Scorpios : « S/T »

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2 mai 2013 par Vincent

Scorpios   Le week-end dernier j’étais au Groezrock. Ca fait trois ans de suite que je me rends à ce festival, toujours avec la même bande de potes. C’est en train de devenir un genre de rituel, à mon avis pas mal déconnecté de la programmation musicale elle-même. On y va pour boire des shots de Jagermeister, pour tâter deux jours durant d’une ambiance bizarre où les tatouages et les crêtes violettes sont la norme, pour s’éloigner un peu de Paris et de la vie quotidienne, pour revoir la campagne belge et puis pour, simplement, honorer le souvenir des années passées. On y va pour sentir le temps s’écouler et voir si on avance toujours avec lui. C’est à ça que servent les rituels, non ? A vérifier que le lien entre le passé et le présent existe toujours.
Bon, et puis, s’il y a des chouettes groupes à l’affiche, c’est quand même un plus, hein.

   Cette année c’était moyen, sur ce point (et sur le point climatique, également ; putain on a crevé de froid). Pas pourri, clairement pas, mais moyen, ouais. Je vais pas te faire un compte-rendu détaillé, j’ai pas la motivation pour ça, mais je veux juste te parler d’un aspect de cette édition 2013. Du moins de ce que j’en ai vécu.
En fait, ce coup-ci, j’ai principalement squatté la scène acoustique du festival. Quasiment la moitié des concerts que j’ai vus ont consisté en un mec tout seul sur scène avec une guitare. Kris Roe, le chanteur de The Ataris. Geoff Rickly, de feu Thursday. Walter Schreifels, de Quicksand, Rival Schools ou Gorilla Biscuits. Rocky Votolato. Et puis Scorpios, aussi, dont on va parler d’ici un paragraphe ou deux.
Des types qui, à l’instar par exemple d’un Jonah Matranga, ont vieilli devant mes yeux. Des types dont je suis la carrière depuis des années, que j’ai vus passer du statut de chanteurs dans des groupes de punk-rock à celui de songwriters inlassables, incapables de passer plus d’une journée sans toucher à leur guitare pour composer une chanson.
Je veux dire, mate la discographie de mecs comme Joey Cape ou Jonah Matranga… Ces gars ont participé à des dizaines de disques, avec presque à chaque fois un nouveau nom de projet ou de groupe. Et la plupart du temps, merde, ils ne doivent pas en vendre plus de quelques centaines d’exemplaires. Pourtant ils continuent, sans se démotiver, sans pleurer sur le méchant piratage, sans se poser de questions superflues. Ils continuent, juste parce qu’écrire des chansons, c’est leur vie, point.
Plus mes héros musicaux vieillissent, plus ils deviennent humains. Un prénom, un nom, et derrière, des vécus, des groupes disparus et des chansons dont on se souvient et qu’on chante ensemble en concert, eux et les quelques milliers d’autres têtes de bites qui, comme moi, ont été touchées par leurs mots et leurs mélodies. Ce sont des mecs qui n’arrêtent jamais, qui ne disparaissent pas du paysage quand leur groupe splitte. Ils sont là, sur des petites scènes, une bière dans une main et leur éternelle guitare dans l’autre. Ils continueront sûrement jusqu’à leur mort.
C’est ça qui fait la différence entre les « vrais » et les poseurs, peut-être. La capacité à n’être, au bout d’un moment, qu’un prénom, un nom, et une collection de chansons.

   Scorpios, vu sur la scène acoustique le premier jour du festival, est un groupe/album qui regroupe trois de ces mecs : Joey Cape, donc, de Lagwagon, Bad Astronaut et The Playing Favorites (entre autres), Jon Snodgrass, d’Armchair Martian et Drag The River, et Tony Sly, le chanteur de No Use For A Name. Ils sont accompagnés, sur cet album, par Brian Wahlstrom, un pote à eux qui s’occupe du clavier.
Durant leur concert, ils ont joué quelques-uns des titres du disque, mais également, et surtout, pas mal de chansons de leurs parcours respectifs. Des titres issus du répertoire de Drag The River ou des disques solos de Joey. Ils n’en avaient visiblement rien à foutre de promouvoir leur album commun, ils voulaient surtout jouer des chansons qui leur faisaient plaisir et faisaient plaisir aux gens présents devant la scène.
Ca m’a touché. J’écoutais beaucoup Drag The River et Joey Cape, durant les dernières années que j’ai passées chez mes parents, alors que j’étais encore étudiant. Ca faisait quelques années que je ne les avais pas réentendues, et ça a réveillé en moi pas mal de souvenirs associés à ces mots oubliés et ces mélodies qui ne demandaient qu’à se réveiller dans ma mémoire. J’ai passé un moment un peu émouvant, à écouter leurs voix usées et leurs chansons entre country et punk-rock acoustique. C’était bien.

   Tony Sly est mort il y a un peu moins d’un an. Mes héros musicaux vieillissent, quelques-uns meurent. C’est comme ça.
Sur scène, les trois autres Scorpios lui ont rendu hommage en jouant certaines de ses chansons. En continuant à jouer les leurs. En mélangeant les répertoires des uns et des autres pour aboutir à une collection de souvenirs musicaux communs, qui appartiennent à tous ceux qui ont un jour été touchés de près ou de loin par eux. Ca aussi, c’était chouette. Beau, même.

   Le disque de Scorpios, sorti en 2011, n’est le chef-d’oeuvre d’aucun de ses membres. C’est simplement une collection de dix chansons écrites par des ouvriers du punk. Dix chansons qui vont elles aussi faire partie nos discographies communes, dans nos boîtes à souvenirs et nos piles d’hymnes intimes, ceux qu’on se fout dans les écouteurs pour rentrer du boulot ou écrire un texte sur nos blogs. Pour supporter l’enchaînement incessant des jours et des nuits. Des chansons qu’on va reprendre, avec lesquelles on va vieillir, qu’on va oublier, dont on va se rappeler.
Ce n’est pas un disque surprenant, ce n’est pas un disque incontournable, mais c’est un disque que j’aime et qui me rappellera sûrement toujours ce samedi d’avril 2013 où je les ai vus en concert, une bière à la main et les larmes aux yeux en souvenir des jours passés.

   Si toi aussi t’as envie de compter Scorpios parmi ta bande-son personnelle, tu peux aller sur le site du groupe, et checker un peu tout ça. Peut-être que ça te parlera, peut-être pas. De toute façon, ces mecs sont là, leurs chansons aussi, et ils ne demandent qu’à être écoutés et partagés. Et si ça se trouve, un jour, on chantera ensemble, eux, toi, moi, avec chacun des souvenirs différents qui défileront dans nos têtes.
Bande-son du quotidien. Bande-son du temps qui passe.

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