The Lollipops : « Pop Narcotics »

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28 février 2013 par Vincent

1503319104-1    En ce moment je lis un roman d’Irvine Welsh, l’auteur de « Trainspotting ». Ca s’appelle « Glue » et c’est vachement bien. Oh, c’est pas en train de devenir mon livre favori ni rien, y a des lourdeurs et Welsh a quand même des sujets vachement précis dont il n’aime pas sortir… Mais putain… Tu sais, c’est ce genre de livre… Parfois, je lis une scène, et puis je suis obligé de refermer les pages et de rester là un moment, immobile, à regarder par la fenêtre ou je ne sais quoi. Même pas parce que la scène que je viens de lire serait genre super puissante ou quoi, mais parce qu’elle m’a parlé.
Y a ces livres qui ont des scènes « fortes », des passages où, au moment de les écrire, l’auteur s’est dit : « putain, là je vais les faire chialer, ces bâtards de lecteurs« . Il sait ce qu’il fait, il sait comment il le fait, et ça fonctionne.
Mais parfois, y a ces scènes qui, juste, te parlent, à toi, précisément à toi, sans que jamais l’auteur ne l’ait prévu. Comme cette image matinale, dans « Glue« . Un personnage qui, après une nuit de beuverie, se réveille allongé en travers sur le lit d’un pote, avant de prendre le petit-déjeuner avec les parents dudit pote. La scène n’est pas « belle », elle n’est pas spécialement touchante ni rien, mais juste, elle ouvre une porte dans ma tête dont j’ignorais l’existence, et elle me fait voir un film bizarre dans mon crâne. Grâce à elle je vis des souvenirs imaginaires.
Lorsque de telles scènes arrivent, je m’y abandonne. Je referme le livre un moment et puis je laisse les souvenirs que je n’ai pas vécus se dérouler jusqu’au bout. Ensuite, je reprends ma lecture.

   Pourquoi je te parle de tout ça dans une critique de disque, tu te demandes ? Parce que « Pop Narcotics« , l’album de The Lollipops sorti l’année dernière, me fait le même effet, version musicale.
Je sais que ce disque ne deviendra probablement pas un album culte pour moi, et peut-être même que dans six mois j’aurai oublié jusqu’à son existence. Mais depuis que je l’ai découvert (via le label Diggup Tapes, auquel je m’intéresse depuis que j’ai écouté Nieces And Nephews), voilà, à chaque fois que je l’écoute, j’ai ces souvenirs fictifs qui me viennent, ces images qui défilent, cette bande-son mentale qui se superpose au disque et joue avec elle.
Les images, ce sont celles d’un dimanche matin un peu gris et froid. Je vivrais dans une ville en bord de mer, je sais pas pourquoi mais c’est comme ça, dans mon délire. Y aurait des herbes hautes plantées dans les dunes et je serais assis dans le sable mouillé avec des gens autour de moi, pas beaucoup, juste quelques potes. Même pas des potes proches mais genre une bande de gens avec qui je viendrais de passer la nuit à boire et crier des chansons. On aurait tous la gueule de bois et on se remettraient en faisant passer un joint et en écoutant ce disque.

5947273_700bIl est fort possible que ce souvenir soit complètement volé
à cette scène de la série « Skins », aussi.

   The Lollipops, en fait, c’est juste un mec tout seul. Il s’appelle Iggy Cosky et vient de Raleigh, en Caroline du Nord. C’est tout ce que je peux te dire.
Non, en fait, je peux aussi te dire que cet album est assez sublime. C’est de la pop à claviers, avec une voix un peu nasillarde mais pas du tout agaçante. Le son (très « bedroom music« ) joue vachement sur une espèce de réverb un peu 60’s, et globalement ça s’amuse tout en nostalgisant comme un bâtard. Sérieusement, si la couleur de cette musique n’est pas un peu pastelle, passée, comme un vieux dessin oublié retrouvé au fond d’un tiroir, je comprends pas. Et en même temps… Ca touche au rock (le morceau final, « Betty Skelton« ), à la folk lugubre (le morceau d’ouverture, « Black Tar Carpet Ride« ), et à plein de trucs entre les deux. Ca joue du vocoder sur « Happy Go Lucky« ,  ça évoque les Beatles sur « Unsure« , ça fait de l’electro sur « Hypnophobia« … Bref, ça fait de la musique, quoi, et ça aime ça, de manière évidente. Les titres sont courts, et malgré des transitions parfois brutales, ils s’enchaînent bien et, à la fin de l’album, dévoilent une réelle cohérence.
Bande-son idéale du spleen tranquille, ou du film « The Virgin Suicides« . Si toi aussi parfois tu te demandes à quoi bon supporter encore des années de ciel gris et de regrets, peut-être que ce disque t’apportera un début de réponse. Ou l’envie de t’acheter un jeu de lames de rasoir pour te marrer une dernière fois.

   Sur le Bandcamp de The Lollipops, tu peux télécharger cet album gratuitement, ainsi que tout un tas de démos et de b-sides. Je t’encourage très fortement à le faire.

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2 réflexions sur “The Lollipops : « Pop Narcotics »

  1. w. dit :

    Tu sais quoi, t’es pas tout seul à vivre de souvenirs fictifs. Ça m’arrive aussi parfois, une scène, un film, une phrase, un couplet… Et le cerveau s’emballe et on regrette de ne jamais vivre de tels moments. J’vais écouter attentivement the Lollipops pis tu m’donnes aussi le goût de lire Welsh. Merci.

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