Now, Now : « Threads »

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8 avril 2013 par Vincent

1347481587   En 2008 j’habitais encore chez mes parents mais je travaillais déjà. J’étais surveillant dans un collège, dans une ville qui s’appelle Feucherolles et qui a la particularité intéressante d’avoir le plus haut salaire moyen par habitant de France. Pourtant elle n’a rien de particulier, c’est une petite ville de banlieue lointaine, sans grand intérêt d’aucune sorte, mais pour une raison ou une autre, elle s’est au fil du temps transformée en repaire de traders et de stars. J’avais notamment la fille de Yannick Noah parmi les élèves dont je m’occupais. C’était une gamine très calme et très sympa. Putain, ma vie c’est quand même du lourd à raconter, non ?
Cela dit, lourd ou pas lourd, je suis saisi d’un doute, là : si ça se trouve, en fait je me plante et c’était le bled d’à côté qui avait le titre de ville au plus haut salaire moyen de France… Mais peu importe : de toute façon, les gosses des deux villes allaient au même collège. Où j’étais donc surveillant. Il s’agit de ne pas perdre le fil.

   De tous ceux que j’ai fait, ce boulot est celui que j’ai préféré. J’aimais mes collègues, j’aimais la plupart des gosses de l’établissement, et c’est la seule et unique fois depuis mon entrée dans la vie active que je suis allé au taf avec un sourire impatient sur les lèvres. Ca me manque.
Mais le problème de ce taf, c’est le poids social qui l’accompagne, la représentation communément admise qui en est faite. Sérieusement, si tu fais ce boulot alors que t’as presque trente ans, que t’as un diplôme Bac +5 en poche et que t’es plus étudiant, bah juste, l’intégralité de la société te regarde comme un putain de loser, et tu peux faire le beau et dire que le regard des autres tu t’en bats la race, je sais, tu sais, tout le monde sait que ce n’est pas vrai.
Pourquoi je parle de ça, moi ?
Ah oui.
Donc, quand je bossais dans ce collège, j’y allais en bus. Et entre l’arrêt de Feucherolles et le collège, il y avait un petit chemin, qui passait entre les pavillons de la ville. Comme j’arrivais en avance, vers 7H45, il n’y avait pas encore grand monde dans les rues. En fait, généralement il n’y avait même personne à part moi.
Ah, une fois si, il y avait eu deux bergers allemands perdus, sans maître ni rien. J’avais un peu flippé, le temps de me croire dans Resident Evil, mais en fait ils étaient cool, même si un peu pot-de-colles. Ils m’ont suivi jusqu’au collège et on a dû les enfermer dans l’infirmerie pour pas que les gosses les emmerdent jusqu’à ce que la fourrière arrive.
Mais ça n’a strictement aucun rapport avec le disque du jour.
D’ailleurs, on en est déjà à plus de 450 mots et j’ai même pas mentionné le groupe dont il était cette fois question. Joli boulot, Vincenzo.

   Bon, le matin, être surveillant, le chemin jusqu’au collège, tout ça, donc.
Je chérissais ce moment. Je l’adorais. Ces dix minutes de marche entre l’arrêt de bus et le collège où je bossais, seul, dans la pénombre matinale, avec les écouteurs de mon MP3 dans les oreilles. J’écoutais trois ou quatre chansons, les mains dans les poches. Je les écoutais vraiment, plus attentivement, plus « émotionnellement » qu’à aucun autre moment de mon quotidien.
Parmi ma bande-son de l’époque, le premier album de The Gaslight Anthem, The Ataris bien sûr, une bonne partie de l’écurie Slowdance Records, Eisley, le troisième album d’HORSE the band… Et puis, aussi, « Cars », le premier disque d’un groupe que j’avais découvert sur MySpace (à l’époque, cette phrase n’avait rien de drôle) et qui s’appelait Now, Now Every Children. Un trio, deux filles un mec, pour un résultat assez similaire à We Are Ex Lovers, en un peu moins bien.
Du pop-rock un peu précieux, sucré et nostalgique à la fois, qui n’ose pas faire trop de bruit mais essaie quand même de t’ouvrir le coeur le temps d’un refrain ou d’une chanson. Pendant quelques jours, voire même quelques semaines, j’avais bien kiffé Now, Now Every Children. Et puis finalement, j’avais oublié, d’autres groupes étant venus m’envahir les oreilles, et je n’avais pas tellement suivi l’évolution des trois gosses de Minneapolis.

now now

   Je les ai retrouvés complètement par hasard il y a quelques semaines, en me baladant sur internet et en jouant avec les liens de différents blogs musicaux.
Désormais, lesdits gosses s’appellent juste Now, Now. Plus d’enfants ici. Et d’ailleurs, ça s’entend dans leur son : la pop discrète et timide a laissé la place à un rock assumé, parfois même surprenamment bruyant (c’est pas Napalm Death non plus, mais tu vois ce que je veux dire), pas mal biberonné au shoegaze.

   Sérieusement, ce dont je me souvenais de Now, Now (ou plutôt de Now, Now Every Children, donc) ne laissait aucunement augurer de la célestialité de ce « Threads », sorti l’année dernière, qui leur sert de premier album sous leur nouveau nom abrégé. Les deux filles et le mec du groupe ont visiblement décidé de se lâcher, d’ouvrir la bouche et de maltraiter les guitares, et putain, ils y ont gagné un truc incroyable, mélange d’énergie et d’inventivité super frais. Il s’est passé une révolution dans leur tête, et ils sont devenus en l’espace d’un seul album un genre de monstre à trois têtes complètement imparable pour quiconque à encore des choses à discuter avec la musique rock. Dès la première chanson, tu baisses la tête et tu te mords les lèvres tellement c’est puissant.

  Ca convoque The Smashing Pumpkins, Amusement Parks On Fire, Scarling, bien sûr My Bloody Valentine, le tout avec un dosage aussi précis que parfait, et une putain de tristesse poisseuse, dépressive, grise, qui s’étale sur les douze chansons de l’album comme une mélasse dégueulasse et lacrymogène qui te hurle dans l’oreille que tout est terminé, que tu as vieilli, que ton amoureuse est morte, que la ville de ton adolescence a rétréci, et que tu es désormais assis sur la pointe de l’une des falaises marquant la limite du monde.
Cet album, c’est l’adieu à la jeunesse, les regrets, les ombres et le paysage coloré qui vire au noir et blanc. C’est devenir adulte. C’est la putain de merde de totale dépression.

   Ouais. Je ne m’y attendais pas, et surtout pas venant de ce groupe que j’avais classé dans la colonne « sympa sans plus » de mon esprit, mais « Threads » est un chef-d’oeuvre.
Contrairement à ce texte que j’ai la méga flemme de relire.

   Pour choper le disque, ou en savoir plus à son sujet, tu vas sur leur site internet. Devrait y avoir ce que tu cherches.
Cadeau d’une falaise de la limite du monde à une autre : le clip de la chanson « Thread » (l’absence de pluriel m’empêche d’utiliser l’adjectif « éponyme »), qui sert de single à l’album.

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