Interview : Nathalie Vincent

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27 mars 2013 par Vincent

   Cette interview, elle s’inscrit dans une démarche totalement « vrais reconnaissent vrais ». Parce que si t’es l’un de mes frères d’écouteurs, l’une de mes soeurs de playlists, quelqu’un qui a le bon goût d’avoir mis ce blog dans sa liste de favoris (ne t’en caches pas, je sais que c’est le cas), alors y a des chances pour que le nom de Nathalie Vincent te dise quelque chose.
   Bon, déjà, y a des chances de ça parce qu’en fait, j’ai parlé d’elle il n’y a pas longtemps. Au fil d’une chronique de disque évoquant l’époque Drive-Thru Records, j’ai esquissé l’idée d’interviewer cette fille, qui se trouve avoir été, sans le savoir, ma guide musicale lorsque j’étais ado. Elle écrivait dans le magazine Rock Sound, et a contribué, par ses critiques et les groupes qu’elle a mis en lumière, a construire mon « identité d’auditeur », pour utiliser une formule que je ne comprends pas moi-même.
   Suite à l’article dont je parlais, l’idée a continué à me tourner dans la tête… Et finalement, un matin, bah je me suis dis que Facebook était grave mon meilleur pote, et j’ai retrouvé ladite Nathalie Vincent. Et puis je l’ai interviewée.
   Le résultat, c’est ici et maintenant. L’âge d’or de la presse rock française revient pour te tarter la gueule.

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Hello Nathalie ! Bon, je t’ai déjà un peu présentée dans l’intro, normalement, mais comme en vrai je ne te connais pas réellement, est-ce que tu peux le refaire à ta façon ? Qui est Nathalie Vincent ?

Nathalie Vincent est une trentenaire (et des poussières) qui ne peut vivre sans musique (oh le beau cliché) et qui se cherche encore ; une sorte de Michael Cerra au féminin dans « Nick & Norah’s Infinite Playlist ».

– Je ne te cache pas que cette interview va principalement tourner autour des années que tu as passées en tant que journaliste pour le magazine Rock Sound… D’ailleurs, les années en question, c’était lesquelles ?

De 1998 à 2004, mes six années chez Rock Sound, avec beaucoup de hauts, quelques bas, mais jamais d’ennui.

– Comment ça a commencé, pour toi ?

Lectrice de Rock Sound et tarée de musique, j’ai commencé par être stagiaire chez eux en janvier 1998 dans le cadre de mes études de journalisme (à l’Iscom, Lyon). Deux mois à Clermont-Ferrand aux côtés d’Yves Bongarçon, rédacteur en chef, Pierre Veillet, éditeur délégué, et Franck Frejnik (SR et journaliste pour Groove à l’époque). Deux mois où j’ai appris beaucoup et qui ont débouché sur un contrat en alternance avec le CFPJ et en prime, la centralisation de la rédaction à Paris. J’ai 18 ans, je quitte ma région stéphanoise pour aller bosser dans le journalisme musical, cliché mais vrai. Au bout de deux ans, je signe mon premier CDI.

– Tu gardes un bon souvenir de cette époque, globalement ?

Oui un excellent souvenir, des années folles au cours desquelles, en plus de ce travail de rêve, je sortais de l’adolescence, on peut dire que c’était des années formatrices à de nombreux niveaux, aussi bien professionnels que personnels.

– A ce moment-là, au début des années 2000, Rock Sound était un acteur important de la presse musicale française, et c’était avant qu’internet ne se la joue rouleau-compresseur… Vous pesiez lourd. Est-ce que, de fait, les maisons de disque vous foutaient parfois la pression pour mettre tel ou tel groupe en avant ?

Non pas vraiment. Nous avions plutôt tendance à leur conseiller de mettre en avant nos coups de coeur. Après, tout le côté business et marketing était là, mais influait très peu sur les chois éditoriaux… Belle époque, donc 🙂

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– Je confesse que j’ai cessé de lire Rock Sound quelques années avant que le magazine ne s’arrête… Tu faisais toujours partie de l’équipe, à ce moment-là ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Manque de lecteurs ? Le rouleau-compresseur dont je parlais plus haut ?

Je suis partie en 2004 car je ne pouvais simplement plus travailler dans des locaux différents, avec des gens différents… Le départ d’Yves Bongarçon, mon mentor, de la rédaction a été pour moi l’élément déclencheur d’un certain malaise. Chez Rock Sound, on était une famille, on mêlait le professionnel au personnel, on se voyait en dehors du boulot, on s’aimait et s’engueulait comme des frères et soeurs. Le départ d’Yves a malheureusement fait changer pas mal de comportements et je me suis vite retrouvée bouc-émissaire d’une équipe qui a dû vouloir me faire sentir que je n’étais plus la fille favorite qui faisait un peu ce qu’elle voulait. Je me suis sentie trahie et exclue, et j’ai profité d’un rachat de la boîte pour faire jouer ma clause de conscience et partir vers de nouveaux horizons.
Après oui, côté économique, c’était un peu le début de la fin, mais la menace d’internet ne se faisait pas encore ressentir, c’était davantage des choix éditoriaux différents qui ont, à mon humble avis, mené le magazine à sa perte.

– Perso, ce magazine, je l’ai lu de 98 à 2004, je crois… Tous les mois. Je n’ai lu aucun autre magazine sur une aussi longue période. Forcément, à force, j’ai appris à connaître les plumes qui y écrivaient, à savoir auxquelles me référer aveuglément et desquelles me méfier… Et toi, tu étais le nom que je guettais le plus. T’avais des goûts similaires aux miens, et tu m’as sans le savoir conseillé un tas de groupes que j’aime encore aujourd’hui. Une question que je me pose, avec le recul de mon âge désormais vénérable, c’est de savoir à quel point les disques dont tu parlais à l’époque correspondaient réellement à tes goûts, et pas seulement à de simples impératifs éditoriaux… Tu aimais vraiment ce dont tu parlais, ou tu critiquais ce que le rédacteur en chef te filait ? Les disques qui tournaient à l’époque dans ton discman (rappel : 1999 ; discman), c’était quoi ?

Quand je disais le plus grand bien d’un disque, c’était à 99% du temps parce ce que je l’aimais vraiment et l’écoutais en boucle, hors travail. Les chroniques étaient souvent réparties selon les goûts des rédacteurs, il était donc rare que l’on se retrouve avec des trucs qu’on détestait entre les mains. Bien sûr ça arrivait et ça pouvait donner lieu à des grincements de dents, mais bon…
Alors, en 99…. Je vais devoir aller chercher dans ma mémoire là… Ca devait être tout de même une grosse tendance punk-rock, écurie Burning Heart, Epitaph et Fat Wreck à fond.

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Récemment j’ai écrit une critique de disque dans laquelle je parlais du style « Drive-Thru Records ». C’est un label, et un genre, qui étaient un peu the next big thing, lorsque ils sont apparus. Perso, c’est à ce moment-là que j’ai plongé corps et âme dans une espèce de sous-culture nourrie de la série « Buffy » et des albums de Blink. Ca a été une révélation, ça m’a filé des rêves de banlieue américaine pour le restant de ma vie. Mais je le rappelle, à l’époque, j’étais ado… Et justement, cette musique était super liée à des thématiques adolescentes. Toi, t’avais quel âge, à ce moment-là ? Comment t’as vécu cette nouvelle vague, certes excitante mais très produite et « propre », du pop-punk ? T’avais déjà du recul, ou t’étais en première ligne ? Et comment t’en parlerais, aujourd’hui ?

J’avais dans les 20 ans à cette époque et j’étais bien imprégnée de cette vague-là, je n’avais pas le recul, j’étais en plein dedans, je ramenais des t-shirts Hurley ou Porn Star des Etats-Unis, j’étais baggy et pompes de skate. J’aimais ce que racontaient ces groupes, j’aimais bien les histoires de coeur et les soucis d’ados, c’était la pleine période « American Pie », aussi, faut dire ! Ces petits branleurs me changeait pas mal des dépressifs du post-grunge et des faux révoltés du neo-metal, je crois. Je crois aussi quand même que je captais (ou que je voulais m’en convaincre) le second degré des paroles faussement naïves de cette vague pop-punk. Ayant grandi avec les Sex Pistols, le Clash, puis Rancid, NOFX et compagnie, j’ai dû regarder de haut ces nouveaux groupes avant de les rencontrer et me rendre compte qu’on avait les même goûts et que le côté jeunes brailleurs m’éclatait plus que le No Future de mon adolescence.
Aujourd’hui je n’en parlerais pas différemment, d’autant plus qu’au-delà de cette vague, j’ai eu ma petite histoire d’amour avec Drive-Thru, qui correspond à une époque, donc à des souvenirs bien précis que je regarde aujourd’hui avec beaucoup de tendresse.

– C’est donc toujours un truc qui te parle, musicalement ? Il t’arrive de mettre du Finch dans tes enceintes ?

Oui, complètement, Finch est un épisode important de ma vie, j’ai une histoire avec le groupe et ses membres et il m’arrive encore régulièrement d’écouter « What It Is To Burn » à fond.

– Moment ragots : t’as rencontré à peu près la totalité des groupes que j’idolâtrais à l’époque. T’as du lourd à balancer ? Des mecs qui se sont révélés être de gros connards, ou au contraire des groupes qui t’ont marquée en bien ? Ils étaient sympas, les types de Papa Roach ?

Du lourd non, je ne crois pas, à part des anecdotes qui me font marrer mais n’ont aucun intérêt pour le commun des mortels… Les groupes de pop-punk ont toujours été ultra adorables. Après oui, côté neo-metal, on parlait peu du sens de la vie et même si les discours manquaient d’originalité, je n’ai jamais réellement eu affaire à des mecs odieux. Sinon, pour Papa Roach, tu vas être déçu ou pas, mais ils étaient très sympas et avenants (sauf le bassiste haha), déconneurs et fêtards.

– En plus d’avoir rencontré ces types, t’as aussi chroniqué leurs disques. Genre, par milliers, peut-être bien. C’est quoi, selon toi, la recette d’une bonne chronique de disque ?

Alors là, je suis la dernière à pouvoir répondre à cette question car je détestais écrire des chroniques, c’est le truc que j’aimais le moins dans l’écriture. Décrire un truc qu’on entend et ressent, j’ai toujours trouvé ça affreux. Je ne pense pas qu’il y ait de bonnes ou mauvaises chroniques, pas plus que de bons et mauvais chasseurs.

– De manière plus générale, si tu devais retenir les expériences les plus oufs que tu as vécues grâce à ce travail, quels souvenirs te reviendraient direct ? Bons ou mauvais, hein, mais surréalistes !

Faire sortir le premier album de Finch et le premier Good Charlotte en France, mes grosses fiertés… J’avais fait écouter les disques que j’avais achetés aux USA aux maisons de disques françaises pour qu’elles en fassent quelque chose (Epic/sony pour Good Charlotte et Barclay/Universal pour Finch). Partir dix jours en Californie pour aller interviewer l’écurie Drive-Thru : Finch, Something Corporate, The Movielife et Homegrown. Partir sur plusieurs dates du Deconstruction Tour et faire la teuf avec NOFX, couper les cheveux de Joey Cape dans les loges du Club Dunois, faire boire du vin à un mec de Snapcase. Plusieurs dates du White Pony Tour avec Deftones. Faire pleurer Mark Hoppus et Tom DeLonge de rire dans une chambre d’hôtel en Nouvelle-Zélande. Mes soirées avec Glassjaw, mes bourrages de gueule avec Muse… Il y en a trop !!

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– Aujourd’hui, on l’a dit, Rock Sound est mort depuis plusieurs années… Quand tu y repenses, c’est un magazine dont tu es fière ? Je me souviens qu’il était un peu décrié dans les milieux DIY où je me suis mis à traîner après le lycée, mais pour moi, vous faisiez réellement la passerelle entre le mainstream et l’indé…

Oui je suis super fière du taff qu’on a fait au sein du mag, je suis contente d’y repenser et ne garde que les bonnes choses. Après on ne peut pas plaire à tout le monde, moi aussi j’ai été prise entre le côté « commercial » de mon taff et mes copains de la scène hardcore française de l’époque, mais rien n’est pas arrangeable avec un peu d’humour, de recul et de bière.

– Tu es encore en contact avec les autres journalistes de l’époque ? Olivier Portnoi, Thomas Vandenberghe… ?

Oui, même si très peu. On s’envoit des petites conneries ou des vieilles private jokes sur Facebook. Thomas m’invite à ses spectacles, je suis sa carrière. Olivier reste une de mes plus belles rencontres de cette époque.

– Qu’est-ce que tu fais, désormais ? Tu écris toujours ?

Je suis en plein reconversion dans l’infographie mais je vais très certainement réécrire dans un futur proche. Je n’en dis pas plus pour ne pas m’attirer de poisse.

– Y a quelques temps, j’ai cru entendre ton nom dans les médias… Bien sûr, il peut s’être agi d’une autre Nathalie Vincent, maaaais… Est-ce que c’est toi qui a faite la célèbre « interview homophobe » de Sexion D’Assaut ?

Absolument pas, désolée. Côté rap, je reste fidèle à mes bons vieux NTM, et pour citer Joey Starr à propos de Sexion D’Assaut : « ils sont huit et il n’y a pas un seul cerveau ».

– Quel regard tu portes sur la presse musicale d’aujourd’hui ?

La quoi ? 🙂

– Et sur la musique, tout court ? C’est quoi tes disques de chevet, en ce moment ?

Oh ben là tout de suite, le dernier Biffy Clyro, évidemment.

– Bon, on arrive à la fin de mes questions… Merci énormément, Nathalie. C’était super marrant, cette interview. Sur ce, le mot de la fin t’appartient !

Mot de la fin : « Lisez des bouquins ».

Merci encore, et peut-être à bientôt !

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4 réflexions sur “Interview : Nathalie Vincent

  1. Donovan dit :

    Je ne savais pas qu’ en écrivant dans « Rock sound », Thomas Vandenberghe, humoriste d’aujourd’hui plutôt sympa, c’était déjà fait un nom connu de tous (sauf moi)!

    • Vincent dit :

      Et si ! C’était un journaliste de longue date du mag, et il en est même finalement devenu le rédacteur en chef ! D’où, peut-être, le fait que le sketch qui l’a ensuite fait connaître en tant que comique traitait du rock, d’ailleurs…

  2. stephane dit :

    Sympa cette interview. Ca me ramène dix ans en arrière, à l’époque où ce magazine était un vrai phare musical, et a façonné ma discographie. Nathalie en était un des meilleurs éléments.
    Et pis la découvert de Finch, CD passé maintes et maintes fois dans tous les lecteurs que j’ai pu posséder… Que dire si ce n’est pas merci à eux.
    Longue vie à Nath et à tous ceux qui ont fait partie de l’aventure Rock Sound…

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