Soap&Skin : « Narrow »

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5 janvier 2013 par Vincent

Soap-skin-Narrow    Peu importe qu’on s’en rende compte. Peu importe qu’on soit conscient, qu’on « sache », qu’on se pense plus malin que le camp d’en-face : le marketing et les bureaux d’étude nous ont déjà rangés dans une case socioculturelle, tous, vous comme moi, et ils l’ont fait efficacement. Ils ont crée pour le plus rebelle d’entre nous des bons petits produits à lui vendre, qu’il le veuille ou non. Des trucs tellement proches de ce qui compose son univers mental personnel que peu importe. Il peut être un anti-pub vénère, il achètera quand même, à la fin. Il n’aura pas le choix, contrairement à ce qu’il croit. Il ne l’a jamais eu, en fait.
Ouais, on a beau savoir, peu importe : on se fait baiser, et on achète.

   Depuis le début de son existence artistique et ma découverte de celle-ci (je vais jouer les darons : je la connais depuis son tout premier EP ; big up à moi), j’ai très peur qu’Anja, la fille qui ne se cache pas du tout derrière le nom Soap&Skin, soit justement l’un de ces produits marketing précisément calibrés pour la niche socioculturelle à laquelle j’appartiens. Tout le laisse croire. Une artiste créée de toutes pièces pour rapprocher les amateurs de musique indé du marché de masse. Un peu, à une moindre échelle quand même, comme ce que les mecs ayant crée la monstruosité Lana Del Rey avaient tenté de faire.
Depuis le début de son existence artistique et ma découverte de celle-ci, je prie pour avoir tort.
Parce que, depuis le début de blablabla, j’aime cette fille et sa musique d’un amour total. Et je veux croire à son histoire d’Autrichienne de 22 ans qui compose tout toute seule. Je veux croire au mérite de son succès, au hasard et à la chance qui seuls lui auraient permis d’être dans les pages de tous les magazines branchés du continent, et ce dès ses premiers titres. Je veux croire à tout ça. Je veux croire qu’au-dessus d’elle il n’y a aucun marionnettiste, qu’elle est « artistiquement indépendante ». Parce que c’est comme ça qu’elle se présente, et si elle m’avait menti, je crois que je serais obligé de cesser de l’aimer. J’en serais triste.

   « Narrow », deuxième album de huit titres (et de moins d’une demi-heure), est sorti y a déjà un bon moment. Ce qui illustre parfaitement l’auto-questionnement de mon dernier article : quel intérêt de parler de ce disque qui a presque un an, et dont mes lecteurs savent déjà probablement tout ce qu’il y a à savoir ? Aucune idée. J’ai toujours pas la réponse. J’avais juste envie de parler d’Anja. Parce que, même si, juré, je vais pas publier de top 2012, j’ai quand même réfléchi au sujet, et je me suis rendu compte que ce disque aurait été placé dans les premières places, et que pourtant je n’en avais jamais parlé ici. Bizarre oubli.

   Je vais pas faire trop long. Musicalement, c’est toujours les mêmes abîmes de tristesse et de froid, avec ce piano prodigieux, et cette voix qui semble avoir connu l’intégralité de l’humanité et de ses horreurs, et qui pourtant pardonne à tout le monde. La voix de Dieu, quoi. Dieu est une fille de 22 ans. C’est comme ça, j’y peux rien, moi.
Les arrangements électro-indus sont également toujours là, par contre Anja a presque complètement cessé de crier. Dommage, tant mieux, aucune idée pour le long terme. Je peux juste dire que sur ces huit chansons, tout est en place. La brièveté du disque lui permet même d’être excellent de bout en bout, ce que n’était pas tout à fait le premier album. Ici tu chiales du début à la fin en t’imaginant sur une falaise d’Ecosse, à regarder le ciel gris après l’enterrement de ton amoureuse ou je ne sais quoi. Ce disque, marqué par la mort du père d’Anja, sent le chagrin comme très peu d’autres, et souffle sur ta gueule une beauté qui coupe le souffle, littéralement. Soap&Skin fait partie de ces « groupes » (même si le mot n’est pas approprié, ici) dont j’envie la découverte à ceux qui ne les connaissent pas encore. Vous allez en ressortir un peu différents.
Alors oui c’est théâtral, mais c’est tellement PUISSANT, putain !

   Autre truc cool sur ce « Narrow« , c’est bien sûr la reprise aussi étrange que méconnaissable du « Voyage Voyage » de Desireless (pars pas ! Juré c’est pas de mauvais goût, en fait je doute qu’Anja ait eu conscience de la dimension gênante de ce titre, au moment de le reprendre), mais surtout, la pochette du disque.
Visiblement, c’est terminé les délires un peu Mylène Farmer, genre les coupes de cheveux de sorcière et tout ça. C’est une très bonne nouvelle. Ca fait entrer de l’air frais dans Soap&Skin, et m’aide à un peu plus croire à la réalité de tout ça. Même, en fait, quand je regarde longtemps la pochette dans les yeux, il m’arrive de me dire que finalement, on n’en a rien à foutre, de savoir si c’est vrai ou non.
Ce disque est génial, et dit ce qu’il a à dire d’une manière déchirante de vérité. Alors, la réalité…

   Allez, perds pas plus de temps, et va sur son site, il est super cool, et tu pourras y trouver sa discographie sous tous les formats possibles.
Avant-goût de fin d’article : le clip de la chanson « Boat Turns Toward The Port« .

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