Rolo Tomassi : « Astraea »

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29 octobre 2012 par Vincent

   Le groupe anglais Rolo Tomassi a déjà été évoqué ici. Donc, normalement, étant donné que mes mots sont paroles d’évangiles pour mes lecteurs, j’imagine que vous vous êtes tous procuré leur discographie intégrale et que vous vous êtes fait tatouer leur nom sur le front.
Non ?
Mais vous êtes au moins au courant pour ce nouvel album, hein ?
Non plus ?! Putain de merde, faut tout reprendre à chaque fois, avec vous…

   Bon, donc, Rolo Tomassi, groupe anglais qui fait du hardcore super brutal couplé à des arrangements électro, le tout sur des structures de morceaux qui tirent vers le jazz et ce qu’on appelle communément le « mathcore ». Des trucs compliqués, quoi. Faut penser à HORSE the band, Candiria, Botch… tu vois le genre.
Valeur ajoutée : Eva Spence, la chanteuse du groupe qui, comme ses potes, a l’air de ne pas être encore sortie du lycée. Sa voix balance des salves ininterrompues de cris gutturaux capables de faire honte à certains chanteurs metal à soi-disant grosses couilles.

   Après deux albums et une compile de b-sides et de remixes, les gosses reviennent le 5 novembre prochain avec ce « Astraea » qui, j’en suis presque sûr alors que je ne l’ai que depuis hier (merci le téléchargement offert avec la précommande du vinyle), sera mon numéro 1 de l’année 2012.
C’est un chef-d’oeuvre. Un monument de plusieurs kilomètres de haut qui honore tout ce que j’aime en musique. La fureur sonore, l’émotion chialante, la fulgurance, la jeunesse.
Dix titres qui forment un monolithe, une heure de sons douloureux et casse-crâne d’où émane une ambiance glacée, enneigée comme cette pochette cryptée. C’est la musique de la fin de la route, de la nuit noire.

   On est en fait loin de la plupart des disques que j’aime, et qui tirent plutôt vers le côté pop du punk. Ici ça crève les oreilles que chaque note, chaque arrangement, a été pensé pour être pile à la place qui lui convient, qu’aucun crissement lointain, aucun écho sur l’enregistrement n’est dû au hasard.
D’habitude ce genre de mathématiques musicales m’emmerde, je trouve que ça écrase la possibilité de l’émotion.
Mais comme je viens de dire « d’habitude« , tu sais que ce n’est pas le cas avec ce nouvel album de Rolo Tomassi. Ils ont réussi cette fois à cumuler les deux aspects, à faire un disque orchestral, et à pourtant y faire survivre toutes les émotions qu’il devait contenir. Le groupe s’est un peu écarté de son style habituel. Les structures sont plus simples, plus linéaires, et cet élagage dans leurs idées fourmillantes permet de livrer un disque plus franc, plus émotionnel, plus « naturellement violent », aussi, si tu vois ce que je veux dire. Il n’y a plus de rideaux de fumées, et les silhouettes gesticulantes sont désormais identifiables.
Eva Spence y est bien sûr pour beaucoup (elle n’a jamais autant chanté en voix claire qu’ici, où elle s’impose comme une meuf capable de tout faire avec sa voix), mais pas seulement. Pour preuve le dernier titre de l’album, « Illuminare« , qui abandonne les détours sonores et les structures labyrinthiques habituelles au groupe pour, pendant quelques huit minutes, nous offrir un long voyage en ligne droite avec, de l’autre côté des vitres de la bagnoles, des paysages désolés couverts de givre, et au loin les lumières des villes qui cherchent à combattre la nuit.
Il fait méchamment froid sur ce disque, mais c’est un froid qui n’a rien de clinique. C’est le froid du Grand Nord Blanc, de l’hiver qui arrive, d’une bande de gosses emmitouflés dans leurs anoraks et leurs bonnets.
Les disques que j’aime m’évoquent toujours des images, projettent des petits films mentaux sur l’intérieur de mon crâne. Cet « Astraea » le fait aussi, mais les films qu’il crée en moi sont nouveaux. Ce ne sont pas les images habituelles de petites villes de banlieue, de lycée et de fin d’été. « Astraea » c’est l’hiver, les grands espaces, la nuit, les étoiles sans pitié ni repos, la peur de mourir.

   Des spectres lugubres, des menaces non dites et des cauchemars informes flottent sur ce disque, l’électrisant et faisant tressauter l’auditeur à intervalles irréguliers. Mais il s’y trouve aussi des sourires désarmants et des respirations innocentes, qui tendent à laisser penser que, malgré la pluie de glace qui s’abat sur l’ensemble de l’album, les personnes qui l’ont composé l’ont fait en s’amusant et en s’aimant.

   En fait, sérieux, ça faisait foutrement longtemps qu’un disque ne m’avait pas excité à ce point.

   Je vous laisse avec, d’une part, le merch officiel du groupe (histoire que vous cessiez de faire les cons et que vous achetiez ce disque), d’autre part, un site sur lequel Eva Spence vend des fringues et des accessoires qu’elle fabrique, et enfin, avec le clip du titre « Ex Luna Scientia« , qui représente l’album aussi bien qu’un autre.

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