La collection Dyschroniques, aux éditions du Passager Clandestin

Poster un commentaire

26 mai 2013 par Vincent

   Tu le sais peut-être déjà si tu es un fidèle et que tu as appris cette sainte page par coeur, mais je suis réceptionniste de nuit dans un hôtel. Fascinant, je sais, je sais.
Or, cette nuit, à l’hôtel, pour une raison que je n’ai pas pu identifier, internet ne fonctionnait pas. Outre le fait que ça a rendu mon travail impossible à faire (nouveau détail fascinant : le programme qu’on utilise pour les réservations nécessite une connexion constante à internet ; comme la Xbox One, quoi, mais en moins bien), ça a surtout rendu ma nuit très très très longue.
Oui, c’est bon, je t’entends d’ici : « Whoa, le gars il peut pas s’occuper sans internet, méga-honte, pur produit déviant du XXIème siècle, blablabla ». Ok, si tu veux. Sauf que faut que tu visualises le truc : quand je suis au taf, j’ai pas une liberté de divertissement sans borne, et je dois rester au poste douze heures de suite. Douze heures c’est long, quand t’as pas le droit de quitter l’hôtel, quand t’as pas de télé, pas de bibliothèque, rien à faire et des clients qui viennent te demander des trucs à la con toutes les dix minutes. Très long quand t’as pas internet.
Cependant, ça va, ma présence ici ce matin le prouve : j’ai survécu à cette rencontre avec l’ennui total. « Comment ? » te demandes-tu, lecteur pendu au suspense insoutenable de cette introduction ? Grâce au livre que j’avais dans mon sac. Livre que j’ai lu d’un traite, et qui s’appelle « Le mercenaire », écrit par Mack Reynolds.

   Ce livre (une longue nouvelle plus qu’un roman, en fait) a été récemment republié en France par les éditions du Passager Clandestin, qui viennent de lancer une collection intitulée Dyschroniques, dans laquelle ils ressortent des cartons de vieilles nouvelles de SF un peu oubliées, mais qu’ils jugent être toujours d’actualité.
Pour l’instant, quatre titres sont sortis. J’en ai lus trois, « Le mercenaire » étant mon dernier achat en date de cette collection. Et putain, sur les trois, que de la bombasse totale. Méga soutien à leur ligne éditoriale.
Le point commun des trois nouvelles que j’ai lues, outre leurs classieuses couvertures, c’est d’être assez politiques dans les thèmes abordés. D’ailleurs, en fait je ne connaissais pas les éditions du Passager Clandestin auparavant, mais vu leur catalogue, ça a l’air d’être le genre de la maison. Visiblement ils sont pas mal axés anarcho-décroissants. Enfin, un truc du genre. Je sais pas trop, en fait. Disons que c’est des gauchistes, quoi, ça simplifiera le débat. C’est cool, en tout cas.

PCL-SF02-01
La première des nouvelles que j’ai lues, elle s’appelle « La tour des damnés », et elle a été écrite en 68 par un Anglais du nom de Brian Aldiss.
Ca raconte l’histoire d’une expérience menée en Inde, qui consiste à avoir enfermé dans une tour gigantesque plusieurs milliers de volontaires, qui sont alors complètement et définitivement coupés du monde, et laissés libres d’évoluer, sociologiquement, socialement et humainement, de la manière qu’il leur plaira. Au début de la nouvelle, l’expérience est en place depuis une cinquantaine d’années, et plusieurs générations d’enfants nés dans la tour, et ne connaissant donc du monde que celle-ci, sont déjà apparues. Un type de l’extérieur, envoyé par le gouvernement, va s’introduire dans le bâtiment pour juger de l’intérêt de continuer ou non ladite expérience.
Franchement ça tue. En cent pages, Aldiss parvient à la fois à signer une bonne histoire d’aventure, à explorer le thème du conditionnement social, et à planter un décor hantant, qui obsède même une fois le livre terminé.

Nouvelle SF Un logique nommé Joe Murray Leinster
Le deuxième livre, c’est « Un logique nommé Joe », de l’Américain Murray Leinster. Très courte nouvelle, écrite en 1946 mais avec une écriture super moderne. C’est peut-être l’histoire la moins passionnante des trois, mais c’est aussi la nouvelle la plus hallucinante question anticipation.
1946. Les ordinateurs n’en étaient qu’à leurs balbutiements et internet n’avait encore germé dans aucun cerveau. Et pourtant, comme ça, tranquille, au détour d’un paragraphe, Leinster imagine le truc de A à Z, d’une manière extrêmement proche de ce qu’est aujourd’hui le web. Malade et vertigineux à lire.

1349282-gf
Et enfin, donc, le livre que j’ai lu cette nuit, « Le mercenaire », écrit en 62 par l’Américain Mack Reynolds. L’histoire de Joe Mauser, un mercenaire professionnel qui évolue dans un monde qui pourrait être le nôtre, à ceci près que les multinationales, au lieu de se faire la guerre à coups d’OPA et d’actions boursières, se font réellement la guerre pour régler leurs conflits économiques. Pour ça, elles montent des armées et organisent des « duels de négociations » lors desquels des milliers de soldats professionnels perdent ou prennent la vie pour les intérêts financiers de leurs employeurs. C’est de la science-fiction, hein.
Là-dedans, Mauser, né au sein d’une classe inférieure, voit dans son métier de mercenaire le moyen le plus efficace de s’élever socialement, et de pouvoir peut-être un jour faire partie de la classe dirigeante, celle qui ne va pas se battre.
A priori, cette longue nouvelle est le premier épisode d’une série de quatre romans mettant en scène la vie de Joe Mauser. J’espère grave que Le Passager Clandestin va rééditer la suite.

   A chaque fois la nouvelle est accompagnée de quelques pages finales permettant de la recontextualiser, et bénéficie d’une traduction vraiment parfaite.
Et surtout, à chaque fois, en plus de la dimension allégorique et politique des textes choisis, il s’agit de vraies bonnes histoires de SF, qui font passer un putain de bon moment de lecture en plus de glisser quelques idées entre leurs mots.

   Récemment je discutais avec un pote de l’intérêt ou non de la fiction vis-à-vis, pour faire simple, de l’information documentaire, « réelle ». On n’est pas parvenu à une conclusion ni rien, mais je crois que la fiction a cette qualité que n’a pas le document réel : celle de « raconter » des choses au lieu de les « dire ». De faire ressentir des vérités au lecteur, qui a toute liberté pour les digérer à sa façon et les faire siennes, au lieu de les lui asséner comme des trucs définitifs.
Les oeuvres de la collection Dyschroniques font ça vraiment très bien. Je te conseille à mort de faire le test par toi-même.

   Pour ça, t’as qu’à aller dans une librairie, ou sur le site des éditions du Passager Clandestin.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :