en plus d’être toujours réceptionniste de nuit dans le même vieil hôtel, j’ai recommencé à être prof de français pour des élèves étrangers. Donc préparation de cours, donc fatigue, donc pas un seul jour de repos dans la semaine, donc soixante heures de boulot et vogue la putain de galère.
Je ne me plains pas vraiment, hein. J’ai déjà tenu ce rythme pendant presque six mois l’année dernière et ça va, je suis toujours vivant. Been there done that, à la fin ça va recouvrir mon découvert et me permettre de partir quelques semaines à l’étranger, y a pas de problème majeur si ce n’est ce léger poids sous mes paupières.

   Non, pas de problème majeur. Mais quand même une vieille brume bizarre qui flotte sur mon paysage quotidien.
Tu vois, cette semaine le matin je donnais un cours de quatre heures à un groupe d’élèves, et l’après-midi j’avais un cours particulier à faire à une Australienne. Ca se passait exactement au même endroit, et entre mes deux cours j’avais une heure pour bouffer. Une heure c’est court, et puis mon compte en banque est dans le rouge, et puis en plus le top de la gastronomie, pour moi, c’est un paquet de chips, alors bon, ouais, ok, ma pause déjeuner, elle a alterné entre le MacDo et le Subway selon les jours. C’est moche, mais j’ai jamais prétendu être beau.
Bref.
Donc, pause déjeuner, un MacDo sur l’un des plus gros boulevards de Paris, mes écouteurs dans les oreilles pour me laver la tête du cours du matin, des dizaines et des dizaines d’autres têtes de bite qui, comme moi, sont en pause déjeuner… Tu vois le truc, j’imagine.
Derrière la caisse, une meuf d’une petite vingtaine d’années. Asiatique, le visage un peu fatigué et luisant de graisse d’hamburgers, un sourire machinal sur les lèvres. Ni jolie ni moche, rien de particulier à en dire à première vue. Sauf que je sais pas, un truc dans ses yeux m’a fait comprendre qui elle était. Ou du moins me l’a fait imaginer, avec bien sûr la possibilité que je me trompe et ne raconte, comme à mon habitude, que de la merde.
Mais oui, une espèce d’ironie brillait dans son regard, malgré la horde de clients face à elle et les piles de frites qui attendaient d’être servies. Une ironie qui m’a suffi à être sûr que cette meuf était étudiante. Peut-être en deuxième année de licence d’anglais, ou un truc comme ça. Vingt ans, à peine partie de chez ses parents, vivant dans un studio minuscule payé par les APL et son mi-temps à MacDo, avec des devoirs à écrire toutes les semaines et un réveille qui sonne à 6H45 tous les matins. Fatiguée, elle aussi, comme moi. Sauf qu’elle, elle a encore l’ironie au fond des yeux. Parce qu’elle sait que tout ça c’est du temporaire, un épisode destiné à un jour s’arrêter. D’ici quelques années, elle aura son diplôme, elle sera arrivée à destination, et alors, terminé, le MacDo et les APL. Elle pourra baiser le monde et cracher dans les frites en donnant sa démission. Elle en chie, elle est épuisée, mais c’est destiné à s’arrêter. Elle a encore une destination en tête, un but à atteindre qui se rapproche un peu plus chaque jour.

   Moi non. Moi je l’ai, mon diplôme. Je suis arrivé au bout de ce chemin-là. Je paie mes impôts, j’ai plus d’APL, j’ai un CDI et je suis un adulte. Ouais. Je suis arrivé au bout de ce chemin-là. Et j’ai découvert que derrière l’horizon le chemin continue, encore et encore, avec un paysage monotone qui se répète en boucle. Mon salaire est toujours aussi merdique qu’avant, mon statut social pareil, mes intérêts n’ont pas tellement évolué, rien n’a changé.
Je n’ai pas baisé le monde. Rien n’a changé, non… Si ce n’est l’ironie dans mes yeux, qui s’est envolée, et avec elle l’espoir qu’un jour tout ira mieux.
Devenir adulte, c’est ne plus avoir de but. C’est simplement continuer à avancer parce qu’il n’y a aucune autre possibilité. Aller d’un point A à un point B à un point C, tout le long de l’alphabet. Passer d’un jour à l’autre en se trouvant quelques points d’ancrage passagers. Un texte à écrire sur un blog, le ménage à faire, une facture à payer, un cours à préparer. N’importe quoi pour motiver les pas supplémentaires à faire le long du chemin, maintenant qu’est mort l’espoir qu’un jour on baisera le monde.
C’est toujours le monde qui nous baise, j’ai l’impression. J’ai un moment envié cette fille, parce qu’elle n’était pas encore au courant. Et puis finalement j’ai commandé mon Big Mac et je suis passé à autre chose.

   Cette semaine, pendant mes pauses déjeuners, j’ai beaucoup écouté le nouvel album de The New Trust, « Keep Dreaming ». Sans surprise aucune, c’est un putain de disque. Lourd, poisseux, vibrant, obscur, compliqué. Une masse rock qui te tombe sur la tête et te fendille le crâne sous son poids.
Un album qui aurait sûrement mérité une meilleure critique que ce texte en forme d’arnaque égotiste. Mais bon, ça va, casse pas les couilles, je suis crevé, alors tu te contenteras de ça.

   Si t’as besoin d’un peu plus pour savoir quand même de quoi je parle, musicalement, je te renvoie à l’interview que j’ai faite du groupe il y a quelques temps. Tu peux aussi checker la critique que le gars Barclau a faite de l’album, ici. Ca ressemble à du copinage, étant donné qu’il parle de moi dans ladite critique, mais bon, vu qu’on s’est jamais rencontrés ni rien, ça va, la déontologie du rock critic est sauve.
Et si t’en as toujours pas assez, bah c’est simple, tu vas sur le site de The New Trust, où tu peux acheter le disque, qui y est d’ailleurs intégralement en écoute. Et puis aussi, tu regardes le clip de « Marigolds ». Moi je te laisse, j’ai des cours à préparer.

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