Kiss The Bottle

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9 octobre 2012 par Vincent

   Bon, je viens de me rendre compte que depuis quelques critiques déjà, je ne parle plus que de groupes de gonzesses. Il faut que ça cesse, et qu’on en revienne vous et moi à des valeurs bien bonhommes. D’où le retour dans le passé que je vous propose aujourd’hui. Un retour vers un groupe qui, il y a cinq ans, a fait figure d’étoile filante dans le microcosme punk français. Ce trio est apparu quelques mois, juste le temps de livrer huit chansons, un vinyle et une poignée de concerts, et puis il est retourné au néant, sans chercher à le faire savoir ni à laisser sa note en bas de page dans la grande histoire du punk-rock. Dommage, il l’aurait méritée.
Ce groupe s’appelait Kiss The Bottle.

   Originaire de Bordeaux (pour les deux tiers) et de Caen (… bah pour le tiers restant…), ce groupe avait commencé, en 2007, comme une espèce de légende urbaine sur les forums internet qui s’intéressaient à la scène.
Officiellement, on ne savait pas qui composait le groupe, mais certains bruits de couloirs virtuels laissaient entendre que c’était  » des types connus « . Officieusement, le secret a très vite été percé à jour, ne serait-ce qu’en écoutant des chansons.
A la basse, Yann, un mec du groupe The Flying Worker!.
A la batterie, Christophe Mora, responsable de l’historique label Stonehenge, et parrain d’une certaine idée du DIY.
Et pour la guitare et le chant, Gérome, d’Amanda Woodward, l’un de mes paroliers favoris.
Un trio de monuments de l’emo français. Bon, probablement qu’ils ne kifferaient pas d’être traités de  » monuments « , mais ainsi va la vie. Pour un type comme moi, qui s’est passionné pour cette scène quelques mois après la bataille et qui n’a jamais été assez impliqué pour les connaître personnellement, c’est ce qu’ils sont. Des  » darons « , comme on dit.

   Pour ceux qui ne comprendraient rien à ce dont je suis en train de parler, il faut visualiser une scène musicale composée en tout et pour tout de quelques milliers de personnes, de concerts dans des caves et des bars crades, et de disques pressés à cinq cents exemplaires et vendus à sept euros.
Il faut imaginer une musique violente et passionnelle, des cris de douleurs, une rythmique qui va à mille à l’heure et des guitares engluées dans la boue.
Il faut se représenter un héritage bizarre, qui tire principalement ses racines de ce qu’avait pu être le punk dans les années 90. Une musique sans pose ni fard, mais avec pas mal de sueur et de sincérité.
Il faut écouter ça, par exemple. Ca ne plaira pas à beaucoup, mais ça en passionnera peut-être un ou deux. Je l’espère, du moins.

   Kiss The Bottle (le nom du groupe est emprunté à une chanson du groupe américain Jawbreaker) a donc fait figure, lorsqu’on a su de qui il était composé, de  » super band  » de l’emo français. De chant du cygne d’une scène qui, en 2007, avait déjà ses plus belles heures largement derrière elle.
Et comme tout bon chant du cygne, celui-ci fut bref, fulgurant. Marquant, aussi.
Amanda Woodward et The Flying Worker! n’existaient plus. Stonehenge Records tournait au ralenti. Et si depuis Stonehenge semble avoir un peu repris ses activités, ce trio garde cependant, avec le recul, des allures d' » au revoir  » général, au moins à mes yeux.

   Malgré la voix de Gérome, facilement reconnaissable (et presque compréhensible, ici, malgré les cris… Ou alors c’est juste que je suis habitué), et ses paroles qui auraient globalement pu servir chez Amanda, son groupe-mère, Kiss The Bottle n’est pas le prolongement de celui-ci. Le son est beaucoup plus brut, les compos plus dépouillées, le tout plus nu, plus direct. Moins hantant, peut-être, mais plus furieux, plus brûlant, d’une certaine façon. L’écoute vous reste moins longtemps dans le crâne, mais le temps qu’elle dure, elle fait un peu plus mal, elle racle davantage le fond de la vase.
Ca ne rigole pas beaucoup, dans la musique de Kiss The Bottle, et ça ne laisse pas non plus trop croire à des lendemains meilleurs. C’est la bande-son d’une dépression violente et meurtrière, d’un état des lieux cancéreux. Un truc du genre. C’est excellent pour l’âme.

   Durant sa brève existence, Kiss The Bottle a sorti un cd-r de cinq titres, et un 9″ contenant trois chansons supplémentaires. L’objet est très cool ; outre sa taille marrante, il est pressé sur un vinyle jaune et noir. Belle pièce pour les collectionneurs de Pokémons. Ceci dit, je doute que ces disques soient encore trouvables aujourd’hui.
Il devait également y avoir un album, mais qui n’a pas vu le jour. Je crois bien que la séparation du groupe n’a jamais été officielle, mais bon, on est bientôt en 2013, et même l’espoir peut mourir, parfois.

   Mais peu importe. Les groupes passent, la musique reste.
Sur le site de Stonehenge, vous pouvez trouver l’intégralité de la discographie du groupe (… c’est à dire huit titres…) en téléchargement gratuit. Foutre ça sur votre ordi prendra un truc genre cinq minutes de votre temps. Faites-le. Ce groupe mérite d’avoir sa note en bas de page.

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