Inio Asano : « Bonne Nuit Punpun »

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14 juin 2013 par Vincent

App0003--single   Inio Asano est un type dont j’ai déjà très longuement parlé sur mon ancien blog, il y a genre deux ans de ça.
Tiens, d’ailleurs, bam, blraaak, bim, d’entrée de jeu, avec une maestria littéraire que tout internet m’envie, j’annonce : double-digression.

   Double-digression parce que tout d’abord, je dis « Inio Asano est un type… », mais en fait, il se peut que j’aie tort. En effet, depuis quelques mois il se murmure sur le suscité internet qu’Asano aurait récemment changé de sexe, devenant, de fait, une femme. Sauf que malgré des recherches vachement poussées qui ont occupé une bonne partie de ma nuit de travail à l’hôtel, je n’ai pas réussi à déterminer s’il s’agissait de la vérité ou d’une simple rumeur née du fait que dans une interview récente il a dit s’intéresser au thème de la transexualité. Visiblement personne ne sait trop.
Dans le doute, t’inquiète que je vais pas me casser le cul à écrire « il (elle ?) » à chaque fois, et que simplement, là, tout de suite, on va décider toi et moi que quand on parlera d’Inio Asano on dira « il », pour au moins toute la durée de cet article et probablement jusqu’à nouvel ordre ou information complémentaire. Voilà, une bonne chose de faite, déjà.

   Ensuite, double-digression parce que j’ignore si tu savais que j’avais un autre blog, avant. Enfin, non, en fait c’était le même, mais il était hébergé ailleurs. Bref. J’étais chez Canalblog, ils me faisaient chier avec leurs pubs envahissantes et leurs contraintes techniques, alors je suis passé chez WordPress et franchement je ne le regrette pas du tout. Ca fait un peu plus d’un an, maintenant.
J’ai pas rapatrié beaucoup de mes anciens articles ici. Juste la série des Wearing Memories et les vieilles interviews, en fait. Et je sais pas trop quoi faire de ce qui est resté là-bas.
Bon, le plus évident ce serait de continuer comme ça, à laisser l’ancienne version en ligne juste pour le cas où, et aussi parce que c’est finalement plus simple que de la virer… Mais je sais pas. Ca commence à vaguement m’emmerder de laisser ce blog mort pourrir dans son coin.

   Alors j’ai commencé à réfléchir à en faire une version papier, un genre de recueil permettant de récupérer les textes publiés là-bas histoire qu’ils ne soient pas complètement perdus… Mais ça non plus, ça ne me plaît pas tant que ça.
D’une part parce que des textes, y en a un putain de paquet. Genre plus de deux cent pages Word, sans compter les illustrations et compagnie. Financièrement, impossible de tout éditer sur papier.
Et d’autre part, sérieux, je doute que beaucoup de ces textes la méritent, de toute façon, cette deuxième vie sur papier… Quel intérêt d’immortaliser mes états d’âme de l’été 2010, ou mon avis sur un disque désormais oublié de tous ? Nos mots ne sont pas d’or, l’immortalité n’est pas nôtre, nous ne sommes d’aucune importance, tout ça tout ça.
C’est l’intérêt de faire un blog, d’ailleurs : pouvoir communiquer l’actualité de nos pensées, avis ou coliques néphrétiques sans leur donner l’importance et le côté définitif d’une oeuvre imprimée, achevée, nommée. C’est plus un empilement de notes et de bouts de papier qu’on accumule dans un coin et dans lequel des inconnus peuvent trouver un certain plaisir à se plonger au hasard…
Donc ouais, imprimer mes anciens articles, bof. Peut-être simplement une sélection des meilleurs ? Je sais pas.
En tout cas, bof aussi quant au fait de maintenir en ligne un blog inactif rongé par la pub… Bref, je suis perdu et j’erre dans une étendue infinie de doutes métaphysiques. Je te tiendrai bien entendu au courant des développements possibles de cette très sombre affaire.

   Bon, voilà, fin de la double-digression ! C’était vraiment super, hein ? En tout cas on peut en revenir (ou même carrément en venir) au sujet du jour, à savoir le manga « Bonne Nuit Punpun », écrit par Inio Asano et superbement publié en France par Kana. Je te préviens : bâtardise de gros chef-d’oeuvre en phase d’atterrissage dans ta gueule.  Ce monument de la bande-dessinée va te violer les glandes lacrymales de toutes les façons possibles. En piste.

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Donc, comme je te l’avais dit sur mon ancien blog, Inio Asano est un jeune mec (une jeune meuf ? … Merde, je vais pas te refaire toute la double-digression, si ?!) vraiment tueur, qui  enchaîne depuis quelques années les chef-d’oeuvres sans donner l’impression de savoir faire autre chose. Dans ses précédents titres, généralement courts (pas plus de deux volumes à chaque fois, autant dire de l’intimiste par rapport aux durées habituelles des mangas), il s’est surtout intéressé à certains laissés-pour-compte de la société japonaise et moderne en général, à savoir tous ces 25-30 ans qui, au sortir de l’université, n’ont aucune envie de se mettre à sérieusement bosser et décident de plutôt vivre de petits boulots, de petites dépressions et de petites joies. Ouais, ça me rappelle un peu ma vie.
Pour te familiariser avec son oeuvre, je ne peux trop te conseiller « Solanin » une histoire en deux volumes qui raconte la vie d’un groupe de potes correspondant à la description ci-dessus… Avec la particularité que, quand ils étaient plus jeunes, ils avaient crée un groupe de rock. Et suite à un évènement que je préfère ne pas te raconter, ils décident de relancer la machine et de dépoussiérer leurs instruments.
Comme tout ce qu’Asano a écrit, c’est puissant, incroyablement juste dans les sentiments et les personnages, ça fait chialer, et à la fin t’as l’impression d’être devenu pote avec ces mecs en papier. Surtout que lesdits mecs en papier sont dessinés avec un style vraiment identifiable, ce qui est finalement rare dans la production japonaise. Ils ont tous des gueules naviguant entre ultra-réalisme et esthétique japonaise plus classique, et évoluent dans des décors qui, eux, sont quasiment photographiques, donnant une idée ultra précise de ce à quoi ressemble le Japon d’aujourd’hui.

   Ouais, donc, voilà, pour faire court, je suis fan d’Asano depuis quelques années.
Mais depuis un peu plus d’un an, mon fanatisme a viré à l’hystérie totale avec la publication en France de « Bonne Nuit Punpun », sa plus longue série en date, qui est toujours en cours de publication au Japon après déjà une douzaine de volumes.

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« Bonne nuit Punpun » est clairement le chef-d’oeuvre d’Asano, le bilan final de tous les thèmes qu’il a traités jusque là. Une putain d’odyssée humaine qui me fait exploser la cage thoracique à chaque volume.
Ca raconte l’histoire d’un gosse d’une dizaine d’années, le Punpun du titre, qui mène une existence à peu près normale. Une bande de potes, une fille dont il est amoureux sans trop comprendre ce que ça veut dire, une mère certes un peu alcoolique mais pas trop méchante, et un père qui s’est certes barré de la maison, mais qui a laissé la place à un oncle sympa et marrant. L’un dans l’autre, la vie de Punpun n’est ni mieux ni moins bien que celles de ses potes, au moins au départ.

   Mais déjà, dès les premières pages, l’énorme particularité de Punpun saute aux yeux du lecteur, et uniquement aux siens : contrairement à ses potes, Punpun n’est pas un être humain. C’est un genre de mix entre un oiseau et un fantôme. Et en plus il n’a jamais le droit à ses propres bulles de dialogue. Les autres membres de sa familles sont eux aussi dessinés façon « silhouettes enfantines », mais au moins, ils parlent de temps en temps. Punpun, lui, jamais. Mais je te dis, y a que le lecteur qui s’en rend compte, de ça. Qui se rend compte que Punpun est un réceptacle dans lequel on peut mettre notre saloperie d’âme, histoire de partager au plus près ce qu’il ressent et vit.

   Pour autant, s’il est en effet écrit et dessiné pour servir de guide au lecteur, Punpun n’est pas un personnage neutre. Il a un vrai caractère, des rêves et des terreurs qui lui sont propres, et qui doivent beaucoup aux épreuves que lui fait vivre Asano, dont la cruauté non-stop à l’égard de son personnage principal mérite notre respect.
Parce que ouais, si la vie de Punpun semble au départ assez ordinaire, t’inquiète que ça va pas l’empêcher de passer par des moments d’une noirceur totale, poisseuse, qui vont le laisser en miettes. Des miettes qu’il sera de plus en plus difficile, au fil des cassures successives, de recoller les unes aux autres.
Malgré sa gueule de cartoon, Punpun est un personnage qui ne va pas bien. Et, en fait, qui va même de moins en moins bien à mesure qu’il grandit.

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   Et c’est là l’autre coup de génie de cette histoire : l’histoire avance en faisant de grands pas irréguliers.
Si Punpun est bien à l’école primaire au début du premier volume, et qu’il le reste pendant plusieurs centaines de pages (c’est pas énorme, pour un manga), hé bien par contre, d’un seul coup, deux volumes plus tard, Asano décide qu’il est temps pour son héros de devenir collégien, et il lui met deux ans dans la gueule en une seule page.
Et puis au volume suivant, BIM, quatre ans de plus, il est au lycée.
Et là, le volume 7 vient de sortir en France, et Punpun en est à chercher un petit boulot après avoir fini ses études.

   Et pourtant, malgré cette progression temporelle irrégulière et vertigineuse, hé bien thématiquement, narrativement, ça reste super maîtrisé et cohérent. « Bonne Nuit Punpun » offre l’occasion rare de suivre le quotidien et les moments essentiels d’un personnage beaucoup plus complexe et attachant qu’il n’en a l’air au départ.
Sérieusement, à chaque volume ce bâtard d’Asano trouve un nouveau moyen de me foutre les larmes aux yeux. J’ai rarement lu une bande-dessinée aussi poignante, juste, généreuse dans ce qu’elle livre et pudique dans sa posture.
Asano est en train d’écrire un chef-d’oeuvre absolu, et il le fait de façon à ce que ça ne saute pas aux yeux, à ce que ça n’écrase pas la simple histoire humaine qu’il raconte. Gros, gros, GROS manga. Lis-le, très vite, en entier, et plusieurs fois.
Je veux pas trop t’en dire sur l’intrigue, mais obligé, si t’as un jour été amoureux, si tu t’es un jour senti lâche, vil, misérable, si t’as un jour prié pour des lendemains meilleurs ou juste un peu de soleil, bah ce manga va te faire chialer.

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   Pour le choper, tu vas dans une librairie ou ici, si tu préfères. Pour l’instant, seulement sept volumes en français, avec des couvertures vraiment superbes. Par contre, le rythme de parution est méga lent, genre on en a un nouveau tous les quatre mois, quoi… Mais bon : d’une, tu peux en profiter pour te rattraper et lire les autres titres d’Asano, et de deux, on n’a de toute façon pas le choix. Et sérieux, tu verras, y a déjà bien assez de matière à sourires et à larmes dans ces sept volumes pour que l’attente du suivant ne soit pas trop douloureuse…

   Allez, je te laisse, t’as de la lecture qui t’attend. D’ailleurs, en parlant de ça, désolé pour la longueur de cet article.
Non. Pas désolé, en fait. Pas désolé du tout.
« Bonne Nuit Punpun ». Maintenant. Fonce.

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