Jonathan Coe : « The Rain Before It Falls »

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14 février 2013 par Vincent

UK-Rain-2007   De Jonathan Coe je n’avais que le souvenir lointain de son roman « La maison du sommeil », qui m’avait été conseillé il y a genre huit ans par un mec qui s’appelait « Monsieur Lampel », prof de version des premières années de ma fabuleuse carrière universitaire en tant qu’étudiant en littérature et civilisation anglo-saxonne. C’était à Saint-Quentin-en-Yvelines, une ville centre-commercial dans laquelle je ne peux aujourd’hui plus me promener sans que ça ressemble à un étrange pèlerinage mémoriel.
Alors que ce n’est pas le plus lointain, c’est le chapitre de mon existence qui m’a laissé le moins de souvenirs, au point que j’ai désormais complètement oublié certains visages et certains lieux qui lui sont liés. Bizarre et difficile à expliquer. J’ai pourtant vécu des choses importantes, à l’époque, ne serait-ce que ma découverte de la musique punk, mais je ne sais pas… Le quotidien de ce temps-là a sombré sous la surface de mes souvenirs.
Tout comme le contenu de « La maison du sommeil« , d’ailleurs. Là, franchement, je suis à peu près incapable de vous dire de quoi parle ce roman, ni même s’il m’avait plu ou non.

   Cela dit, quand une copine m’a récemment prêté un bouquin qui traînait chez elle, en me disant qu’il était cool et que je devrais le lire, j’ai quand même immédiatement reconnu le nom sur la couverture. Jonathan Coe. Un Anglais d’une cinquantaine d’années dont je ne peux rien dire d’autre. J’ai accepté le roman, et même, j’ai commencé à le lire. Parce que cette copine (qui se trouve être celle qui m’a déjà prêté ce livre-là) est généralement de bon conseil, et parce que je n’avais rien d’autre à lire sous la main.

   Au début de ma lecture, la motivation a eu du mal à me trouver. Déjà, le titre français du livre, « La pluie avant qu’elle tombe« , sonne comme un film qui parlerait de trentenaires parisiens dépressifs. Genre un film avec Mélanie Laurent, tu vois le genre de saloperie. Ensuite, les premières pages de ce roman, du moins dans sa traduction française, se mettent en place au rythme d’une écriture un peu poussive, très riche en adjectifs et adverbes, qui a eu du mal à m’emporter, surtout que je ne savais pas où elle voulait m’emmener. Mais bon, je l’ai dit, j’avais plus rien à lire, alors j’ai continué.
Et là, BAM, au bout de quelque chose comme cinquante pages, d’un coup, « The Rain Before It Falls » (ouais, ouais, je fais mon snob, je mets le titre en anglais… J’ai même pas de justification, en fait ; je fais mon snob, point) se met en place de manière bien vénère, et devient une grosse bombe littéraire, grâce à un gimmick de narration assez simple, mais complètement en adéquation avec l’histoire racontée.

La-pluie--avant-qu-elle-tombe

   Cette histoire, elle commence avec une femme qui s’appelle Gill. Mère de deux filles et femme sans trop de soucis, elle apprend dès la première page du livre la mort de sa tante Rosamond. Une mort qui ne surprend personne, vu que Rosamond était vieille, malade, tout ça. En l’absence de famille proche, c’est Gill qui se retrouve à devoir faire le ménage chez tata, histoire de débarrasser la maison des affaires de la défunte. Ce faisant, elle tombe sur une série de cassettes audios, enregistrées par Rosamond juste avant sa mort. Une note les accompagne. Celle-ci dit qu’il faut filer les cassettes à une certaine Imogen, mais que si personne ne parvient à la retrouver, la famille a le droit de les écouter.
Gill cherche Imogen. Elle a le souvenir lointain d’une gamine qu’elle avait croisée une seule fois, lors d’une réunion de famille vingt ans plus tôt, mais ne se souvient d’aucun détails, ni de qui pourrait être cette fille par rapport à Rosamond, lesbienne assumée sans enfant, qui n’avait a priori pas mené une vie sociale incroyable.
Mais Gill est sérieuse, et continue réellement à chercher Imogen, avec l’aide de ses deux filles à elle. Sauf qu’Imogen reste introuvable. Alors, finalement, les trois femmes (Gill et ses filles) écoutent les cassettes.

   Et là, le bouquin devient génial.
Dès le début de l’enregistrement, on apprend qu’Imogen est une lointaine petite cousine de Rosamond. Un lien familial très lointain, qui ne justifie pas, à première vue, que cette fille soit la personne à laquelle Rosamond veuille adresser ses derniers mots. On apprend aussi qu’Imogen ne connaît pas son histoire familiale, pour une raison qu’on ignore. Et, enfin, on apprend qu’Imogen est aveugle.
C’est pour ces deux dernières raisons que Rosamond décide de révéler à Imogen la vérité sur sa famille, par le biais d’une grosse vingtaine de photos, qu’elle va lui décrire, puisqu’elle ne peut pas les voir.

   A 80%, ce livre consiste en cela : en la retranscription ininterrompue de l’enregistrement. A chaque chapitre, Rosamond décrit une photo, qui représente une époque, une étape de sa vie à elle, et un pas supplémentaire vers celle d’Imogen.
Un chapitre, une photo. Un chapitre, une photo. Un chapitre, une photo. Jusqu’à ce que, petit à petit, le lien entre Rosamond et Imogen se précise.
Les périodes liées aux photos sont parfois espacées de plusieurs années les unes par rapport aux autres, et ces longues périodes laissées dans le flou narratif ne sont généralement esquissées qu’en quelques lignes rapides. Bien qu’il ne raconte pas une histoire bourrée d’explosions et de rebondissements, « The Rain Before It Falls » est prenant, haletant. Ce gimmick des photos permet d’aller vite, droit au but, de ne pas s’embarrasser de contraintes narratives. On passe d’un moment-clé à un autre, sans avoir à se taper des transitions chiantes, inévitables dans un roman à la structure plus classique. De fait, toutes les scènes en deviennent iconiques.

   Sérieux, ce livre est extrêmement lourd. Pas très long, il parvient cependant à retracer une certaine idée du XXème siècle anglais, et de ce que c’est que de grandir, puis de vieillir. Ca parle de la famille, de la solitude, de ce qu’on attend de la vie, du bonheur qui, par définition, ne dure jamais longtemps.
Très féminin (quasiment aucun personnage masculin, et absolument aucun qui soit intéressant ou valorisé) et pourtant dur, triste et gris comme un dimanche après-midi d’hiver, cette histoire assez mortelle te tire un peu les larmes sur la fin.
Je ne sais pas si, dans huit ans, je me souviendrai de ce livre, où si Jonathan Coe sera à nouveau redevenu un souvenir lointain. Mais en tout cas, là, tout de suite, je peux te dire que j’ai adoré « The Rain Before It Falls« .

   Si tu veux l’acheter, tu peux le trouver ici en français, et là-bas en anglais.

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